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« Avec ma troupe ovine et l’écopâturage, je diversifie mes revenus tout en m’engageant »

Virginie Ebner élève 500 brebis Est à laine mérinos dans le Bas-Rhin. Elle produit des agneaux vendus aux grandes surfaces locales, accueille des classes et s’engage dans une démarche d’écopâturage. En parallèle, elle assure la présidence du syndicat ovin de son département.

Depuis son installation en 2020 sur la ferme familiale, Virginie Ebner est confrontée à une multitude de difficultés. Moins d’un an après avoir pris les rênes de l’exploitation, basée à Sélestat, sa bergerie a été ravagée par un incendie, la forçant à acquérir précipitamment un nouveau bâtiment, bien que cet investissement ne soit pas prévu avant une dizaine d’années. 

Pourtant, elle garde le sourire et s’occupe avec l’aide de son conjoint de ses 500 brebis. La charge de travail est importante car elle produit des agneaux toute l’année. « Je vends directement aux grandes surfaces locales. Je dois donc pouvoir les approvisionner en continu », explique-t-elle. En contrepartie, le prix des agneaux est plus élevé que les cours, d’environ 1 euro. 

Vente directe aux supermarchés

L’exploitante de 31 ans livre les animaux à l’abattoir et les supermarchés s’occupent du reste. Selon elle, le succès de ce type de partenariat dépend grandement de l’implication du directeur du magasin. Certains sont très engagés, préférant proposer des produits locaux sur leurs étalages.

Virginie Ebner a choisi la race Est à laine mérinos pour la facilité avec laquelle elle se désaisonne. Elle croise parfois avec la race suffolk pour les rattrapages ou pour les agnelles.

"Être éleveur c’est s’adapter et travailler avec passion"

La totalité de son parcellaire, soit 90 ha, est en prairie permanente, notamment parce qu’elle se trouve en zone inondable. L’éleveuse achète des céréales, dont de l’orge et du pois, à son conjoint éleveur de porcs et de volailles. Elle achète également un peu de granulés malgré l’inflation. « Depuis 2020, le prix des granulés a énormément augmenté. Cela représente 1 500 euros par mois de charge en plus ! », déplore-t-elle. 

Virginie Ebner reçoit l’aide d’Élise, une salariée du service de remplacement. Pour l’éleveuse, souffrante d’une douleur au dos, cet appui est non négligeable, surtout pour les chantiers. « Élise tourne sur plusieurs élevages du coin. On essaye ce fonctionnement pendant deux mois et si cela nous convient, on la gardera comme employée », présente Virginie Ebner. 

Cette précieuse aide lui permet de libérer du temps pour sa famille. « Pour l’instant, je n’arrive à partir que deux jours par an mais je suis en train de réfléchir à mon organisation pour pouvoir partir en week-end de temps en temps. » Malgré la charge de travail et les incidents, Virginie Ebner est confiante. « En élevage il faut toujours anticiper l’invraisemblable, sourit-elle. Mais c’est comme cela, c’est ma passion. »

L’écopâturage pour consolider ses finances

Une partie de son troupeau est en écopâturage de mai à septembre. Cela représente 250 de ses brebis à l’entretien, par lot de 25. Virginie Ebner travaille avec trois organismes : la ville de Sélestat, la région Grand Est et une entreprise privée. Ces partenariats se passent très bien. « Il faut bien se mettre d’accord en amont pour comprendre les besoins de chacun », conseille-t-elle. 

L’éleveuse travaille en collaboration avec la région depuis cinq ans. L’objectif principal est de limiter la propagation de la renouée du Japon, une plante envahissante, et dans la mesure du possible la faire reculer. « Il nous a fallu trois ans pour voir les premiers résultats. Il faut être patient mais cela semble fonctionner », observe-t-elle. L’écopâturage est protégé par un contrat et rémunéré. « La rentrée d’argent grâce à l’écopâturage est un vrai plus. Sans cette activité, je n’arriverais pas à joindre les deux bouts et je n’aurais pas pu acheter une nouvelle bergerie à la suite de l’incendie qui m’a coûté un demi-million d’euros. » 

Lire aussi : Se préparer à accueillir du public dans un élevage

En revanche, cela demande un temps de travail supplémentaire à prendre en compte dans l’organisation. Virginie Ebner estime qu’il lui faut 1 h 15 à 2 h 30 par jour pour surveiller les différents lots, les changer de parcs, poser d’éventuelles clôtures… « Le plus difficile à gérer ce sont les gens malveillants, regrette-t-elle. Certains promeneurs laissent leur chien sans laisse et je me retrouve avec des brebis sévèrement attaquées. » La sensibilisation du public est primordiale. Même dans ce domaine-là, Virginie Ebner répond présente.

Accueil des classes à la ferme

L’exploitation est partenaire de l’association Savoir vert qui propose aux groupes de tous niveaux des visites à la ferme. Les agriculteurs reçoivent une formation et les visites sont préparées en amont. Les visites sont rémunérées et subventionnées. « Il faut transmettre nos connaissances aux jeunes, leur montrer la réalité du métier d’éleveurs » souligne Virginie Ebner. Elle limite tout de même les visites à dix ou quinze par an car elles demandent du temps. « Il est important pour moi que l’on parle des moutons et de donner aux jeunes l’envie de se lancer dans l’agriculture. »

Syndicaliste active dans le Bas-Rhin

En mars 2022, Virginie Ebner est élue présidente du syndicat ovin du Bas-Rhin qui fédère 80 adhérents du département. « À travers ce syndicat, nous valorisons notre filière », déclare-t-elle. Des démonstrations et des événements sont organisés comme la fête des bergers qui se tiendra chez elle à l’automne et leur participation à la foire européenne de Strasbourg. 

L’association défend également les intérêts de la filière, par exemple en luttant pour le maintien de l’abattoir de Haguenau menacé de fermeture. « Bien sûr être présidente demande beaucoup de temps, mais qui d’autre qu’un éleveur pour nous représenter au mieux ? », interroge la jeune éleveuse. « Je ne sers aucun intérêt en particulier, je veux juste défendre les éleveurs ovins et maintenir du lien entre eux ».

À retenir

1 UMO

500 brebis Est à laine mérinos, dont 250 en écopâturage

90 ha en prairie permanente

Vente en circuit court avec les grandes surfaces locales

10 à 15 visites scolaires de l’exploitation par an

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