« Nous voulons plus de bien-être dans notre bâtiment de volailles de chair »
Le Gaec de la Béharie dans l’Orne a investi dans un bâtiment Terre-Neuve avec jardin d’hiver afin d’améliorer les conditions d’élevage des poulets et des dindes. À terme, la consommation énergétique reposera uniquement sur des énergies renouvelables.
Le Gaec de la Béharie dans l’Orne a investi dans un bâtiment Terre-Neuve avec jardin d’hiver afin d’améliorer les conditions d’élevage des poulets et des dindes. À terme, la consommation énergétique reposera uniquement sur des énergies renouvelables.
« Nous voulions plus de bien-être animal », confirme Pauline Neel, associée avec son mari Valentin Neel et son frère Valentin Durand au sein du Gaec de la Béharie dans l’Orne. Lorsque s’est posée la question du remplacement des deux bâtiments de 2 000 m² en production conventionnelle, devenus trop vétustes, les trois associés, producteurs de lait et de volailles de chair, ont été séduits par le modèle alternatif développé par leur partenaire, le groupe Michel. Lancé en 2018, le concept de poulailler Terre-Neuve avec jardin d’hiver a été pensé à l’époque pour se positionner entre la production conventionnelle et le Label rouge. En juin 2019, était inauguré dans l’Orne le premier bâtiment de ce type. Presque sept ans plus tard et une centaine de bâtiments Terre-Neuve avec jardin d’hiver en service, le groupe de nutrition animale était de retour dans l’Orne à Tinchebray-Bocage en janvier 2026 lors d’une porte ouverte pour y présenter son savoir-faire. Et aussi ses technologies nouvelles d'intelligence artificielle (IA) récemment développées.
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Un bâtiment bien-être
« Nos deux bâtiments que nous avions en propriété et location n’étaient plus aux normes, il fallait absolument entreprendre de trop gros travaux », indique Pauline Neel installée en 2013 sur la ferme familiale. C’est dans un bâtiment de 1350 m² en ventilation statique que sont élevés les lots de poulets ECC (1) et de dindes BEA jusqu’à leur demi-vie avant l’ouverture des trappes du jardin d’hiver. Celui-ci, une fois accessible, représente une surface supplémentaire de 50 % de la surface de démarrage (7,5 m de largeur). L’ouverture des trappes intervient à 22 jours pour le poulet réduisant la densité à 15 poulets par m². Quant à la dinde, les trappes du jardin d’hiver s’ouvrent à 6 semaines (42 jours) allégeant la densité à 5,15 dindes par m². « La densité en poulets ECC est réduite, et la durée d’élevage allongée avec des souches intermédiaires Redbro ou JA 987 », explique Alain Salmon, responsable technique et commercial des Établissements Michel. L’ajout de perchage et de bloc à picorer dans la salle d’élevage s’inscrit dans la démarche. À noter également pour la dinde, un plan d’alimentation avec la démarche Bleu-Blanc-Cœur.
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L’eau chauffée à 80 °C par une chaudière à bois circule dans les quatre aérothermes (Roxell) par des canalisations inox fixées au niveau du faîtage avant de ressortir du bâtiment par un système de raccordement souterrain jusqu’au local de chauffage. Deux canons à gaz ont été installés par sécurité en cas de panne. « La qualité de chauffage est idéale, sans dioxyde de carbone et de rejets de vapeur d’eau par la combustion », indique Nicolas Leduc, technicien volailles aux Établissements Michel. Installée depuis 2008, la chaudière à bois déchiquetée d’une puissance de 150 kW assurait jusqu’à présent le chauffage des anciens poulaillers, du bloc de traite et de trois maisons d’habitation. Remplacée, il y a huit ans, elle consomme environ 500 m3 par an de bois récolté sur les haies bocagères de l’exploitation selon « une coupe raisonnée », soulignent les éleveurs. « Soit une grosse semaine de travail à couper le bois. »
Un bâtiment statique plus économe
L’emplacement du bâtiment statique à lanterneau, a été mûrement réfléchi. Afin de respecter un circuit d’air satisfaisant, le poulailler est construit en haut d’une butte dans la continuité de l’élevage laitier, avec une orientation nord-sud. « L’air froid entrant se dilue ainsi dans un grand volume d’air », remarque Alain Salmon. Le modèle construit par l’entreprise Dugué en 15 m de large et 90 m de long comporte une grande hauteur au faîtage de 6,50 m au point le plus haut. La charpente métallique présente une inclinaison (extérieure) de 40 % conçue avec un « pan cassé » permettant d’accélérer l’air entrant. En cas de chaleur, six turbines de 40 000 m3 par heure sont installées en pignon couplées à un système de brumisation de chaque côté du bâtiment. Le boitier de régulation Serenity de Tuffigo Rapidex pilote le bâtiment, isolé par des épaisseurs de 60 mm de mousse de polyuréthane au plafond, 50 mm au niveau des longs-pans et 40 mm pour le jardin d’hiver. Pour ce type de bâtiment statique, la consommation électrique est divisée par 5 par rapport à un bâtiment dynamique (environ 6 000 kWh par an), indique Alain Salmon. Ce qui réduit fortement la facture d’énergie. Un éclairage à LED Junglite de Once contribue aussi à réduire le coût. « Il faut un minimum de 50 lux au sol pour les volailles. » Enfin, des panneaux solaires recouvriront la face sud de la toiture (renforcée) d’une puissance de 235 kW, courant 2026. Un bâtiment totalement tourné vers le bien-être animal et les énergies renouvelables, en accord avec les aspirations des éleveurs.
Une MPA de 100 euros par m² par an
L’investissement nécessaire pour ce bâtiment s’élève à 540 000 euros. Le groupe Michel contribue au financement par l’apport d’une aide à la construction versée pendant la durée des prêts sur quinze ans. « Cette aide est calculée de manière à compenser l’inflation du coût des bâtiments et la hausse des taux bancaires, sur la base d’un résultat annuel de 25 000 euros hors subventions », explique Alain Salmon. Une subvention de 80 000 euros de la région Normandie appelée Normandie agriculture investissement (NAI) complète le financement. Le groupement est engagé sur une rotation de 2,5 lots de dindes ou 6,5 lots de poulets ECC par an, abattus par Voléna (groupe LDC). « Notre objectif est d’atteindre une MPA de 100 euros par m² par an au global », indiquent les associés du Gaec.
« Demain tous nos élevages seront équipés de l’IA »
Le groupe Michel a proposé aux associés d’équiper leur bâtiment de caméras et de micros pour analyser le comportement et les vocalises des animaux. Le système appelé CoMi Sens utilise l’intelligence artificielle pour mettre au point un modèle de surveillance et d’alerte en élevage. Développé en dindes, il débute en test pour le poulet. Alertés via l’application Certi’ferm. Pro, éleveurs et techniciens pourront intervenir d’après des indicateurs d’activité, de santé, de comportement… « À l’avenir, cela peut même être un outil d’aide des jeunes installés pour monter en compétences », déclare Maëlle Philippe du groupe Michel. « D’ici deux à trois ans, tous nos élevages existants, neufs ou rénovés seront équipés, soit 300 à 400 bâtiments. » À savoir, au Gaec de la Béharie, en plus de la salle d’élevage, le jardin d’hiver est équipé d’une caméra latérale et d’un micro. Une première.
Repères
Gaec de la Béharie, Tinchebray-Bocage (61)
140 vaches laitières, race normande
165 ha de SAU
1350 m² en dindes et poulets ECC avec jardin d’hiver.
2008 : installation d’une chaudière à bois déchiqueté