« Nous avons gagné 2,5 porcelets sevrés par portée en trois ans »
L’EARL Philippe, dans le Finistère, a amélioré sa productivité tout en réduisant le taux de perte sur nés vivants, grâce à une rigueur à tous les niveaux et un suivi rapproché du poids des cochettes et des porcelets à la mise bas.
L’EARL Philippe, dans le Finistère, a amélioré sa productivité tout en réduisant le taux de perte sur nés vivants, grâce à une rigueur à tous les niveaux et un suivi rapproché du poids des cochettes et des porcelets à la mise bas.
C’est une dynamique de progrès remarquable. En l’espace de trois ans, le nombre de porcelets sevrés de l’élevage naisseur-engraisseur de 200 truies de l’EARL Philippe à Plomodiern, dans le Finistère, a bondi de 12,3 à 14,8 porcelets par portée, soit un gain de 2,5 sevrés.
Lire aussi : [VIDEO] Rentabilité : « Mon meilleur investissement est un siège rotatif pour faciliter les soins des porcelets »
Ce résultat s’explique par l’amélioration de la prolificité (+ 1,66 de nés totaux) mais également par la baisse de 7 points du taux de perte sur nés totaux. En parallèle, le poids moyen des porcelets au sevrage a gagné 200 g, en phase avec l’objectif que s’était fixé Gurvan Philippe lors du changement de génétique (truies Topigs) opéré en 2021 : c’est-à-dire « sevrer davantage sans pénaliser le poids au sevrage ». Par rapport à la moyenne des élevages Evel’Up, l’EARL Philippe sèvre désormais un porcelet de plus par portée, contre un porcelet de moins en 2022, sachant qu’il s’agit de 100 % de sevrages sous la mère du fait d’une conduite en cinq bandes (sans alimentation complémentaire pour les porcelets).
Une baisse des pertes sur nés totaux et nés vifs Résultats GTTT de l’EARL Gurvan Philippe | |||
| De mars 2022 à février 2023 | De mars 2025 à février 2026 | Écart | |
| Nombre de porcelets sevrés par truie productive et par an | 30,97 | 37,67 | +6,7 |
| Nés totaux par portée | 16,01 | 17,67 | +1,66 |
| Nés vivants par portée | 14,47 | 16,81 | +2,34 |
| Sevrés par portée | 12,29 | 14,83 | +2,54 |
| Taux de perte sur nés totaux | 23,2 % | 16,1 % | -7,1 % |
| Taux de perte sur nés vivants | 15 % | 11,8 % | -3,2 % |
| Poids moyen au sevrage | 5,8 | 6 | +0,2 kg |
| Poids de portée sevrée (sevrage à 20,2 jours) | 70,9 | 88,3 | +17,4 kg |
| Rang moyen de portée | 3,8 | 3,3 | -0,5 |
| Source : GTTT éleveur | |||
Une rigueur à tous les niveaux
Pour Gurvan Philippe, cette amélioration continue s’explique par une remise en question à tous les niveaux, en parallèle du changement de génétique. « Auparavant, je me contentais de 12,5 sevrés et compensais en augmentant le nombre de truies à la mise bas, relate l’éleveur. En nous imposant davantage de rigueur dans la conduite d’élevage et la maîtrise sanitaire, en mettant en place des indicateurs de suivi pour gagner en réactivité, en se comparant aux autres élevages via la GTTT et en participant à des groupes de progrès avec mon groupement, nous sommes rentrés dans un cercle vertueux. » Un cap supplémentaire dans la progression des résultats a été franchi en mars 2024, en augmentant la main-d’œuvre sur l’élevage de 2 à 3, puis à 2,5 UTH avec l’arrivée de sa salariée Cynthia, permettant d’avoir une personne spécialisée à temps complet pour la partie naissage.
Des cochettes au poids objectif à l’entrée en maternité
Le rajeunissement du troupeau de truies et la préparation des cochettes figurent parmi les premiers leviers d’amélioration mis en place. « Le rang moyen par portée est passé de 3,8 à 3,3, d’une part en rentrant davantage de cochettes à chaque bande, d’autre part grâce à la baisse du taux de pertes des truies (meilleure maîtrise sanitaire, rigueur dans la biosécurité et les programmes de vaccination…) », souligne Hervé Conan, conseiller technico-économique d’Evel’Up. Les cochettes sont pesées individuellement à la sortie en quarantaine, à l’insémination, à l’entrée en maternité puis au sevrage. « Cela permet d’objectiver les poids et de suivre leur évolution sur un graphique. Selon le poids en sortie de quarantaine, nous adaptons les formules (aliment jeune 'repro' été ou hiver) et modulons les rations jusqu’à 105-110 % si nécessaire », poursuit l’éleveur.
Pesée systématique des porcelets à la naissance
Depuis octobre 2024, les portées de porcelets sont pesées dans les 12 à 24 heures après la mise bas. « Je pèse les nés vivants et les morts nés et j’ajoute sur la fiche truie une mention en cas de porcelet de moins de 700 g », détaille Cynthia. L’opération est réalisée lors des soins (coupe des queues, désinfection du cordon). « J’utilise un chariot équipé d’une balance. Cela ne me prend pas de temps supplémentaire. » Le tatouage est réalisé à J5 à l’aide d’un second chariot. Les mâles sont élevés entiers et le meulage a été supprimé. Les données de pesées, enregistrées sur un tableur, avec un suivi par truie et par rang de portée, sont exploitées rapidement, afin d’adapter si besoin le plan d’alimentation sur la bande suivante. Depuis que les pesées sont systématisées, le poids moyen du porcelet est passé de 1,34 à 1,46 kg, correspondant à un poids de portée de 25,6 kg. « J’ai vraiment été surpris par la moyenne obtenue lors de la première pesée, se rappelle l’éleveur. La pesée à la naissance a aidé à valider le plan d’alimentation des truies gestantes. Le tri se fait désormais en fonction du rang de portée et pas du gabarit. Nous appliquons une modulation de 105 à 110 % pour les truies maigres ou de rang supérieur à 4. »
Un second aliment allaitant en maternité
En maternité (distribution en soupe), les truies reçoivent un aliment gestation jusqu’à J2 ou J3 après la mise bas. La ration est abaissée le jour de la mise bas et non plus 48 heures à 72 heures avant. Elles passent à un aliment allaitant 1 durant 7 jours afin de prévenir les diarrhées néonatales puis à un allaitant 2, plus riche, jusqu’au sevrage. Ce dernier représente 75 % des quantités totales d’aliment pour truies allaitantes. L’augmentation de la ration est classique, soit + 500 g par jour pour les multipares jusqu’à un palier de 8 kg. « Je surveille les auges tous les 3 à 4 jours. J’augmente de 5 à 10 % la dose de celles qui mangent bien », précise Cynthia. « Nous avions tendance à trop brider les truies. Désormais, nous lâchons davantage les courbes d’alimentation », estime Gurvan.
L’’éleveur se donne désormais comme objectif d’atteindre un taux de perte sur nés vifs inférieur à 10 %, en travaillant notamment sur les petits porcelets afin de limiter le risque d’écrasés. Il vise également un poids de portée de 95 kg au sevrage à 21 jours. « Avec des porcelets sevrés au poids et vigoureux, cette dynamique de progrès se traduit également par une amélioration des performances en post-sevrage et en engraissement, avec un GMQ de 952 g en engraissement et un taux de perte sevrage-vente de 3,8 %. »
Du confort pour les nouveaux nés
Les cases mise bas sont équipées d’un nid avec capot et d’une lampe chauffante. Deux plaques de carton avec un mélange d’asséchant et de copeaux sont réparties sur le caillebotis. Les mises bas démarrent le mercredi. Les porcelets sont allotés le samedi. « C’est la partie que je préfère, relève Cynthia, : alloter les portées et mettre en route la bande. Sur les 30 portées, je réalise une case de petits porcelets, attribués à une truie de rang 2 ou trois. Cela représente au maximum une trentaine de porcelets déplacés (soit un par portée au maximum). À J7, je réalise un tour pour repérer les porcelets qui décrochent et reconstitue si besoin une portée sur une truie vigoureuse. »
Scannez ce QR Code pour découvrir en vidéo le siège rotatif utilisé par l’EARL Gurvan Philippe lors de la pesée et les soins des porcelets à la mise bas
Fiche élevage
EARL Gurvan Philippe
200 truies naisseur-engraisseur
2,5 UTH
Conduite en cinq bandes, sevrage à 21 jours
Génétique : truie Topigs et verrat Piétrain Axiom
160 hectares de culture destinée à 90 % à l’alimentation des porcs
FAF truies et porcelets, aliments complémentaires pour les porcs en engraissement