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Mixité bovin-ovin : Un plus pour les prairies pâturées

Qu’il s’agisse de pâturage alterné ou simultané avec les deux espèces de ruminants, la production de la prairie n’est pas pénalisée par la mixité. Sa qualité est même parfois améliorée.

Vaches et brebis au pâturage.
Faire pâturer les brebis et les vaches ensemble pour un pâturage plus homogène.
© Idele

Dans les exploitations mixtes élevant des ovins viande et des bovins, les prairies sont principalement partagées pendant l’hiver. Les brebis valorisent ainsi de l’herbe qui serait perdue. Grâce au pâturage des brebis sur la première moitié de l’hiver, un doublement de la proportion de légumineuses a été mesuré dans deux essais (1) sur des prairies multi-espèces semées au cours de l’été précédent. Cela s’explique par le fait que le pâturage a permis aux trèfles d’accéder plus facilement à la lumière.

Proportions de graminées et de légumineuses sur des prairies pâturées ou non par des brebis en hiver ©Idele/Ciirpo/Pôle régional ovin de Charolles 2025 (projet ACCOMPLiR)

À 800 °C jour, qui correspond à la fauche de la première coupe, le rendement de l’ensilage ou de l’enrubannage était inchangé que la parcelle ait été pâturée ou non par les brebis au cours de l’hiver. Les valeurs alimentaires n’ont pas été influencées non plus.

Des résultats nuancés sur les prairies permanentes

Le constat est plus nuancé sur les prairies naturelles pâturées par les brebis en hiver et par les vaches le reste de l’année. L’amélioration de la proportion de légumineuses est moins tranchée et plus variable. Les mesures réalisées lors de la première quinzaine d’avril indiquent une perte de rendement de l’ordre de 350 kilos de matière sèche en moyenne pour les prairies pâturées. La biomasse valorisée en hiver par les brebis est estimée à 600 kilos de matière sèche par hectares. La production annuelle de la prairie est donc au moins équivalente avec un pâturage hivernal, avec de surcroît une meilleure valorisation par les animaux.

En revanche, les résultats d’analyses alimentaires de l’herbe indiquent une teneur en protéines supérieure pour les parcelles pâturées en hiver par les brebis, en particulier en début de printemps (à 300 °C jour, soit à la mise à mise à l’herbe des bovins). Ainsi, l’herbe affiche environ 10 grammes de protéines digestibles dans l’intestin (PDI) en plus. Enfin, aucune compaction du sol n’est à craindre.

Au printemps, alterner bovins et ovins pour limiter les refus

Au printemps, l’alternance des ovins et des bovins est beaucoup moins commune et se pratique dans l’objectif de diminuer la pression parasitaire des brebis. Le pâturage des bovins est plus homogène que celui des ovins. Cela s’explique par le fait qu’ils consomment la végétation avec une strate haute. Ainsi, en sortie de parcelles, la flore de plus de 15 centimètres de hauteur est moins présente avec un pâturage alterné avec les bovins qu’exclusivement ovin. L’écart est de 15 à 20 %.

Toutefois, cet écart n’exerce aucune influence sur la valeur alimentaire des prairies, sans qu’une intervention mécanique de type broyage ne soit réalisée. Qu’il y ait pâturage des bovins en alternance des ovins ou non, les teneurs en énergie et en azote de l’herbe pâturée au cours des cinq cycles de pâturage sont élevées et très voisines.

Faire pâturer les vaches ou les génisses après les brebis ne modifie ni la composition de la flore des prairies, ni la pousse de l’herbe. Tout au long du printemps, la disponibilité en herbe est la même avec ou sans alternance des deux espèces, à condition de respecter trois conditions. Une hauteur d’herbe à la sortie des parcelles de 5 centimètres, un temps de séjour maximum de 7 jours et un temps de repos de 21 jours. Enfin, aucune différence de hauteur d’herbe n’est enregistrée en fin de printemps, n’entraînant pas de prolongement du pâturage en été.

Des comportements au pâturage complémentaires

Sous réserve de clôtures et d’abreuvoirs adaptés, faire pâturer ensemble ovins et bovins est avant tout une technique pour limiter les refus. Les deux espèces affichent des préférences alimentaires complémentaires. Les vaches consomment indifféremment toutes les espèces de graminées, légumineuses et diverses (joncs, agrostis, rumex). Elles sélectionnent plutôt la végétation de plus de 5 centimètres de hauteur.

Hauteurs d’herbe à l’entrée des parcelles équivalentes. ©Idele/Inrae (projet ACCOMPLiR)

À l’inverse, les brebis affichent une préférence pour les légumineuses. Elles trient et choisissent les plantes en fonction de leur stade de végétation, préférant celles de bonne valeur alimentaire. Elles limitent la propagation de plantes telles que le genêt, le rumex, la ronce… Grâce au pâturage simultané des deux espèces, les éleveurs font l’économie du broyage sur les prairies. Avec un niveau de chargement et un ratio ovin-bovin adaptés (au printemps : 60 % UGB bovins et 40 % UGB ovins), la pression des diverses est aussi moindre. Enfin, les brebis ont la capacité de niveler les prairies.

(1) Études réalisées au cours de l’hiver 2024-2025. Deux autres sont en cours.

Patrice Guyard, 165 brebis et 70 vaches, 116 ha dans la Nièvre

« Une variable d’ajustement »

« J’ajoute des vaches avec les brebis lorsqu’elles commencent à être dépassées par l’herbe. Les vaches mangent mieux l’herbe haute et sèche que les brebis. Et dans les parcelles humides, elles mangent les joncs encore tendres. En revanche, cela complique les interventions sur les brebis quand il faut trier les deux espèces. »

 

 
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Patrice Guyard, dans la Nièvre, 165 brebis et 70 vaches, 116 ha. © Idele

Laurent Solas, technicien ovin à la chambre d’agriculture 71

Un rattrapage de la pousse de l’herbe

« Le pâturage des brebis en hiver sur des prairies nouvellement implantées ne modifie pas la qualité de la première fauche. Les brebis ne compactent pas le sol, même en cas de pluviométrie importante. Et la hauteur d’herbe consommée en hiver est rattrapée dès le mois d’avril. »

 

 
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Laurent Solas, technicien ovin à la chambre d’agriculture 71 © Ciirpo

Ludovic Padiolleau, 400 agnelages et 200 vêlages, 385 ha, à Saint-Plaisir dans l’Allier

« Peu de modifications de la flore »

« J’ai fait pâturer un lot de brebis du 11 décembre 2024 au 9 janvier 2025 sur une parcelle réservée aux vaches le reste de l’année. Afin de mesurer une éventuelle différence au printemps suivant, une zone homogène de la parcelle n’a pas été pâturée. Ma technicienne a réalisé des mesures et des analyses à la mi-avril. La proportion de légumineuses est peu différente entre les zones pâturées et non pâturées : 13 % contre 10 %. La valeur alimentaire est la même à quelques grammes près de PDI en faveur de la zone pâturée : 0,91 UFL et environ 80 grammes de PDI par kilo de matière sèche. »

 

 
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Ludovic Padiolleau à Saint-Plaisir dans l'Allier, 400 agnelages et 200 vêlages, 385 ha. © Idele

Chiffre clef

600 kg C’est la biomasse consommée par les brebis en hiver par hectare de prairie permanente, soit environ 10 % de son rendement annuel.

Rédaction Réussir

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