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L’hélicoptère, une efficience en demi-teinte contre le gel de la vigne

Efficace seulement contre certains types de gelées, le déploiement de l’hélicoptère se heurte à des contraintes réglementaires et de voisinage.

L’hélicoptère ne peut intervenir qu'au lever du jour.
L’hélicoptère ne peut intervenir qu'au lever du jour.
© Château de Sériège

L’hélicoptère est un système de lutte qui peut être pratique pour protéger de gros îlots contre les gels radiatifs. Dans cette optique, Barthélemy d’Andoque, vigneron à Cruzy, dans l’Hérault, l’a testé pour la première fois cette année. Avec réussite. « J’ai employé cette protection durant trois jours consécutifs, sur une zone de dix hectares, relate-t-il. Il faisait -3 °C et dès le passage de l’hélicoptère, la température remontait à 0 °C. » Avec au final, un rendement 2021 raisonnable, amputé de 15 % par rapport à la moyenne quinquennale suite au premier jour de gel où la vigne n’était pas protégée et à la sécheresse.

Au niveau du fonctionnement, l’hélicoptère doit repasser à plusieurs reprises sur les mêmes zones pour bien extraire l’air froid des bas-fonds. Barthélemy d’Andoque note que l’un des intérêts de cette technique réside dans le fait que les pales chassent la rosée, ce qui limite le gel de surface. Pour sa part Charles Hugot, régisseur du Domaine Jean-Marc Brocard, à Préhy dans l’Yonne, se demande s’il ne faudrait pas coupler l'emploi de l’hélicoptère avec le brûlage de bougies ou de ballots.

Un décollage parfois un peu trop tardif

Néanmoins, l’utilisation de cet appareil n’est pas toujours évidente, comme en atteste Charles Hugot. « Il ne peut voler qu’au lever du jour, rapporte-t-il. Celui que nous avions utilisé se situait à 20 km du domaine. Le temps qu’il arrive, il était déjà trop tard, les vignes avaient commencé à geler. » Un constat partagé par Vincent Delanoue, installé à Benais, en Indre-et-Loire. Ce vigneron a essayé l’hélicoptère avec un résultat mitigé en 2017, sur un îlot de douze hectares. « Nous sommes en bas de vallée, dans une zone humide où il y a du givre, décrit-il. La première nuit, le passage de l’hélicoptère a été efficace. Mais la seconde nuit, comme on n’a le droit de décoller qu’une heure avant le lever du jour, c’était trop tard. Tout était déjà givré. »

Barthélemy d’Andoque confirme lui aussi cette efficacité mitigée. « J’ai pu bénéficier de l’hélicoptère grâce à un voisin qui l’avait employé le premier jour du gel, explique-t-il. La température avait chuté jusqu’à - 7 °C. L’hélicoptère lui a permis de remonter la température moyenne à – 5 °C ce qui fait qu’il a tout de même gelé à 100 %. »

Anticiper les problèmes de voisinage en communiquant

Il s’agit également d’une technique produisant des nuisances sonores, de l’ordre de 100 dB à 300 mètres de l’appareil, bien qu’elles n’aient lieu qu’entre 6 h 30 ou 7 heures environ et 8 h 30 ou 9 heures du matin. « Nous n’avions prévenu personne, se remémore Vincent Delanoue, et ça a été une erreur. Les gens ont été surpris, ils ont pensé qu’il y avait la guerre et ont prévenu la gendarmerie. » C’est donc un aspect à anticiper. « J’ai 115 hectares d’un seul tenant avec des voisins relativement loin, détaille Barthélemy d’Andoque. Je les ai informés, ainsi que le maire, avant de tourner et je n’ai eu aucun problème. »

Autre inconvénient de cette technique : la préparation. Pas question de partir la fleur au fusil. L’exploitant doit réserver l’appareil la veille et le pilote doit déposer un plan de vol. Puis il faut préparer l’hélicoptère avant le décollage.

Au niveau coût, Barthélemy d’Andoque a eu recours à un professionnel qui aurait dû être en Asie et ne pouvait y être du fait du Covid. Il a donc bénéficié de tarifs très attractifs. « Il me l’a fait au prix coûtant, j’ai juste payé le kérosène », indique-t-il. Il a donc déboursé environ 350 euros HT de l’heure, contre 500 à 1 000 euros de l’heure en temps normal. En février 2018, l’interprofession bourguignonne avançait en effet des tarifs de l’ordre de 170 à 220 euros par hectare et par heure.

en bref

Efficacité Très efficace sur gelée blanche, efficace sur gelée noire, inefficace sur gelée advective

Bilan carbone Variable selon le type d’hélicoptère : forme, taille, motorisation, consommation, etc., font varier les émissions du simple au triple

Coût 0,18 €/l (pour 50 hl/ha), selon l’estimation 2017 de la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire

Tous les articles de notre dossier Gel 2021 : les tops et les flops

 

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