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vaches laitières
Les litières à base de bois font des adeptes

Sur les plans sanitaire et économique, les plaquettes de bois convainquent en litière des aires de couchage. Majoritairement utilisées pour les génisses, elles le sont aussi pour les vaches en lactation.

La plaquette de bois énergie classique (20 à 50 mm) convient bien en litière, en sous-couche, avec une couche de paille au-dessus, d'après les expériences d'éleveurs normands. Les litières 100 % bois fonctionnent aussi.
La plaquette de bois énergie classique (20 à 50 mm) convient bien en litière, en sous-couche, avec une couche de paille au-dessus, d'après les expériences d'éleveurs normands. Les litières 100 % bois fonctionnent aussi.
© V. Letellier - FRCuma Normandie Ouest

Utiliser du bois dans les litières des aires de couchage collectives répond à deux problématiques. D'une part, substituer une partie de la paille devenue très coûteuse. Le prix de la paille pourrait rester élevé dans les années à venir, du fait du changement climatique qui réduit l'offre de paille. Et d'autre part, valoriser une partie du bois du bocage. En effet, « en Normandie, par exemple, la filière bois énergie est loin d'absorber toute l'offre de bois issu du bocage », indique Stéphane Pestel, de la chambre d'agriculture de Normandie. Une haie devant être entretenue, il faut des valorisations du bois. L'intérêt est que tout le bois issu du déchiquetage pour la production de bois énergie est utilisable en litière : les petits et les gros morceaux.

Des litières mixtes, bois et paille

De plus en plus d'éleveurs s'intéressent au bois, pour stabiliser des aires en extérieur de fort piétinement autour des râteliers par exemple, pour un effet anti-dérapant sur les aires d'exercice, et pour les litières des bovins. « Cela fonctionne en aire de couchage collective, pas sur logette », précise Valérie Letellier, de la Fédération des Cuma Normandie Ouest.

Cette Fédération des Cuma a mené une enquête en 2019 auprès de douze exploitations pour recenser les pratiques, et la chambre d'agriculture suit des éleveurs qui se posent beaucoup de questions sur cet usage en litière. Les premiers utilisateurs ont testé le bois plaquette pour des génisses et des vaches allaitantes, puis plusieurs l'ont utilisé pour leurs veaux. Deux éleveurs mettent du bois pour les vaches traites.

92 % des éleveurs enquêtés l'utilisent en sous-couche. « Ils continuent de mettre de la paille en surface par prudence, pour le confort des vaches, pour être sûr d'éviter les blessures. Seuls 8 % l'utilisent en pur et disent que ça se passe très bien », souligne Valérie Letellier.

Lire aussi : Bâtiment d'élevage, des plaquettes de bois pour assainir l’aire paillée

Les trois quarts des éleveurs enquêtés épandent le bois au godet, les autres avec une pailleuse. Les animaux l'étalent et le piétinent. La préconisation est d'étaler une couche de 8 à 10 cm de plaquettes avant l'entrée des animaux, voire plus s'il y a une marche. Puis d'ajouter d'une couche de bois ou de paille suivant l'observation de la propreté des animaux (classe B de la grille de l'Institut de l'élevage).

Tasser pour éviter la montée en température

Les éleveurs enquêtés trouvent le bois très drainant et absorbant : la litière est saine. Le paillot monte peu en température et les vaches sont plus propres qu'en 100 % paille. Ceci dit, il faut rester vigilant. Rappelons qu'avec une litière fonctionnant en anaérobie, il ne faut pas curer l'hiver, dans l'idéal. S'il faut vraiment curer, on garde le bois et on n'enlève que la paille. De préférence, si la litière chauffe, il faut tasser pour chasser l'oxygène.

Mais dans l'enquête, 75 % des éleveurs curent au cours de l'hiver. « C'est sans doute par crainte, dès que la température monte ou si les vaches deviennent sales. Les densités animales sont peut-être un peu trop élevées chez certains. Mais les pratiques s'améliorent]]>: ils mettent plus d'épaisseur (20 cm) et tassent, comme Benjamin Hue (lire ci-dessous) », estime Valérie Letellier.

Rappelons qu'une autre stratégie, beaucoup moins courante, est de constituer une litière en bois malaxée. Dans ce cas de figure, le paillot fonctionne en aérobie ; il devient un compost. Les deux principes fonctionnent, mais il faut choisir son camp.

Lire aussi : « En litière malaxée, la clé est un couchage sec pour les vaches »

Les éleveurs enquêtés se disent satisfaits. Les animaux sont propres, et c'est ce critère qui est important. L'aspect de la litière est peu engageant, de couleur brun gris. Il n'y a pas de souci sanitaire. Chez les deux éleveurs qui l'utilisent pour les vaches en lactation, il n'y a pas de problème de cellules et de mammites. La qualité du lait est bonne.

Des questions sur la valorisation agronomique

Les haies normandes sont diversifiées en essences. « On ne sait pas dire du coup si le peuplier et le saule sont plus adaptés pour la litière par rapport à d'autres essences. Ce que l'on sait, c'est qu'il faut que le bois soit séché pour être bien absorbant : le taux d'humidité ne doit pas dépasser 25 % ; un taux atteint après environ quatre mois de séchage », indique Stéphane Pestel.

Les éleveurs interrogent aussi beaucoup sur les effets agronomiques de cette litière qui est plus riche en carbone que de la paille, et sur les différences entre essences. « Mais pour l'instant, nous n'avons pas de références, il s'agit surtout de retours d'expérience. » Les éleveurs témoignent que sur prairie, la valorisation agronomique leur semble bonne. « Ils ne retrouvent pas de bois au sol, la prairie semble réagir de la même façon qu'avec un fumier. Par contre, sur les cultures (maïs), des éleveurs nous disent retrouver du bois quand ils labourent, six mois après l'épandage, voire un an après. »

Les atouts du bois plaquette

Plus drainant et absorbant que de la paille
Ne se coince pas dans les sabots, ne blesse pas
Litière très stable, résistante au piétinement
Pas de problème sanitaire observé (qualité du lait, pas d'ingestion...)
Gain économique par rapport à la paille
Facilité de raclage
Valorise tout le bois déchiqueté : les plaquettes calibrées et le petit bois
Valorisation du fumier sur prairie

« Une économie de plus de 1 300 € par an »

Benjamin Hue, éleveur dans la Manche, fait une litière de bois et paille pour ses 35 vaches laitières depuis 2012.

Benjamin Hue, éleveur dans la Manche. « Avec la litière bois, je ne cure jamais l'hiver. »
Benjamin Hue, éleveur dans la Manche. « Avec la litière bois, je ne cure jamais l'hiver. » © B. Hue

« J'en suis très satisfait. Avant, avec la paille, je curais toutes les six semaines car la litière se souillait rapidement et chauffait. Il y avait quelques mammites. C'était du boulot : il fallait sortir les vaches dehors pour pouvoir curer. Et quand il faisait humide, les vaches abîmaient les parcelles », raconte Benjamin Hue, éleveur en individuel dans la Manche.

Maintenant, il ne cure jamais l'hiver. Début décembre, il installe les plaquettes de bois au godet sur 15 cm d'épaisseur sur toute la surface : 210 m2 d'aire de couchage sur terre battue. « Je laisse les vaches étaler et piétiner pendant deux jours. Puis je paille avec une balle par jour pendant deux à trois semaines. Après, je réduis les quantités de paille et je n'en amène que quand les vaches se salissent. »

Moins de travail, moins de mammites

Le bois étant plus drainant et absorbant que la paille, les vaches sont plus propres qu'en 100 % paille. « Je n'ai jamais essayé de ne pas mettre du tout de paille. Je crains pour le salissement des vaches. » L'échauffement est limité. Quand ça chauffe, Benjamin Hue roule au tracteur pour chasser l'oxygène en tassant le paillot. Lors d'une expérimentation de l'Aden (Association de développement des énergies nouvelles)(1), des relevés de températures ont été effectués. Le paillot est monté jusqu'à 29 °C deux semaines après la mise en place du bois. Puis, grâce au tassement et à l'absence de curage tout l'hiver, la température s'est stabilisée entre 15 et 20 °C. « Mes vaches ont moins de cellules et moins de mammites. » Au bout de quatre mois, Benjamin Hue cure tout le paillot. Puis l'aire de couchage reste vide jusqu'à l'hiver suivant.

Les litières à base de bois font des adeptes

Benjamin Hue fait tailler et déchiqueter du bois de ses haies (6 km linéaires sur l'exploitation de 71 ha) tous les trois ans. « Il m'en faut 35 m3 pour la litière chaque année, soit 105 m3 tous les trois ans. Je ne stocke pas toute cette quantité à la ferme. Je ne garde que ce qu'il faut pour l'année en cours. Il sèche dans la stabulation. Les autres années, j'en achète à la plateforme de stockage de bois déchiqueté. Et ça vaut encore largement le coup. »

(1) En partenariat avec le Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin, Haiecobois, Fédération des Cuma de Basse Normandie.

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