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Six leviers pour se soulager à la traite

Les défauts de conception, de choix d’équipements ou d’organisation à la traite se payent au quotidien. Si vous n’y prenez garde, à la longue, ils risquent de pénaliser votre santé. Posez-vous les bonnes questions et écoutez l’avis des trayeurs.

À la traite, une ambiance lumineuse favorise un environnement de travail plus sûr, plus efficace et plus agréable.
À la traite, une ambiance lumineuse favorise un environnement de travail plus sûr, plus efficace et plus agréable.
© E. Bignon

1 Favoriser une bonne circulation

La configuration du parc d’attente conditionne l’avancée des vaches, le plus efficace étant de le placer dans l’axe de la salle de traite. © D. R.
La configuration du parc d’attente conditionne l’avancée des vaches, le plus efficace étant de le placer dans l’axe de la salle de traite. Les chiens électriques et surtout les barrières poussantes sont des aides efficaces. Dans la fosse, l’emplacement et le nombre de commandes pour actionner l’ouverture et la fermeture des portillons est également stratégique pour vous épargner des déplacements inutiles. Mieux vaut que ces boutons ne soient pas trop hauts pour moins solliciter les épaules. Pour une circulation fluide, la largeur de la fosse doit permettre de se croiser sans problème (prévoir au moins 1,80 à 2 m).

Pratique aussi pour limiter les pas : une zone dédiée au stockage des produits d’hygiène et des consommables jouxtant l’entrée de la salle de traite. « Certains élevages ont aménagé un véritable espace pour stocker la machine à laver à hauteur pour les lavettes, avec un emplacement dédié pour le taxi-lait et des suspensions pour égoutter les seaux et pots », illustre Sébastien Guiocheau, de la chambre d’agriculture de Bretagne.

2 Bien choisir son faisceau trayeur

Face à la diversité de faisceaux trayeurs, l’un des facteurs à prendre en compte tient à leur prise en main. « Quand il est posé dans la main, le faisceau doit être équilibré, il ne doit basculer ni en avant ni en arrière pour ne pas trop solliciter les muscles du bras et provoquer à la longue des TMS », précise Thomas Huneau, responsable de la ferme expérimentale de Derval. Il peut y avoir des écarts de 1 kg selon les faisceaux trayeurs du marché. Les conseillers recommandent de tester grandeur nature différents modèles pour faire le bon choix.

Pour le lancement de la traite, mieux vaut actionner un bouton positionné en bordure de quai, sans avoir à lever les bras.  © D. R.
Autre critère important d’un point de vue ergonomique : le lancement de la traite. « Les boutons placés en hauteur sont à proscrire, alerte Sébastien Giocheau. Mieux vaut actionner un bouton positionné en bordure de quai, sans avoir à lever les bras. » Certaines options évitent même d’avoir un quelconque bouton à presser, le simple fait de soulever le faisceau trayeur suffit à mettre sous vide.

3 Simplifier l’hygiène de traite

Une hygiène de traite renforcée engendre un nombre d’actions exorbitant avec l’agrandissement des troupeaux. Répétés chaque jour par le même trayeur, ces gestes peuvent se révéler sources de TMS. « Selon leur situation sanitaire, certains élevages peuvent se permettre de simplifier leur protocole de traite, estime Sébastien Guiocheau. La réflexion doit se raisonner au cas par cas pour ne pas dégrader la qualité du lait : bonne situation de départ et observation d’indicateurs, pour reprendre en cas d’alerte. »

La suppression de l’hygiène des trayons avant la traite s’avère possible seulement si la propreté des vaches le permet, notamment à certaines périodes de l’année. De même, la suppression de l’élimination des premiers jets est envisageable si l’élevage présente peu de facteurs de risques de mammites d’environnement et une situation cellulaire très saine, avec un logement correct. « N’oublions pas qu’il faudra a minima maintenir une stimulation tactile de la mamelle pour déclencher le réflexe d’éjection du lait, souligne Jean-Louis Poulet, de l’Institut de l’élevage. Sans quoi, la traite risque d’être plus longue et incomplète. »

Quant à la suppression de la désinfection des trayons après la traite, là encore, cette option se trouve conditionnée par la situation cellulaire du troupeau.

4 Automatiser l’hygiène de traite

Diverses solutions d’automatisation, (ici le post-trempage réalisé à l’aide d’un pistolet de pulvérisation) peuvent soulager les trayeurs. © F. Mechekour
Des équipements se développent aussi pour faciliter le lavage des trayons, automatiser le post-trempage ou encore désinfecter les manchons entre chaque vache. Les brosses automatiques ont notamment l’avantage pour le trayeur d’adopter une position plus droite, de moins solliciter ses épaules et ses mains et d’éviter les mouvements répétitifs. « Attention néanmoins à leur poids et à leur entretien car elles qui peuvent devenir plus agressives selon leur degré d’usure, ainsi qu’aux durées d’application et au dosage des produits nettoyants utilisés », prévient Jean-Louis Poulet.

L’automatisation de la post-traite peut soulager le canal carpien en évitant d’avoir à comprimer des gobelets qui se révèlent d’autant plus durs à presser qu’il fait froid. « L’offre du marché présente des automates à géométrie variable, avec des équipements pulvérisant par-dessous et d’autre part le haut, et des solutions associant désinfection des trayons et post-trempage quand d’autres se limitent au post-trempage. Ces automates contribuent à réduire les contraintes lors de la traite, mais il faut bien considérer les bénéfices qu’ils apportent au regard de l’investissement et des coûts de fonctionnement, relativise Jean-Louis Poulet. Et vérifier également qu’ils n’engendrent pas de risques potentiels pour la santé des trayons, ni celle des trayeurs suite notamment à des inhalations. »

5 Faciliter le lavage des installations

Le temps de nettoyage de l’ensemble des installations (quais, aire d’attente…) peut représenter jusqu’à 25 à 30 % du temps total passé à la traite. © D. Guimard
« Le lavage et le nettoyage des installations de traite génèrent aussi des postures et des gestes contraignants tels que la flexion du dos, la sollicitation des bras, les efforts de traction ou de poussée, prévient David Guimard, conseiller prévention à la MSA Armorique. C’est une tâche ingrate et peu valorisante. » « D’après les chronométrages que nous avons effectués en ferme, le temps de nettoyage de l’ensemble des installations (quais, aire d’attente…) peut représenter jusqu’à 25 à 30 % du temps total passé à la traite, indique Sébastien Guiocheau. D’où l’importance de limiter des surfaces à laver en privilégiant des aires d’attente sur caillebotis, des aires raclées, ou des dispositifs de sortie directe dans le couloir des logettes par exemple. Et d’opter pour des matériaux facilement lavables (plastique sur les murs, caoutchouc sur les quais…). »

6 Limiter les sources de désagréments

Le bruit, le manque de lumière, le froid, l’humidité, le manque de ventilation, l’excès de courant d’air, les mouches… les conditions d’ambiance peuvent nuire au bien-être du trayeur (et des vaches !). « Un éclairage approprié favorise un environnement de travail plus sûr, plus efficace et plus agréable, souligne David Guimard. Il influe aussi sur la posture du trayeur, les zones d’ombre diminuant la visibilité et imposant de se pencher pour mieux observer et intervenir sur les mamelles. » Le confort thermique est important également. Travailler dans le froid, le corps contracté, engendre des crispations musculaires susceptibles de modifier les mouvements.

Se faire remplacer pour souffler

Le fait de se ménager des temps de récupération avec une alternance des trayeurs est une piste à explorer pour ne pas s’épuiser et continuer à traire avec plaisir et sans stress. Les structures sociétaires ou avec des salariés ont un avantage de ce point de vue. « Se faire remplacer pour souffler un peu le week-end ou un jour en semaine peut se révéler salvateur, surtout en cas de douleur naissante ou persistante, précise Orianne Paillette de la MSA Côtes Normandes. La douleur est un signal du corps qu’il ne faut pas négliger. Même une pause ponctuelle peut faire un bien fou, à la fois physiquement et mentalement ! »

Mise en garde

Les rotos permettent des cadences de traite élevées (120 vaches par heure) du fait d’une grande régularité, mais avec parfois une charge physique et mentale qui peut se révéler importante pour une personne seule. Rien n’oblige à s’infliger une cadence effrénée tout le temps. C’est le roto qui doit s’adapter à l’éleveur, et non l’inverse !

Avis d’expert : Sébastien Guiocheau de la chambre d’agriculture de Bretagne

« Bien réfléchir avant d’investir »

Sébastien Guiocheau de la chambre d’agriculture de Bretagne © E. Bignon
« Améliorer l’ergonomie nécessite souvent des investissements. Ce coût est à relativiser au regard du gain en confort de travail. Demandez-vous quel sera l’impact sur votre santé et à quelle fréquence vous en tirerez un bénéfice. La prévention est rarement de mise en matière de travail. Les solutions sont généralement mises en place seulement quand les problèmes de santé surgissent. Mieux vaut essayer de se projeter dans l’activité et de mener une réflexion en amont avec un accompagnement et des visites. Posez-vous la question : que vaut-il mieux que je mette en place pour rendre mon travail moins pénible au quotidien ? Il ne s’agit pas forcément d’investissements lourds. Parfois, des solutions ou des aménagements simples et peu coûteux améliorent grandement la situation. C’est dommage de passer à côté car les choses ne sont pas toujours évidentes à changer a posteriori. D’où l’intérêt de bien orienter ses investissements, sans se focaliser uniquement sur le type d’installation de traite mais aussi sur les à-côtés (entrée-sortie des animaux, facilité de lavage, d’hygiène, etc.). »

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