Sept leviers pour limiter sa facture d'engrais azoté minéral en élevage bovin
L’augmentation du prix des engrais minéraux amène à chercher les moyens de réduire la dépendance à l'azote minéral. Plus que la réduction des apports, c'est la substitution des engrais minéraux qui est recherchée et la réduction des pertes par volatilisation.
L’augmentation du prix des engrais minéraux amène à chercher les moyens de réduire la dépendance à l'azote minéral. Plus que la réduction des apports, c'est la substitution des engrais minéraux qui est recherchée et la réduction des pertes par volatilisation.
1 Optimiser la gestion des effluents de bovins
La gestion des effluents d’élevage n'est pas toujours optimisée alors qu'elle se révèle une véritable source d'économie. N'hésitez pas à vous faire accompagner pour établir votre plan de fumure. Au-delà de la contrainte réglementaire, cet outil présente un intérêt agronomique. Un préalable est d’analyser ses lisiers.
Lire aussi Au Gaec de la Fatonnière, un sol riche et un vrai plan de fumure pour optimiser la fertilisation
Tout doit être fait aussi pour limiter les pertes d’azote, encore plus quand le prix des engrais est élevé. Couvrir les infrastructures de stockage des effluents limite les pertes par volatilisation d’ammoniac et dilution de l’azote par l’eau de pluie. Et aussi limiter les pertes par volatilisation lors des épandages : éviter d’épandre en conditions sèches et venteuses et par temps chaud, enfouir si possible rapidement ou, sur prairies, épandre au ras du sol (pendillards) en faisant si besoin appel à ETA ou à une Cuma. Attention aussi aux dates d’épandage du fumier. « Si on épand trop tard avant maïs, le fumier ne fournira pas l’azote assez tôt pour répondre aux besoins du maïs qui sont maximum mi juin, détaille Daniel Hanocq. Il faut épandre dès qu’on peut détruire les couverts, en mars si possible. »
2 Répartir différemment ses effluents
« Pour simplifier le travail, les éleveurs organisent souvent de gros chantiers d’épandage, en vidant la fumière, puis la fosse à lisier, constate David Leduc. De gros volumes de lisier peuvent ainsi être épandus avant maïs, parfois de façon excédentaire car il y a déjà eu un apport de fumier. Il est possible d’optimiser la valorisation des effluents en ne mettant pas tout le lisier avant maïs, mais en en épandant aussi sur prairies de fauche ou de pâture à la place de l’engrais ou sur dérobées après céréales. Cela entraîne par contre plus de transport de lisier, plus de temps et est plus complexe. »
Stocker ou composter du fumier n’est par contre pas un choix judicieux quand les engrais sont chers, car cela entraîne des pertes d’azote. « Il vaut mieux l’utiliser pour fertiliser une dérobée ou un colza fourrager par exemple », estime Daniel Hanocq.
3 Semer plus de légumineuses
« Dans l’Ouest, beaucoup d’élevages sont basés sur le maïs et le ray-grass italien, constate David Leduc. Or le RGI est très consommateur d’azote. Une piste, si on a assez de surface, est de réduire la fertilisation azotée du RGI, mais de le récolter plus tôt. »
Un axe important est de semer plus de légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique. Les légumineuses peuvent être introduites en association dans les prairies de pâture, et dans les prairies de fauche, à la place du ray-grass italien par exemple.
Semer un mélange ray-grass légumineuses permet de passer de 60-80 UN d’apport à 30 UN. En contre-partie, il faut acheter des semences de légumineuses, qui sont assez coûteuses. Des légumineuses peuvent aussi être introduites dans les couverts d’interculture.
Autre piste : passer des céréales pures aux méteils qui ne nécessitent pas de fertilisation. « Une pratique qui se répand est d’associer un méteil lors de l’installation de la prairie, détaille David Leduc. La première année, le méteil récolté en ensilage ou enrubannage apporte un surplus de fourrages et peut permettre de réduire la part de RGI. »
4 Favoriser la fixation de l’azote des trèfles
Certaines pratiques favorisent la fixation de l’azote atmosphérique par les trèfles. « Dans un mélange ray-grass anglais trèfle blanc, si on fertilise trop tôt et trop fort pour avoir du fourrage rapidement, on favorise le développement des graminées, note Daniel Hanocq. Le trèfle se retrouve alors à l’ombre de la graminée et se développe moins bien. Pour tirer le meilleur parti du trèfle, il faut limiter la fertilisation en sortie d’hiver à 40-50 UN et ne pas fertiliser trop tôt. »
De même à l’implantation de la prairie, il ne faut pas trop fertiliser pour ne pas défavoriser les trèfles. Autre axe pour favoriser les trèfles : faire pâturer les prairies d’association assez ras. « Comme le trèfle a un port plus étalé que les graminées, il va prendre le dessus sur le ray-grass qui doit s’allonger avant de faire des feuilles. »
5 Des couverts végétaux pour capter l’azote du sol
Après céréales, des couverts végétaux (seigle, avoine diploïde, ray-grass italien...) récoltés ou pâturés peuvent permettre de capter l’azote qui aurait été perdu. Ils peuvent être semés dès la mi août. Et il faut les enfouir assez tôt, fin février début mars si possible, car il faut du temps pour que l’azote soit minéralisé et disponible pour le maïs. Un couvert gardé trop tard va de plus consommer de l’eau et de l’azote au détriment du maïs.
6 Choisir une céréale moins gourmande en azote
Une autre piste est de s’orienter vers des cultures moins gourmandes en azote. « Si les céréales sont cultivées surtout pour la paille, il est possible de passer du blé à l’orge ou au triticale, qui consomment moins d’azote et fournissent plus de paille, estime David Leduc, consultant Agronomie à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Pour un potentiel de rendement identique en orge, un peu inférieur en triticale, passer du blé à l’orge ou au triticale permet d’économiser 0,5 UN/q. De plus, l’orge, plus précoce, souffre moins de la chaleur ! » Mais si les grains sont destinés à la vente, « la marge peut être un peu inférieure, le triticale étant par ailleurs moins recherché. Et si la céréale est destinée aux animaux, son grain étant moins riche en azote que le blé, il faudra apporter un peu plus de correcteur azoté aux animaux. »
7 Réduire la fertilisation des cultures
« La base en fertilisation des cultures est que la dose optimale d’engrais azoté dépend du prix du grain et du prix des engrais, souligne Daniel Hanocq, chargé de mission en gestion des sols et fertilisation à la Chambre d’agriculture de Bretagne. Avec un prix des engrais élevé, il y a un intérêt économique à apporter une dose d’azote plus faible de 10-15%, même si le taux de protéines du grain est un peu dégradé et qu’il y aura moins de paille, car les quelques quintaux supplémentaires permis par les derniers kilos d’azote ne compensent pas le surcoût en engrais. » L’utilisation d’OAD, la mesure de reliquats en sortie d’hiver… peuvent permettre d’optimiser la fertilisation.
Lire aussi Le triticale a quarante ans et toujours tous ses atouts
Mise en garde
Ne pas chauler au delà d'un pH 6
Un sol fertile est un sol bien structuré et riche en matière organique. Il peut nécessiter un chaulage si le pH est inférieur à 6. Au delà de 6, nul besoin de chauler, au contraire. Car si augmenter le pH de 0,5 point permet la fourniture de 10 à 20 UN supplémentaires, cela se fait au détriment de la matière organique, puisque la « fourniture d’azote se fait par la minéralisation de la matière organique, rapelle Daniel Hadocq. Il y a un gain à court terme, mais une perte de fertilité sur le long terme. » Le chaulage peut de plus bloquer certains oligo-éléments, ce qui peut nuire aux cultures à suivre.
A retenir
Une fausse économie avec l'urée
Le prix de l’unité d’azote de l’urée est généralement un peu inférieur à celui de l’ammonitrate. Mais plus de 13% de l’azote est volatilisé lors de l’épandage, contre moins de 2% pour l’ammonitrate et 8% pour la solution azotée.