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Premier bilan des litieres malaxées compostées pour vaches laitières

Substituer la paille par un matériau qui peut être malaxé sur les aires de couchage est une alternative dans les régions manquant de paille, mais des précautions s’imposent.

Litière malaxée compostée aux Pays-Bas
AUX PAYS-BAS, la mise en place de systèmes de soufflerie ou d’aspiration de l’air sous la litière renchérit le coût de ce type de couchage, déjà élevé du fait d’une grande surface par vache.
© Livestock Research Wageningen

Réhabiliter les couchages libres dans les grands troupeaux et proposer des litières malaxées et compostées, tel a été le thème présenté par le groupe de travail Eurodairy(1) lors du colloque international organisé par le RMT bâtiments d’élevage de demain, en février à Lille. S’agit-il d’un retour en arrière ou d’un nouveau concept innovant ? L’agrandissement des troupeaux, l’allongement du temps de présence en bâtiment et le manque de disponibilité en paille, associés à des problèmes de temps et conditions de travail expliquent le développement des logettes au détriment des aires paillées.

Les exigences sur la qualité du lait ainsi que l’augmentation des risques de mammites avec des aires paillées mal maîtrisées ont aussi contribué à cette évolution. « Pourtant, les aires paillées présentent des avantages pour améliorer le confort de couchage, diminuer le risque de boiteries et bénéficier des intérêts agronomiques du fumier », a souligné Jean-Luc Ménard de l’Institut de l’élevage.

Des avantages pour le confort des animaux et le temps de travail

Quand la paille n’est pas disponible ou trop coûteuse, la conduite d’aires de couchage libres avec des matériaux de litière pouvant être malaxés peut s’envisager. Depuis le milieu des années 2000, certains élevages aux États-Unis, Pays-Bas, Israël, Italie ou Autriche ont en eff et remplacé la paille longue par des copeaux, de la sciure de bois, de la paille hachée… « Le principe général est d’apporter une certaine quantité d’un matériau sain, absorbant, neutre et le plus sec possible et de le malaxer quotidiennement avec un outil (vibroculteur, herse rotative, cultivateur) pour le mélanger avec les pissats et bouses », explique Jean-Luc Ménard. La matière fécale en interaction avec la litière fermente (fermentation aérobie) grâce au travail d’aération quotidien, et se décompose avant d’être stockée ou épandue dans les champs.

L’hygiène et la propreté des vaches pas au top en hiver

De premières expériences pointent leur nez en France, avec huit réalisations et dix projets répertoriés début 2017. Celles-ci se révèlent intéressantes même si elles restent à optimiser. Selon les élevages, deux conduites se distinguent.

La première consiste à opter pour une litière de grande dimension (25 m2/VL) avec l’objectif de limiter l’entretien. Sur les deux élevages qui ont retenu ce choix, un compost de déchets verts est apporté sur un sol naturel compacté. Les éleveurs apportent une moindre quantité de matériau (5 cm de litière au départ) et assurent un malaxage le plus limité possible, avec un curage une fois par an. Le brassage et l’aération du compost permettent d’intégrer les bouses et d’assécher le compost. Une bonne ventilation s’avère aussi primordiale ; en plus de filets brise-vent amovibles, ces bâtiments sont équipés de brasseurs d’air horizontaux. « Le premier bilan indique toutefois des difficultés de gestion de l’hygiène et de la propreté des animaux sur les périodes hivernales humides, expose Jean-Luc Ménard. Ce système est développé en Israël sur des sous-sols drainants, avec des conditions plus favorables à l’assèchement des litières et une pluviométrie limitée."

En France, cette conduite n’est pas optimale. "Une accumulation de la litière sur une année nécessite des adaptations plus complexes comme on le voit aux Pays-Bas, avec des quantités de litières beaucoup plus importantes et la mise en place de systèmes de soufflerie ou d’aspiration de l’air sous la litière, qui renchérit le coût initial de ce type de couchage, déjà élevé du fait d’une grande surface par vache. »

La seconde conduite s’appuie sur une conception identique à celles des aires paillées traditionnelles (7-9 m2/VL, sous-sol naturel compacté, ventilation naturelle) mais en remplaçant la paille par un matériau sain, sec et absorbant qui peut être malaxé avec un matériel simple. Un élevage utilise notamment du miscanthus broyé du commerce sur sept centimètres d’épaisseur initiale, et sans autre apport complémentaire. L’entretien journalier effectué à la herse rotative prend dix minutes par jour et le curage est réalisé trois fois par an. « L’éleveur préfère le miscanthus aux copeaux dépoussiérés (gros volumes et coût élevé 120 €/t) ou à la sciure fine (couchage boueux, gros volume à stocker). Mais il faudrait sans doute effectuer des apports complémentaires au cours de l’accumulation afin de maintenir l’état de la litière avant curage. »

Autre exemple de ce type de conduite sur un élevage qui a utilisé pendant deux ans de la sciure, malaxée deux fois par jour au vibroculteur. Après l’apport initial de dix centimètres de sciure, des apports complémentaires hebdomadaires sont réalisés. « Par rapport à l’aire paillée, les éleveurs se disent très satisfaits avec de bons résultats sanitaires et en qualité du lait, un travail quotidien allégé et des curages moins fréquents (tous les trois mois). Par contre, le coût de la sciure peut se révéler prohibitif selon sa disponibilité, ce qui les a contraints à revenir à regret à une conduite classique en aire paillée. La paille broyée, plus accessible, pourrait être une alternative, d’autant qu’elle a un pouvoir absorbant supérieur à la paille classique. »

L’étude des premières réalisations va se poursuivre pour caler les recommandations et analyser les différentes options en termes de conception des sous-sols et de la ventilation ainsi que de gestion de la litière selon le type de matériaux.

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Les litières sur compost industriel interdites aux Pays-Bas

Depuis le 1er janvier 2015, l’utilisation de compost industriel à base de déchets verts comme litière a été interdit aux Pays-Bas par l’industrie laitière, en raison des concentrations élevées de spores aérobies thermophiles présentes dans le lait cru des vaches élevées sur ce type de litière. L’industrie laitière néerlandaise considère que ces bactéries présentent un risque trop élevé d’entraîner la dégradation des produits laitiers stérilisés.

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Des expériences positives aux Pays-Bas et en Autriche

Depuis 2009, près de 70 étables sur litière de compost ont vu le jour aux Pays-Bas. La conception, la nature et la gestion de la litière varient d’une étable à l’autre. « Parmi les dix fermes participant à notre projet de recherche, cinq utilisent des copeaux de bois, indique Paul Galama, du centre de recherche de Wageningen. Elles compostent cette matière avec les bouses et l’urine de l’étable. La chaleur dégagée par le processus de compostage favorise l’évaporation de l’humidité. Quatre d’entre elles contrôlent le processus de compostage à l’aide d’un système d’aération qui libère ou aspire l’air au travers de la litière. » D’après les chercheurs, le coût annuel pour une étable à litière compostée de 15 m2/VL, complétée par l’aire d’exercice pour l’accès à l’alimentation, est supérieur à celui d’une étable à logettes. Néanmoins, celui-ci dépend considérablement du prix des copeaux et en réduisant de 10 % le taux de renouvellement (lié à une meilleure maîtrise sanitaire et respect du bien-être animal), le coût annuel devient sensiblement identique.

En Autriche également, une cinquantaine de fermes utilisant des copeaux de sciures et de bois en couche de 20 à 25 cm (soit 1,8 à 2,5 m3/VL) ont été suivies de 2011 à 2013. Ce matériau est disponible grâce à la sylviculture locale (10 €/m3).

Moins de boiteries et de tarsites sur les litières compostées

L’ajout de copeaux intervient toutes les deux à sept semaines. La quantité totale de substrat utilisé pour six mois d’hiver oscille entre 5 et 8 m3/VL, avec une surface de 10-12 m2/VL. « Une nouvelle litière ne doit pas être mise en place en plein hiver en raison d’un démarrage de décomposition ralenti par le froid, souligne Joop Lensink de l’ISA de Lille. Le curage se fait idéalement deux fois par an, au printemps et en automne, lorsque la couche atteint environ 60 centimètres. Nous avons comparé 138 vaches dans sept fermes avec litières compostées à 175 vaches de neuf élevages avec logettes. Dans les deux systèmes, la propreté des vaches se montre équivalente. Il ressort aussi que les litières compostées ont un impact positif sur le logement et le bien-être des vaches, ainsi que sur les boiteries et blessures aux tarses. »

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