Aller au contenu principal

Onze points de vigilance pour limiter la circulation des maladies en élevage

Afin d’éviter l’introduction, la dissémination et la sortie d’agents pathogènes vers d’autres élevages et l’environnement, voici onze points de vigilance à examiner dans votre élevage laitier.

 

1-Un poste d’accueil à l’entrée

Panneau matérialisant l’endroit ou les intervenants doivent nettoyer et désinfecter leurs bottes avant d’entrer dans la zone d’élevage. © A. Conté

L’entrée « intervenants en élevage » est l’un des principaux points à améliorer dans la plupart des élevages laitiers « Le principe de base est d’éviter toute circulation de personnes et véhicules externes dans la zone d’élevage sans application préalable de mesures de biosécurité. Il ne faut pas avoir de croisement entre le circuit interne de fonctionnement journalier de l’éleveur et le circuit externe, explique Félix Mahé, du GDS Bretagne. L’élevage doit avoir une seule entrée, bien matérialisée. Les personnes qui arrivent doivent être orientées. »

© Innoval

Innoval et certains GDS fournissent aux élevages qu’ils auditent des panneaux permettant notamment de guider les intervenants vers un parking, et un « poste d’accueil » : « c’est l’endroit où ils peuvent laver et décontaminer leurs bottes avant d’entrer dans l’élevage ». Le minimum est un point d’eau proche d’une évacuation, la meilleure solution étant un lave bottes permettant la désinfection.

Les pédiluves liquides où s’accumulent de grandes quantités de matières organiques sont rendus inefficaces. Par contre, « il serait dommage d’écarter une solution simple et pas chère qui produit de bons résultats, estime Nathalie Menudier, du GDS de Charente. Cela consiste à bricoler deux bacs : un avec de l’eau pour rincer les bottes et un avec du désinfectant où l’on passe ensuite. Le bac d’eau peut être régulièrement vidé et re-rempli ».

2-Protéger les veaux par un pédiluve sec

 
L’installation d’un pédiluve sec en entrée de nurserie est vivement conseillée. © Innoval

Les veaux, animaux les plus fragiles, doivent idéalement être logés à l’écart des adultes, dans un bâtiment spécifique. « Il n’est pas toujours simple de mettre en œuvre le principe de la marche en avant dans les élevages bovins », constate Félix Mahé de GDS Bretagne. Il est cependant facile de se laver les mains et d’installer un pédiluve sec avec de la chaux éteinte en entrée de nurserie. Ceci permet de les protéger pendant le premier mois de vie des risques de contamination par des pathogènes issus des animaux adultes et véhiculés par les bottes des intervenants. « Une mesure de base est de laver les bottes avant d’entrer dans la nurserie », ajoute Floriane Boucher, de GDS France. Il est par ailleurs conseillé d’utiliser du matériel spécifique à la nurserie, qu’il s’agisse de brouette, seaux, balai, chariot à lait, etc. Et de nettoyer et désinfecter complètement la nurserie au moins une fois par an.

3-Une protection de l’alimentation

 
Un tas d'ensilage protégé d'un filet. © GDS 24

Les silos à plat présentent un risque de contamination via la faune sauvage et les animaux de la ferme. « En fonction des risques identifiés, il faudra peut-être protéger les silos », expose Marie Lestrade, GDS Dordogne.

 

 
Tube de DAC non protégé. © Innoval

« C’est surtout le stockage des aliments concentrés qui présente un risque vis-à-vis des germes (salmonelles, botulisme) véhiculés par des animaux et aggravés par le manque d’entretien et de protection », observe Félix Mahé. Les silos cylindriques sous hangar non fermés sur le dessus sont très courants. Un élevage de taurillons en Franche-Comté a ainsi été décimé par le botulisme suite à la chute d’un chat dans un silo non fermé. Un filet anti-oiseaux posé à plat n’offre pas une sécurité suffisante : il est préférable d’installer un couvercle étanche amovible ou un filet à maille fine tendu en forme de cône au-dessus du silo.

 

 
Un silo à céréales non couvert. © Innoval

Attention également aux trémies ouvertes des DAC et aux ouvertures au niveau du raccordement du tuyau d’alimentation. « Un éleveur y a trouvé récemment un choucas mort. Par chance, il a été alerté par le court-circuit provoqué par l’oiseau », rapporte-t-il.

 

 
Les cellules de stockage du concentré doivent être nettoyées puis désinfectées une fois par an avec une bougie fumigène. © A. Conté

Quant aux cellules extérieures fermées, « elles ne sont pas souvent nettoyées et désinfectées ». Il est conseillé de vider complètement le silo une fois par an, de brosser l’intérieur surtout le haut sous la trappe de remplissage et de le désinfecter avec une bougie fumigène. Il en va de même pour les DAC.

Il convient de retirer les résidus d’alimentation qui traînent par terre et peuvent attirer la faune sauvage et domestique.

4-Attention à la propreté de la mélangeuse

 
Une remorque mélangeuse qui n’est visiblement pas souvent nettoyée. © Innoval

Le matériel de distribution de l’aliment peut être source de dissémination de contaminants dans le troupeau. En particulier les mélangeuses distributrices, en mélangeant une faible quantité d’aliment contaminé à l’ensemble de la trémie. « Elles rendent d’autant plus nécessaire la protection des aliments en amont du chargement. Et elles devraient être nettoyées et désinfectées au moins une fois par mois, ainsi que le godet et le matériel de transport », souligne Félix Mahé. Le cas d’un troupeau de 80 vaches qui a succombé en quasi-totalité en quinze jours donne à réfléchir : « les seules origines trouvées lors de l’expertise ont été l’absence de protection du concentré et de décontamination régulière de la mélangeuse ».

5-Une séparation zone sale/zone propre

Il faut éviter les croisements quotidiens du circuit d’alimentation avec le circuit des effluents. « Tout véhicule ou robot circulant sur la table d’alimentation ne doit pas avoir roulé sur la bouse : c’est le meilleur moyen de disséminer les contaminants de vaches malades au reste du troupeau », souligne Félix Mahé. Mais il n’est pas toujours possible d’éviter les croisements. C’est le cas de certains bâtiments carrés avec double couloir de logettes et sortie des vaches vers la salle de traite par un couloir extérieur.

 
Un exemple d’équipement pour pallier le croisement des circuits propre et sale : des plaques se rabattent sur le couloir de circulation des vaches lors du passage des tracteurs pour accéder au couloir d’alimentation. © Innoval

Un éleveur astucieux a installé un système de plaques qui se rabattent sur le couloir d’alimentation lors du passage des tracteurs pour accéder aux couloirs d’alimentation.

6–Sécuriser l’eau et l’alimentation au pâturage

Au pâturage, pour limiter la contamination par la faune sauvage, « les aliments et minéraux apportés sont placés en hauteur - au moins à 75-80 cm de haut », indique Marie Lestrade, du GDS Dordogne.

 
Ce point d’eau naturel a été aménagé pour limiter les risques de contamination. © GDS 24

« De plus, il est préférable de ne pas placer les abreuvoirs et les râteliers au niveau de zones boisées et humides, car certaines bactéries comme Mycobacterium bovis (agent pathogène de la tuberculose bovine) se plaisent en milieu ombragé et humide », ajoute-t-elle.

Dans l’idéal, les bovins ne doivent pas s’abreuver directement à un point d’eau naturel, pour ne pas la souiller et pour éviter de se contaminer. « Il faut surtout éviter les eaux stagnantes ou de faible débit », précise Ludivine Flament, du GDS du Nord.

Pour trouver la parade, il existe des solutions plus ou moins coûteuses. Certains éleveurs aménagent l’abord d’un point d’eau naturel, « lorsque le niveau d’eau est relativement constant pour que les vaches y aient toujours accès et que le risque de débordement est limité, explique Marie Lestrade. Pour éviter la formation de zones boueuses, il peut être nécessaire de décaisser, de poser un géotextile et d’empierrer. Ce type d’aménagement peut demander de l’entretien pour limiter la formation de bourbier au fil du temps. Il est également nécessaire de mettre une clôture et/ou une barrière pour que les vaches ne piétinent pas directement dans le cours d’eau ».

 
Cette installation permet le pompage pour un abreuvement sécurisé à partir d’un point d’eau naturel. © GDS France

L’eau d’une source naturelle peut être amenée jusqu’à un abreuvoir par gravité, par pompage grâce à l’énergie solaire ou à une batterie. Ou via une pompe à museau, où c’est la pression du mufle de l’animal qui déclenche le pompage (attention, ne convient pas aux vaches traites qui ont besoin d’un débit plus important). Si l’eau provient d’une source naturelle ou d’un forage, elle doit être régulièrement analysée.

« Les abreuvoirs extérieurs doivent aussi être nettoyés au moins deux fois dans la saison et dès que nécessaire, pour bien enlever le biofilm où peuvent se loger les bactéries, voire à l’intérieur d’amibes protectrices pour les mycobactéries responsables de la tuberculose et de la paratuberculose », précise Nathalie Menudier, du GDS Charente.

7-Éviter les contacts entre troupeaux

 
La double clôture ou la haie touffue forment une barrière efficace entre deux troupeaux voisins, pour éviter la transmission mufle à mufle. © GDS 24

Entre deux prairies, la transmission de pathogènes par contact direct entre deux troupeaux à travers une barrière simple est à prévenir.

Une première solution pour empêcher le contact mufle à mufle est d’installer une double clôture ou une haie. Il faut au moins 1,50 m entre les deux clôtures ou une haie de même largeur. « Cela a un coût, il y a une perte de surface et cela demande de l’entretien. Donc, les éleveurs ne le font que si vraiment c’est identifié comme un point d’entrée de pathogènes », souligne Floriane Boucher, GDS France. La haie a l’avantage de répondre à d’autres besoins : bien-être animal, production de bois, stockage de carbone.

Autre solution : le pâturage alterné. Lorsqu’un troupeau pâture, la parcelle voisine est en fauche ou au repos. « Cela demande d’avoir suffisamment de surfaces et de s’entendre avec son voisin pour organiser les alternances », fait remarquer Ludivine Flament, GDS du Nord. « Il ne faut pas non plus utiliser d’abreuvoir collectif entre cheptels. D’une manière générale, il faut éviter de partager du matériel », ajoute-t-elle.

8-Des habitudes d’hygiène

La biosécurité, c’est aussi prendre des habitudes de nettoyage et désinfection des bâtiments, du matériel, des box de vêlage et d’infirmerie… « Le matériel doit être lavé après une opération salissante et contaminante, mais pas n’importe où », pointe Félix Mahé, du GDS Bretagne. Il faut prévoir une plateforme de lavage et désinfection à côté de la fosse à lisier, pour permettre l’écoulement des eaux sales.

L’eau est également une source potentielle de contamination. Il est conseillé de vider les abreuvoirs, les brosser et les désinfecter régulièrement. « Le nettoyage et la désinfection du circuit d’eau doivent faire partie des tâches à programmer tous les ans. Les éleveurs peuvent le réaliser eux-mêmes avec soit des produits à base de chlore (eau de javel classique à 10 %), soit des produits à base de peroxyde d’hydrogène et d’acide peracétique. »

9-Une plateforme d’équarrissage à l’écart

 
L’aire d’équarrissage doit être à l’écart de la zone d’élevage. © GDS France

Pour l’équarrissage, le principe général est d’avoir un site fixe, à l’écart de la zone de circulation de l’élevage avec un bac pour les veaux et une plateforme stabilisée pour les gros bovins. Il faut veiller à l’absence de gêne pour la griffe du camion (lignes électriques, arbres), et à ce qu’elle soit non visible des tiers (bâche, claustra…).

 

C’est dans cette logique que le GDS des Deux-Sèvres commence à proposer des actions spécifiques à ses adhérents. Il s’est ainsi penché sur la gestion des cadavres, afin d’empêcher les pathogènes de diffuser en dehors de l’élevage. « En 2021, nous avons trouvé un fabricant en Belgique qui proposait des cloches à cadavres aux dimensions XL (dimensions intérieures : 320 de longueur par 220 de largeur et 110 de hauteur en centimètres) pour les bovins adultes. Nous avons ensuite passé une commande groupée de 180 cloches pour réduire le coût d’achat et les proposer à un tarif préférentiel aux éleveurs », rapporte Alice Jardin, du GDS des Deux-Sèvres. Grâce à son grand volume, la cloche permet de limiter tout contact entre les cadavres de l’exploitation et les charognards (faune sauvage, animaux domestiques, insectes…) pour éviter que ces derniers ne puissent devenir, à leur tour, vecteurs voire porteurs de certaines maladies.

Le camion d’équarrissage et les cadavres peuvent jouer également un rôle de vecteur des agents infectieux. Enfin, les placentas sont une source potentielle de fièvre Q, néosporose, salmonelles… « La gestion des placentas n’est pas simple, reconnaît Félix Mahé. L’idéal est de les conserver en sacs ou bacs dans un congélateur dédié, en attendant le passage de l’équarrisseur ». Autre option : « les enfouir sur lit de chaux puis les saupoudrer de chaux », explique Nathalie Menudier.

10-La biosécurité démarre aux champs

Les effluents (fumier, lisier) représentent également des sources potentielles de contamination. Il est recommandé de les stocker suffisamment longtemps (quatre mois est un minimum entre le dernier approvisionnement du stock de fumier ou lisier et l’épandage) à l’écart du parcours emprunté par les visiteurs et les animaux (ou à défaut de les bâcher), loin des points d’eau et sur un terrain sans pente. Attention également au stockage de fumiers susceptibles d’écoulement à proximité des pâtures.

Concernant l’épandage, selon les maladies présentes sur l’exploitation, des précautions particulières s’imposent (fièvre Q, paratuberculose, salmonellose). Une étude montre l’intérêt de respecter un délai minimal de trois semaines entre l’épandage et le pâturage, l’enrubannage ou l’ensilage, avec un épisode pluvieux intercalé. De plus, l’ensilage peut être source de botulisme (animal broyé) ou de listeria.

11-Des précautions à l’achat d’animaux

La première étape, lors de l’achat d’animaux, est de vérifier leur statut : appellations, garanties, vaccinations… Les dépistages obligatoires et recommandés (IBR, BVD, néosporose, besnoitiose, paratuberculose, fièvre Q…) sont réalisés chez le vendeur dans l’idéal et la transaction est faite après réception des résultats. Si le dépistage a lieu chez l’acheteur alors les animaux doivent être isolés et placés en quarantaine le temps que les résultats d’analyse arrivent.

« Pour les maladies non réglementées, la bonne pratique est d’établir un billet de garantie conventionnelle », ajoute Nathalie Menudier, du GDS de Charentes. Le vendeur et l’acheteur se mettent d’accord sur les maladies recherchées et la conduite à tenir en cas d’animal positif (reprise, remplacement, remboursement). « En France, moins de la moitié des animaux achetés le sont avec un billet de garantie conventionnel ; c’est risqué ! »

Dans l’idéal, le transport est direct du vendeur à l’acheteur. Le camion du transporteur ne doit pas entrer dans la zone d'élevage. Avant la descente du camion, il faut vérifier les différents documents. Les mêmes précautions valent quand des animaux rentrent d’un concours ou d’un pâturage collectif ou que les génisses reviennent de l’exploitation qui les a élevées.

Lors de la vente d’animaux, un lieu dédié en périphérie de l’élevage permet d’éviter l’entrée de personnes et de véhicules extérieurs dans la zone d'élevage. « Pour les veaux de 8 jours, une astuce est de les mettre dans une niche à veaux située en périphérie, en plaçant les documents en évidence dans une pochette plastique ou un bocal », illustre Félix Mahé.

Les bonnes pratiques de biosécurité

• Au quotidien :

Qualité de l’eau dans les abreuvoirs

Dispositif de lavage et désinfection à l’entrée de l’élevage

Nettoyage systématique sur les bottes des intervenants extérieurs

Lavage et désinfection systématique du matériel contaminé avant et après utilisation

• Plusieurs fois par an :

Lavage et désinfection du matériel : véhicules de l’élevage, remorque distributrice mélangeuse, tracteurs internes à l’élevage, repousseurs d’ensilage…

Contrôle des postes d’appâts contre les rongeurs

• Une fois par an :

Désinfection des cellules de stockage d’aliment (brossage, bougie fumigène)

Désinfection du circuit d’eau

Décontamination des nurseries

Décontamination des bâtiments d’élevage (sauf traite robotisée)

Les plus lus

Éliane Riou. « Dans notre nouvelle TPA 2x16, nos mettons 1h15 pour traire 140 vaches à deux, hors lavage. Une traite rapide et fluide, sans effort physique, c’est 100 % de plaisir ! »
« Dans une salle de traite, ce sont les détails qui font toute la différence »
Au Gaec de Kermouster, dans le Finistère, les associés ont mûri leur projet pour limiter les efforts physiques à la traite grâce…
Olivier et Béatrice Piron. « Nous privilégions un système très simple avec peu de vaches, pour rester efficaces tout en veillant à l'aspect travail. »
« Avec nos 49 vaches laitières, prévention rime avec efficacité économique »
L’EARL Les chapelles, en Ille-et-Vilaine, se distingue avec un système intensif mêlant maïs toute l’année et herbe pâturée.…
Le choix de griffes plus légères et de tuyaux en silicone soulage les bras et les épaules.
« Rénover la salle de traite pour tenir jusqu’à la retraite ! »
Dans le Finistère, le Gaec du Bois Noir a agrandi et rééquipé sa salle de traite, en vue de réduire la durée et la pénibilité de…
Prix du lait : Sodiaal abandonne son prix B
À partir du 1er avril, le prix B disparaît chez Sodiaal. Un « prix unique » sera mis en place pour l’ensemble de la…
Alexis, 28 ans, et Cyril, 32 ans, avec leur père Didier Magnière, 61 ans. « Nous partageons une vraie passion pour la race Simmental et n’aimons pas trop faire du tracteur. »
« Nous avons remis à plat tout notre système de production laitier pour devenir autonomes »
En Côte-d’Or, le Gaec Magniere a repensé totalement son assolement et ses rotations. Il est devenu complètement autonome en…
Le Casdar Ergotraite inclut une analyse biomécanique des mouvements par « motion capture ».
Traite : des hauteurs de quais trop souvent inadéquates
La hauteur des planchers mammaires à la traite a un impact important sur la posture du trayeur et le risque de troubles musculo-…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière