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Marché laitier
Marché laitier - La Suisse dans la tourmente de l’après-quota

Réunis dans une jeune interprofession, producteurs et
transformateurs ont pour le moment du mal à s’entendre
sur des mécanismes de régulation du marché.

Le 1er mai 2009, la Suisse a mis fin à trente-deux années de contingentement laitier. Rares sont ceux qui le regrettent. Mais cinq mois plus tard, les producteurs sont amers. Le paysage laitier et le prix du lait ne ressemblent pas à ce qu’ils avaient imaginé. Un prix indicatif de 405 euros pour 1 000 litres se situe « environ 30 % sous leurs coûts de production moyens » (1), à en croire André Aeby, vice-président de la Fédération des producteurs suisses de lait (FPSL).

En 2008, l’attribution débridée de droits à produire a déstabilisé le marché. Petit retour en arrière. Au mois de janvier 2004, la Confédération helvétique annonçait la date de sortie de ce régime. Elle autorisait aussi les éleveurs à dépasser leur référence à partir de 2006 à condition de posséder un contrat direct ou indirect avec un acheteur. Pour encadrer le mouvement, elle avait laissé les producteurs s’organiser pour gérer les volumes historiques et supplémentaires.

Mais des points de vue divergents entre responsables et le marché vont faire voler en éclat l’équilibre de la filière. Le projet de la FPSL en juin 2007 de regrouper les producteurs en quatre organisations de producteurs qui auraient été les interlocuteurs des industriels prend rapidement l’eau dans un contexte international de prix élevé du lait. Beaucoup veulent en profiter et, finalement, ce sont 34 organisations de producteurs qui voient le jour.

Il y a d’une part des organisations de producteurs (OP) qui fonctionnent comme des groupements de collecte revendant du lait aux industriels, et d’autre part des organisations de producteurs-utilisateurs (OPU) au sein desquelles l’industriel a un lien direct avec chaque producteur. Dans la foulée, la production suisse augmente de 5 % en 2008 sur fond de bataille entre OP pour sécuriser leurs litrages.

PERSONNE NE CONNAÎT LES VOLUMES ATTRIBUÉS AUX PRODUCTEURS

Aujourd’hui, la situation est « désastreuse », juge André Aeby. « Nous avons donné tout le pouvoir aux transformateurs. Le marché est sous la pression des volumes supplémentaires attribués par les industriels et de négociants francs-tireurs qui surenchérissent à la baisse pour vendre », poursuit-il.

Michel Guex, président de l’Association des producteurs de lait Cremo (APLC) développe une toute autre analyse. « 60% du lait suisse est confronté directement au marché de l’Union européenne. Le problème du prix du lait vient à 80 % de la crise économique mondiale, à 10 % du changement de comportement du consommateur et à 10 % des volumes supplémentaires livrés », dit-il.

L’excédent de lait est en tout cas bien là. Il a amené les quatre principaux industriels à réviser leur politique d’approvisionnement. Emmi, le numéro un suisse (963 millions de litres transformés), privilégie le lait de ses actionnaires et a dénoncé des contrats complémentaires dès 2008. Cremo réduit linéairement ses achats. Hochdorf a choisi de couvrir entre 30 et 40 % de ses besoins en direct et achète le solde au coup par coup. Elsa joue le même jeu sauf que la proportion de contrats directs lui assure environ deux tiers de ses besoins.

UNE BOURSE DU LAIT DEPUIS LE 1ER AOÛT

Pour sortir de cette spirale, les producteurs mais aussi certains industriels défendent la régulation des volumes. La FPSL n’a pas abandonné son idée de regrouper nationalement l’offre, mais elle reconnaît que les producteurs sont divisés sur le sujet.

Elle travaille aussi à la mise au point d’un système de prix différenciés en fonction de la valorisation du lait. Mais un nouvel acteur pourrait avoir son mot à dire : l’interprofession, l’IP lait. Créée en juin dernier, l’IP fixe chaque trimestre un prix indicatif pour le lait non transformé en fromage. Son calcul se réfère notamment à l’indice des coûts de production publié par l’Union suisse des paysans (USP). Le premier résultat est que les 405 euros pour 1000 litres ont été dans l’ensemble tenus. Mais cela ne saurait suffire.

Au 1er août, l’IP a lancé une bourse du lait. Elle doit devenir le point de passage obligé de tout lait qui ne fait pas l’objet d’un contrat d’un an minimum. L’IP envisage aussi de publier un prix seuil. Tout lait acheté sous ce prix serait obligatoirement exporté sur les pays tiers au prix du beurre-poudre. Autrement dit, il ne serait pas un élément qui tirerait le prix national vers le bas.

Enfin, l’IP souhaite que tous les contrats signés soient publiés afin d’avoir une connaissance des volumes attribués. Car depuis la fin des quotas, plus personne ne sait combien de droits à produire sont globalement détenus par la production ! Difficile dans ces conditions de piloter la filière. L’IP compte sur l’appui du législateur pour donner un caractère obligatoire à cette série de mesures. ■

(1) Les « paiements directs » versés moyennant des « prestations écologiques » sont sensés compenser la différence entre prix du lait et coût de production. Les montants payés atteignent 693 € par hectare d’herbe et entre 460 et 820 €/UGB selon la zone (plaine ou montagne). Le salaire moyen suisse est d’environ 46000 €.

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