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Ne prenez pas les TMS à la légère

La répétitivité des gestes et des tâches à la traite favorise le développement de troubles musculo-squelettiques qui induisent des douleurs aux épaules, coudes, poignets, dos… Leur apparition dépend de plusieurs facteurs, pas seulement biomécaniques.

Les gestes répétitifs, l’effort physique, les postures et amplitudes de mouvement contraignants favorisent l’apparition de TMS, mais également une organisation du travail subie ou le stress.
Les gestes répétitifs, l’effort physique, les postures et amplitudes de mouvement contraignants favorisent l’apparition de TMS, mais également une organisation du travail subie ou le stress.
© E. Bignon

« Postures courbées, gestes répétitifs, zones d’atteinte en dehors des zones de confort, ports de charges… La traite est une activité à la gestuelle difficile, souligne David Guimard, conseiller en prévention à la MSA Armorique. Sans compter que les courants d’air, l’humidité, le froid, le bruit, les zones d’ombre au niveau des mamelles contribuent à rendre les conditions de travail encore plus contraignantes d’un point de vue physique. »

Pas étonnant que les éleveurs de bovins lait se retrouvent dans le peloton de tête des chefs d’exploitation agricole les plus impactés par les troubles-musculo-squelettiques (TMS). L’agrandissement des troupeaux n’aide pas à améliorer la situation.

Canal carpien, épaule, coude et dos

Quand on évoque les TMS, de quoi s’agit-il exactement ? « Les TMS regroupent des maladies situées au niveau ou autour des articulations, détaille Patrick Marque, médecin du travail à la MSA Côtes normandes. Les lésions affectent principalement les articulations, les tendons, et les muscles. » Dans les exploitations laitières, les articulations des membres supérieurs rassemblent 84 % des TMS. Le poignet, avec les affections du canal carpien, est largement en tête. Les tendinopathies de l’épaule suivent. Le coude (épicondylite) et la colonne vertébrale (lombalgies) occupent la troisième place. Ces affections se traduisent par des douleurs et une gêne dans les mouvements qui peuvent entraîner des difficultés dans la vie professionnelle et privée. Et conduire dans les cas les plus graves, à un handicap ou une invalidité.

« Pour comprendre l’origine des TMS, il faut imaginer une balance, illustre Patrick Marque. Avec d’un côté toutes les formes d’agressions articulaires (mouvements répétitifs, angles extrêmes, charges lourdes, etc.) et de l’autre, tout ce qui favorise la reconstruction des tissus comme le repos, l’hydratation, l’absence de toxiques ou de stress, etc. »

Une combinaison de facteurs de risque

Les TMS résultent effectivement de la combinaison de plusieurs facteurs. À commencer par les sollicitations biomécaniques. « C’est le geste dans toutes ses composantes qu’il faut considérer : sa fréquence, sa durée, son intensité, sa cadence », décrit Jean-Louis Poulet de l’Institut de l’élevage. Des facteurs personnels entrent aussi évidemment en jeu. « Selon l’âge, le temps de récupération devient plus long pour un même effort, indique Patrick Marque. La sensibilité individuelle est liée à des prédispositions génétiques, au sexe, à sa constitution physique, à une pathologie préexistante. » La pratique sportive et l’hygiène de vie interviennent aussi dans l’équation.

« Au-delà des contraintes biomécaniques, d’autres facteurs que l’on a souvent tendance à oublier entrent en ligne de compte, souligne Véronique Barbat, médecin du travail, conseiller technique à la CCMSA. L’organisation du travail et le stress contribuent eux aussi au développement des TMS. » « Le fait par exemple d’aller à la traite à reculons ou au contraire d’y prendre plaisir a son importance, poursuit Patrick Marque. Si un éleveur a la tête dans le guidon, court tout le temps et subit de fortes pressions, sa probabilité de déclencher des TMS sera plus élevée. »

« En se limitant aux facteurs physiques sans prendre en compte la dimension psycho-sociale (cadence, stress, charge mentale, etc.), on risque d’occulter une partie du problème, conclut Véronique Barbat. Une bonne prévention ne vaut que si elle favorise une approche globale des situations de travail. »

Les éleveurs laitiers particulièrement touchés

Les troubles musculo-squelettiques sont la première maladie professionnelle en agriculture. D’après les statistiques publiées par la CCMSA, le secteur de l’élevage bovins lait est celui où l’on comptabilise le plus de TMS parmi les chefs d’exploitation agricoles. Sur la période 2011-2020, la moyenne annuelle s’élève à 292, soit plus du quart du nombre total de TMS observés tous secteurs agricoles confondus. C’est également l’un des secteurs dont l’indice de fréquence apparaît le plus élevé avec 3,9 TMS reconnues pour 1 000 affiliés. En moyenne, tous secteurs agricoles confondus, cet indice de fréquence s’élève à 2,4. Les éleveuses sont plus fortement touchées avec une fréquence de 8,3 TMS pour 1 000 affiliées, contre 2,4 TMS pour les hommes.

Ménager sa santé, un sujet tabou ?

Pour faire bouger les choses et limiter le risque de TMS, encore faut-il être conscient de ce qui pose problème. C’est là que le regard d’un ergonome est utile.

« Parler de ses douleurs, avouer que l’on souffre du dos, des épaules, des bras et surtout être prêts à dépenser pour se soulager, cela ne coule pas forcément de source en élevage, remarque Johanna Pannetier, ergonome et conseillère en prévention des risques professionnels. En général, les éleveurs attendent d’avoir très mal avant de faire quoi que ce soit. » Or, le principal acteur sur l’exploitation, c’est vous ! Sans vous, l’exploitation ne peut pas tourner !

« Il est essentiel de prendre conscience que le corps est un outil de travail à part entière, martèle la conseillère. Prendre soin de soi ne signifie pas se dorloter mais réfléchir à sa façon de travailler pour durer dans le temps sans que le travail ne devienne pénible. »

La culture du « J’ai mal mais c’est normal »

« Ils pensent souvent que la solution arrivera de l’extérieur, mais c’est bien eux qui décident de leurs conditions de travail et de ce qu’il faut mettre en œuvre pour faire bouger les choses », considère Orianne Paillette, conseillère en prévention à la MSA Côtes normandes. Si les plus de 50 ans se sentent plus concernés par le risque de TMS, « il est toujours préférable d’agir en amont plutôt qu’à l’apparition des douleurs, rappelle la conseillère. La douleur est un signal que le corps envoie, il ne faut surtout pas le négliger ». Les conséquences peuvent coûter cher physiquement, mentalement et financièrement.

Le saviez-vous ?

Au-delà du conseil technique pour l’achat de matériel, le service prévention des risques de la MSA peut vous accompagner de manière globale afin de limiter la survenue de TMS. Dans le cadre de visites individualisées gratuites, il propose des diagnostics de prévention global de l’exploitation, des conseils lors de la conception/rénovation, l’accompagnement d’un aménagement de poste…

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