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Lait : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière lait dédiée aux agriculteurs, éleveurs de vaches laitières.

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Mesurer le bien-être animal grâce à l’application mobile Tibena

Très axé sur le confort des animaux, le Gaec de la Galerne a pu évaluer le bien-être de son troupeau grâce à l’application Tibena mise au point par Terrena dans le cadre du programme de recherche Sant’innov.

« Quand je me suis installé en 2015, en même temps qu’un autre nouvel associé, la conduite du troupeau laitier était assez intensive, explique Samuel Sécher, du Gaec de la Galerne, en Loire-Atlantique. L’élevage avait alors un quota de 800 000 litres. Les bâtiments étaient amortis. Plutôt que de produire plus, nous avons décidé d’extensifier le système en développant le pâturage. Nous voulions réduire les frais vétérinaires en misant sur les huiles essentielles et l’homéopathie ; nous avons aussi choisi d’investir pour améliorer le confort des animaux. » L’exploitation compte aujourd’hui 140 vaches laitières pour 1,1 million de litres de lait, 60 vaches allaitantes, 200 taurillons, avec une surface de 350 hectares, dont 90 hectares de cultures de vente, 80 hectares de maïs, 20 hectares d’orge autoconsommé et le reste en herbe.

La stabulation a été rallongée et dotée de logettes paillées à 5 kilos de paille par jour, avec 10 % de logettes de plus que le nombre de vaches. « Cela permet d’avoir des vaches très propres et de ne faire ni pré- ni post-trempage, ce qui réduit le temps de traite », assure Samuel Sécher. Une attention particulière a été portée à l’abreuvement. « Nous avons enlevé les petits abreuvoirs fixés au mur et fabriqué des abreuvoirs plus grands et plus accessibles, à raison de 1 mètre linéaire d’abreuvoir pour 100 000 litres de lait. » La stabulation est ouverte en permanence, ce qui permet aux vaches de sortir chaque jour, un point intéressant pour les pattes, et de revenir éventuellement s’abriter des intempéries ou de la chaleur. De début mars à fin octobre, les vaches sont au pâturage. « Il y a trente-deux hectares directement accessibles autour du bâtiment. Les prairies sont divisées en dix-neuf paddocks que je redécoupe en trois avec un fil. » Enfin, une nurserie plein air a été créée. « Il y avait des problèmes sanitaires sur les veaux. Depuis qu’ils sont dehors, nous n’utilisons plus d'antibiotiques ni de vaccins. »

Évaluer le bien-être du troupeau en quelques heures

 

 
Le Gaec a donc été intéressé quand Terrena lui a proposé de tester l’application Tibena lait. Mise au point dans le cadre du programme Sant’innov(1), Tibena lait est une application pour smartphone qui permet d’évaluer le bien-être d’un troupeau laitier en trois heures en moyenne, dont une heure pour les vaches en production. « En élevage laitier, le recours au pâturage est une attente sociétale, souligne Pauline Loiseau, chargée de projet AEI, Nutrition et Santé animales à Terrena. Or, aucun outil ne permet aujourd’hui d’évaluer rapidement le bien-être sur un élevage laitier. L’outil de référence développé au niveau européen demande plus de six heures d’observations, ce qui est incompatible avec une mise en œuvre étendue en élevage. Par ailleurs, Terrena avait déjà mis au point une application mobile  (Tibena (2)) déclinée en porc, lapin et volaille, qui permet d’évaluer rapidement le bien-être pour ces productions. Dans le cadre de Sant’innov, nous avons donc développé l’application pour l’élevage laitier. »

 

Trois études d’étudiants vétérinaires ont permis d’élaborer une grille d’évaluation objective adaptable en application pour smartphone. « L’objectif était que l’évaluation se fasse en moins de deux heures pour les vaches laitières et moins d’une demi-journée pour l’ensemble du troupeau. » Le choix a été fait de baser l’outil sur des indicateurs mesurés sur les animaux, ce qui permet d’objectiver les pratiques d’élevage. Au final, trente-sept indicateurs de cinq domaines (alimentation, santé, confort, comportement, stress) ont été retenus, la plupart basés sur l’animal. Seules l’absence de soif et la possibilité de s’abriter sont évaluées par observation de l’environnement. « L’outil a été élaboré en partenariat avec Idele, Oniris, l’Inra, précise Pauline Loiseau. Nous avons aussi veillé à ce que les indicateurs soient cohérents avec la démarche engagée dans le cadre du plan de la filière laitière. »

Un outil pour mieux valoriser le lait

Au Gaec de la Galerne, l’audit du troupeau a été réalisé en trois heures et demie par Ronan Berrou, étudiant vétérinaire, et Samuel Sécher. L’élevage a obtenu de bonnes notes dans tous les domaines. Le principal point à améliorer était le nombre d’abreuvoirs sur les pâtures. La discussion a aussi amené les éleveurs à améliorer certains points (apport d’argile contre les diarrhées...) et surtout à modifier leurs pratiques d’écornage. « Auparavant, l’écornage se faisait vers 1,5-2 mois. Aujourd’hui, nous ébourgeonnons les veaux vers 2-3 semaines, avec une application d’huile essentielle de lavande le matin, pour les apaiser, et l’apport d’un anti-inflammatoire. Depuis que nous faisons ainsi, il n’y a plus de baisse d’ingestion après l’intervention. » Les éleveurs envisagent aussi d’installer des ventilateurs dans la stabulation, comme ils l’ont fait en salle de traite. « Tibena a permis de savoir où nous nous situons en termes de bien-être animal et de voir les points à améliorer, analyse Samuel Sécher. Et dans le cadre d'un lait différencié, cela permettrait de prendre en compte les efforts que nous faisons pour le bien-être animal et de mieux valoriser notre lait. C’est aussi un outil objectif que nous pouvons mettre en avant par exemple lors des visites de groupes. »

(1) Programme de recherche qui associe l’Inra, Agrocampus Ouest, Oniris, Brest Business School, ESA, Université d’Angers, Idele, Ifip, Avpo, Terrena.
(2) Terrena Indicateurs bien-être pour une nouvelle agriculture.

37 indicateurs sous forme de radar

 

 
Les trente-sept indicateurs sont répartis selon les cinq libertés fondamentales de l’animal (ne pas souffrir de faim ou de soif, ne pas souffrir d’inconfort, ne pas souffrir de douleurs, blessures ou maladies, pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce, ne pas éprouver de peur ou de détresse). L’audit commence par une discussion entre le technicien et l’éleveur pour renseigner certaines informations (mortalité, mammites, dystocies, cellules…). Le technicien observe ensuite les logements (pâture, bâtiments), les points d’eau, compte le nombre d’animaux couchés, ceux couchés aux mauvais endroits et ceux qui ont des difficultés à se lever. Il observe sur quinze vaches le comportement vis-à-vis de l’homme, l’état corporel, la propreté, la présence ou non de lésions, dépilations, gonflements… Pour chaque paramètre, l’application propose des fenêtres d’aide et d’illustrations. Le résultat se présente sous la forme d’un radar avec les cinq libertés notées sur 5 et la moyenne du groupement ou des audits réalisés. Pour chaque liberté, un histogramme détaille les résultats selon un code couleur vert-jaune-rouge.

 

Les impacts du pâturage évalués grâce à Tibena

 

 
Une première utilisation de Tibena lait, dans le cadre de Sant’innov, a été l’évaluation des impacts du pâturage sur le bien-être animal. Quinze élevages pratiquant le pâturage à la belle saison et quatorze élevages en « zéro pâturage » ont été évalués. Plusieurs indicateurs sont améliorés par le pâturage : l’indicateur « confort de couchage » (les animaux se lèvent mieux, se cognent moins, sont plus propres et se couchent moins sur des zones sales), l’indicateur « présence de lésions » (moins de plaies consécutives à des blessures ou frottements), l’indicateur « boiteries » (moins de vaches boiteuses).

 

D’autres sont dégradés dans les systèmes pâturant : l’indicateur « absence de soif » (points d’eau moins nombreux, mais l’apport d’eau via l’herbe n’a pas été pris en compte), l’indicateur « possibilité pour les animaux de s’abriter » (les pâtures n’étant pas toutes équipées d’abris, arbres ou accès possible au bâtiment) et l’indicateur « relation homme-animal », mesuré par la distance de fuite. Le déploiement de Tibena lait devrait se faire dès 2019. « Nos clients sont d’ores et déjà très intéressés par la démarche, indique Pauline Loiseau. L’outil pourra aussi être mis à disposition d’autres structures. »

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