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« L’intérêt du traitement sélectif contre les strongles digestifs est indéniable »

Aurore Boishardy, vétérinaire en Mayenne, est convaincue de l’intérêt pour les éleveurs et l’environnement de cibler les traitements. Son application sur le terrain va bousculer certaines habitudes.

Aurore Boishardy. « L’administration d’éprinomectine en sous-cutané est la seule solution pour faire un traitement sélectif efficace et sans délai d’attente pour le lait. » © C. Bée
Aurore Boishardy. « L’administration d’éprinomectine en sous-cutané est la seule solution pour faire un traitement sélectif efficace et sans délai d’attente pour le lait. »
© C. Bée

« Nous avons participé à l’étude de Nadine Ravinet, enseignante-chercheuse à Oniris-Nantes, dédiée au traitement sélectif des vaches laitières contre les strongles digestifs. Nous avons commencé à mettre en place la méthode proposée dans des élevages lors de l’hiver 2019-2020. La pandémie de Covid-19 nous a malheureusement coupés dans notre élan », indique Aurore Boishardy, vétérinaire en Mayenne.

Cette dernière est convaincue de l’intérêt de cette pratique. « Le traitement systématique des génisses et des vaches n’est ni nécessaire, ni économique. Il peut favoriser la résistance des strongles digestifs aux produits antiparasitaires. Son impact sur la faune présente dans les prairies (bousiers…) peut conduire à une baisse de rendement et de la qualité de l’herbe. »

Remettre en cause des pratiques courantes

Malgré son intérêt indéniable, l’application dans les élevages de la méthode proposée par Nadine Ravinet pourrait dans un premier temps se heurter à quelques difficultés. D’abord parce qu’elle remet en cause deux pratiques courantes diamétralement opposées. « Soit les éleveurs font l’impasse sur le traitement des vaches adultes, soit, par souci de sécurité, ils les traitent toutes. »

Par ailleurs, l’impact des strongles digestifs sur la croissance des génisses et leur état général est visible. En revanche, la réponse en lait au traitement étant différente d’un élevage à l’autre, il est parfois difficile de convaincre sur l’intérêt de traiter ou non. « Cela n’incite pas les éleveurs qui ne traitaient pas leurs vaches auparavant à le faire, même sur seulement quelques animaux. Ils peuvent se demander si le gain de production laitière compensera le coût du traitement. »

Coût du traitement versus gain de production laitière

Un traitement coûte environ 13 € HT/VL. « Cela peut paraître cher. Mais, comme il n’est utilisé qu’au sein d’élevages où le gain de production laitière suite au traitement est avéré, et seulement sur une petite partie du troupeau, il devient économiquement rentable. Avec un gain moyen d’un litre de lait par vache et par jour pendant 150 jours et un prix du lait à 300 euros pour 1 000 litres, cela représente un gain d’environ 45 euros par vache. Le gain pour l’éleveur tournerait dans ces conditions autour de 30 euros par vache traitée », évalue Aurore Boishardy.

L’évolution des pratiques autour de l’utilisation des médicaments vétérinaires se heurte aussi parfois à des réticences. « Nous essayons de valoriser le conseil plutôt que de pousser les éleveurs à la consommation. Beaucoup d’éleveurs veulent bien faire. Mais quand nous leur proposons un suivi parasitaire payant, ils ont parfois du mal à l’accepter. Intellectuellement, ils comprennent bien l’intérêt, mais c’est financièrement que c’est plus difficile. »

Dialoguer avec les éleveurs pour peaufiner le ciblage

Le repérage des troupeaux et vaches à traiter représente une charge de travail supplémentaire pour les vétérinaires. « Pour choisir les troupeaux, il faut repérer les élevages avec un haut pourcentage d’herbe dans la ration et où les génisses ont eu peu de temps de contact effectif avec les strongles digestifs. Ces animaux ont en effet moins de chance d’avoir développé une bonne immunité », indique Aurore Boishardy. Puis il faut repérer les vaches ayant vêlé pendant la saison de pâturage et récupérer leurs données de production laitière. « Au départ c’est assez fastidieux, mais une fois que le tableau Excel est fait, cela va beaucoup mieux. » L’étape suivante consiste à dialoguer avec l’éleveur pour peaufiner la sélection des vaches à traiter.

Le saviez-vous

Le traitement de la dictyocaulose étant réalisé avec la même molécule que celui des strongles digestifs, il ne permet pas d’envisager un traitement sélectif. « Les vaches adultes développent une immunité contre la dictyocaulose, mais c'est une immunité  fragile qui peut être dépassée. L’impasse sur ce traitement est donc impossible. »

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