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Les sept étapes d’une bonne procédure de désinfection

On ne peut pas désinfecter une nurserie correctement en présence des animaux. Le vide sanitaire est le seul moment où la procédure peut être faite dans les règles. Il vaut mieux un lavage sans désinfection qu’une désinfection sans lavage.

© Chene vert conseil

1 - Nettoyage à sec

Il permet de réduire le temps de nettoyage jusqu’à plus de 50 %, la consommation d’eau, et l’usure du matériel car il permet par la suite de réduire la pression. « On sort les animaux, on démonte le matériel, ce qui peut est difficile dans certaines nurseries, puis on dépoussière, résume Jean-Marc Héliez, vétérinaire de Chêne Vert Conseil. La poussière peut contenir énormément de coliformes. »

2 - Trempage à l’eau claire

Cette étape n’est quasiment jamais faite. Elle a pour but de réhydrater la matière organique résiduelle. « Il faut le faire le plus vite possible après la sortie des animaux pour que la matière organique ne sèche pas. » On peut éventuellement rajouter un détergeant (1  à 1,5 l/m2 jusqu’à 3 l) si on n’a pas réussi à curer correctement la nurserie en phase 1. Il est conseillé de passer plusieurs fois et de laisser détremper au moins 4 heures. Vous pouvez utiliser de l’eau chaude, mais pas à plus de 60 °C pour éviter une coagulation des protéines et l’apparition d’un film collant. Cette phase se fait à basse pression en privilégiant le débit (au moins 50 l d’eau/min).

3 - Lavage

C’est l’étape la plus fastidieuse. On privilégie aussi le débit en travaillant en général à une pression de 70 bars. On peut descendre à 40-50 bars après un bon détrempage.

4 - Détergence

Cette étape est très importante mais rarement faite. « Le détergent facilite le nettoyage, il aide à détruire le biofilm, insiste Jean-Marc Héliez. Sur le biofilm, le désinfectant ne marche pas. » Le biofilm est une couche visqueuse faite de microorganismes (bactéries, champignons, algues) qui colle aux parois en zone humide. Il augmente jusqu’à un facteur 3 000 la résistance des germes. Il existe de nombreux détergents chimiques ou biologiques, plus ou moins efficaces selon la dureté de l’eau. L’utilisation d’un canon à mousse est préférable à celle d’un pulvérisateur car les surfaces couvertes sont visibles, il n’y a pas de ruissellement, et pas de dispersion dans l’air. Laissez agir au minimum 20 à 30 minutes.

5 - Rinçage

Le rinçage se fait à basse pression. Le but est d’éliminer les derniers résidus de matières organiques et d’enlever le détergent. Attention, certains désinfectants ne sont pas compatibles avec des détergents. À ce stade, on obtient la propreté visuelle et on a éliminé entre 70 et 90 % des germes. « Il vaut mieux un lavage sans désinfection qu’une désinfection sans lavage. La plupart des désinfectants sont inactivés par la présence de matière organique », souligne Jean-Marc Héliez.

6 - Désinfection

Il faut impérativement faire la désinfection après un ressuyage de 1 à 4 heures. Pour deux raisons : éviter une dilution du désinfectant, et ne pas laisser de l’humidité favorable au développement des germes. Vous devez toutefois intervenir sur une surface légèrement humide, avec de préférence une application mousse. Il est conseillé de choisir au minimum une triple homologation virucide-bactéricide-fongicide. Chaque désinfectant a ses avantages et ses inconvénients. Certains sont moins inactivés par la matière organique ou par les détergents, actifs sur les cryptosporidies, efficaces avec de l’eau dure, plus faibles sur les virus, peu biodégradables, plus toxiques, avec une efficacité moindre à basse température, etc.

7 - Vide sanitaire

L’importance du vide sanitaire est surestimée par rapport au nettoyage. « Il sert à aller chercher les dernières bactéries en les mettant en conditions défavorables de survie : pas de matière organique, pas d’humidité. Son but est uniquement le séchage, pour éviter une reprise de microbisme. » Il n’existe pas d’études scientifiques prouvant l’intérêt d’un réensemencement avec des bactéries lactiques ou autres pour ne pas laisser la place libre aux pathogènes. Mais « on le recommande car c’est logique. C’est une mesure complémentaire : on ne peut pas maîtriser une situation à pathologie forte uniquement avec de l’ensemencement bactérien ».

Deux cas particuliers de désinfection

° La cryptosporidiose : la chaux vive (éteinte après application) est peu efficace. Il faut utiliser d’abord du sulfate d’ammoniac (25 kg à 21 % pour 100 m2) en prenant toutes les précautions nécessaires pour se protéger du risque de brûlures, des émanations… puis chauler le lendemain. Peu de désinfectants de surface sont actifs sur les cryptosporidies. Les phénols (Phénogen, Prophyl S…), et les amines (Kenocox, Delegol, Cryptocox…) sont actifs si les concentrations et les temps de contact sont respectés. Selon certaines études, le peroxyde d’hydrogène serait efficace à 20 % de concentration, voire même dès 6 à 8 %. En revanche, l’hypochlorite de sodium et les aldéhydes sont inactifs aux concentrations usuelles.
° Les sols en terre battue : on ne peut pas désinfecter correctement la terre. La chaux vive reste une référence (50 kg/100 m2 de chaux vive éteinte avec 30 à 100 l d’eau/m2) en présence de matière organique. « Il n’existe aucune étude prouvant que l’augmentation du pH du sol liée au chaulage favoriserait le développement ultérieur de colibacilles, ce que l’on entend parfois dire. » L’utilisation d’autres désinfectants est possible en augmentant la concentration et en choisissant un produit peu sensible à la matière organique : phénols et certains composés peroxygénés.

Comment faire si je ne peux pas vider ma nurserie ?

Il faut essayer d’avoir des procédures de nettoyage régulier pour faire baisser la pression même en présence des animaux.

Comme pour les mammites, un curage régulier a un effet favorable sur la situation sanitaire des veaux. Ne décapez pas au nettoyeur haute pression, vous disperseriez des germes partout. Sinon les étapes sont les mêmes. La principale difficulté en présence des animaux est la gestion de l’humidité générée par le nettoyage. Commencez par curer en démontant si possible le caillebotis, faites ensuite un détrempage pour faciliter le nettoyage ultérieur et limiter l’utilisation d’eau. « En cas de construction d’une nouvelle nurserie, réfléchissez bien à l’évacuation des jus. Placez-la derrière les veaux, plutôt que devant, pour éviter de poser des seaux sur un sol souillé avec des jus : il suffit de très peu d’oocystes de Cryptosporidium (un veau qui lèche le seau) pour le contaminer », met en garde Jean-Marc Héliez. Attention aussi aux murs en parpaings bruts, trop poreux.

Le minimum est de désinfecter là où il y a eu des veaux malades. Si l’on n’a pas pu nettoyer parfaitement, il faut utiliser des désinfectants actifs en présence de matière organique. Oubliez donc tout ce qui est iode, ou à base de chlore.

Mise en garde

Les niches à l’extérieur sont souvent favorables à un « bond sanitaire » mais si elles ne sont pas régulièrement nettoyées et désinfectées, vous pouvez avoir les mêmes problèmes qu’à l’intérieur. Il faut prévoir suffisamment de niches, qu’elles soient bien orientées, avec une collecte des jus évitant que ceux des niches du haut descendent vers les niches du bas. Et avoir suffisamment de place pour déplacer les niches entre deux veaux et laisser le sol sécher.

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