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« Les résultats que nous obtenons avec les huiles essentielles nous encouragent à continuer »

Le Gaec de l’Arlequin, en Ille-et-Vilaine, utilise des huiles essentielles depuis dix ans. Principalement contre les mammites et les diarrhées des veaux.

« Lorsque nous avons décidé d’expérimenter les huiles essentielles sur notre troupeau, il y a dix ans, l’antibiorésistance commençait à nous préoccuper. Notre objectif était de réduire l’utilisation d’antibiotiques », dépeint Thérèse Fumery, installé à Iffendic avec une petite centaine de laitières à 5 000 litres, et adhérente à l’Adage. À l’époque, l’élevage était en conventionnel ; aujourd’hui, il est passé en bio. « Je connais la réglementation sur l’utilisation des huiles essentielles, mais il est difficile de la respecter étant donné que le cabinet vétérinaire avec lequ­­el nous travaillons ne s’intéresse pas aux huiles, regrette l'éleveuse. Nous continuons néanmoins d’y recourir, même si c’est désolant de ne pas être dans les clous au niveau légal. Nous mettons en pratique ce que nous avons appris en formation et lors d’échanges avec des éleveurs et vétérinaires. »

Se former pour connaître les précautions d’utilisation

Le Gaec effectue des achats groupés d’huiles par l’intermédiaire de l’Adage. Les prix sont très variables. Selon le type d’huile, le flacon de 30 ml peut coûter 10 à 15 euros, mais le prix peut monter jusqu’à 120 euros ! « J’utilise une vingtaine d’huiles essentielles que j’applique au goutte à goutte sur l’épi ou en spray sur la mamelle, le pli du grasset ou le jarret. Je ne fais pas de mélange, mais il m’arrive d’appliquer une huile sur une partie du corps et une autre ailleurs. Certaines sont diluées dans une huile neutre et j’utilise des gants pour éviter le contact avec la peau. » Les éleveurs respectent un délai d’attente de 48 heures après le traitement pour le lait et un mois pour la viande(1).

« Sur notre élevage, les huiles font largement aussi bien que les antibiotiques contre les mammites, estime Thérèse. Au fil du temps, elles sont devenues le traitement de première intention. » L’éleveuse juge l’efficacité du traitement visuellement, mais mentionne aussi l’absence de récidive et de cellules plusieurs semaines après le traitement. Le Gaec obtient également de bons résultats sur les diarrhées des jeunes veaux, les boiteries, les non-délivrances et les problèmes digestifs. « Par contre, ce n’est pas satisfaisant sur les cellules. » Thérèse note tous les traitements sur le registre sanitaire. « Je précise si ça a bien marché ou pas, et la fois suivante, j’adapte le protocole, en fonction de nos propres observations. »

Plus d’attention à l’observation des animaux

La satisfaction est double pour les éleveurs. « D’une part, nous utilisons beaucoup moins d’antibiotiques grâce au recours aux huiles mais aussi grâce à la désintensification de notre système. Et, d’autre part, nous avons repris la main sur la santé du troupeau. Pour une mammite par exemple, je me pose plus de questions, je suis de plus près les signes cliniques, le comportement de l’animal, son état général, et l’évolution des choses. J’observe s’il y a une inflammation de la mamelle, si elle est chaude ou froide, s’il y a des cailles, si le lait est modifié, si l’animal est abattu… Et en fonction de cela, je n’applique pas le même protocole. Prendre en compte le caractère de l’animal est un plus dans la réussite du traitement. » Le Gaec va participer prochainement à un protocole expérimental, encadré par des vétérinaires, dans un projet européen. « Il faut avancer sur ce sujet, c’est dans l’intérêt de tous. » 

(1) Réglementairement, en bio, le délai est de 14 jours pour le lait et 56 jours pour la viande.

 

 

" Une autre approche de la santé du troupeau "

Le Gaec de Toulanay, dans le Finistère, utilise moins d’antibiotiques, sans dégradation de la situation sanitaire de l’élevage.

« Le fait de m’être formée et de recourir aux médecines complémentaires me permet aujourd’hui de voir mes vaches différemment », témoigne Marina Le Fournis, éleveuse installée à Plougonven avec 120 vaches en conventionnel. Marina fait partie d’un groupe de huit éleveuses finistériennes qui ont décidé de réduire l’usage des antibiotiques sur leur élevage. Motivées, elles ont constitué en 2015 un groupe AEP (agriculture économiquement performante), subventionné par la région, et animé par BCEL Ouest. Au-delà des nombreuses formations dont elles ont bénéficié sur l’aromathérapie, l’acupuncture, l’homéopathie, la phytothérapie, les remèdes naturels, etc., ces éleveuses ont également pu profiter de nombreux moments d’échanges. « C’est là le vrai plus de l’expérience, estiment-elles. Il faut se former avec des gens compétents, mais il faut aussi pouvoir échanger avec d’autres éleveurs qui avancent comme nous. » Les éleveuses sont unanimes. Cette initiative a changé le regard qu’elles portent sur leur troupeau, et elles agissent aujourd’hui davantage en préventif pour limiter l’apparition des maladies. « Si elles ont suivi le même parcours de formation, elles n’appliquent pas pour autant la même solution pour un symptôme et un diagnostic donnés, relève Marlène Guiadeur, de l’Institut de l’élevage. Chacune y répond à sa manière selon sa propre expérience et les échanges qu’elle a pu avoir. » Globalement, l’aromathérapie et l’acupuncture leur semblent plus faciles d’accès et l’homéopathie uniciste plus difficile à s’approprier. « Au-delà des remèdes proposés, ces formations nous sensibilisent avant tout à l’observation des animaux et élargit notre vision de la santé du troupeau, poursuit Marina Le Fournis. Cela nous pousse à nous poser les bonnes questions avant de penser d’emblée au traitement à appliquer… Personnellement, cela a changé aussi mon rapport aux animaux. J’ai l’impression d’être plus proche d’eux et plus respectueuse de leur bien-être quand je les soigne. »

Partager ses expériences avec celles des autres pour avancer

Après trois années, les résultats techniques et la santé mammaire des élevages du groupe ne se sont pas dégradés. L’analyse des consommations d’antibiotiques montre une diminution de 50 % de l’exposition des animaux entre 2015 et 2017, alors que le pourcentage d’échantillon de lait avec un comptage cellulaire individuel inférieur à 300 cellules par millilitre est resté stable dans tous les élevages.

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