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Le Gaec Moulins de Kerrolet est l'une des premières exploitations laitières certifiées HVE

Le Gaec Moulins de Kerrolet, dans le Morbihan, est l'une des premières exploitations laitières à obtenir la certification Haute valeur environnementale. Un label officiel qui atteste de l’excellence environnementale de l’exploitation et ouvre la voie à une nouvelle valorisation entre bio et conventionnel.

« La certification HVE a été pour nous une reconnaissance du travail réalisé sur l’exploitation » soulignent les trois associés du Gaec. © V. Bargain
« La certification HVE a été pour nous une reconnaissance du travail réalisé sur l’exploitation » soulignent les trois associés du Gaec.
© V. Bargain

Les 4 et 5 septembre, le Gaec Moulins de Kerrolet a ouvert ses portes au public. « Notre premier métier a toujours été le lait, avec aujourd’hui 2 millions de litres produits, indique Bruno Calle, en Gaec avec son frère Erwan et Ludovic Jarigant. Mais, en vingt ans, l’exploitation a beaucoup changé. Au lait se sont ajoutés des légumes industrie, du photovoltaïque, une méthanisation, du séchage de bois et, depuis 2020, un atelier de transformation laitière grâce à une crémière à qui nous vendons du lait. Comme nous souhaitons développer l’élevage et la méthanisation, ce qui va donner lieu à enquête publique, nous voulions ouvrir l’exploitation pour expliquer la synergie entre ces activités et montrer que notre système respecte l’environnement. »

Phytos, fertilisation, eau et biodiversité

 

 
En dehors des 4 thématiques concernées, les pratiques liées au troupeau ne sont pas prises en compte, pas plus que l’énergie ou la gestion des déchets. © V. Bargain

 

Mi-2020, le Gaec a en effet décroché la mention Haute valeur environnementale, niveau 3 de la certification environnementale. Créée en 2009 par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, la certification environnementale est un dispositif officiel attestant du niveau de performance de l’exploitation dans quatre domaines : préservation de la biodiversité, protection phytosanitaire, fertilisation et eau. La certification porte sur l'ensemble de l'exploitation. L'agriculteur doit raisonner ses pratiques à l’échelle de l’exploitation (principes de l’agroécologie) en tenant compte des zones naturelles présentes. Elle se décline en trois niveaux : niveau 1 (maîtrise de la réglementation environnementale et diagnostic), niveau 2 (adoption de pratiques à faible impact environnemental) et niveau 3, basé sur des seuils d'indicateurs de performance. Le niveau 3 permet d’obtenir la mention « Haute valeur environnementale » (HVE) et de communiquer.

Faire reconnaître les bonnes pratiques

« Nous avons toujours cherché à limiter notre impact sur l’environnement, explique Bruno Calle. Il y a 3 ou 4 ans, nous nous sommes intéressés au bio, mais nous avons eu des inquiétudes pour l’équilibre du marché du lait bio. En 2019, Eureden, pour qui nous produisons des légumes, nous a proposé d’entrer dans la HVE avec sept autres exploitations, l’objectif étant de valoriser l’offre de légumes d’Aucy par la segmentation. La HVE, qui reconnaît le travail fait sur l’exploitation, nous a intéressés. »

L’audit de certification a été réalisé par Certis. En protection phytosanitaire, l’exploitation a obtenu une note de 15/20. « Nous sommes dans un groupe Écophyto 30 000, précise Ludovic Jarigant. Nous avons réduit de moitié l’utilisation du glyphosate. Nous sommes en non-labour mais nous utilisons des outils à dents, des faux semis et des outils performants pour scalper l’herbe. Nous testons la herse étrille et la bineuse. Et nous utilisons des OAD pour les fongicides… Nos IFT, de 1,21 en herbicides et 0,32 hors herbicides, sont ainsi inférieurs aux références régionales. »

 

 
Deux fois par an, le Gaec fait venir un écologue qui identifie la flore et la faune présentes dans les zones humides de compensation et vérifie qu’il y a bien recolonisation du milieu. © V. Bargain

 

En fertilisation, le Gaec a obtenu 19/20. « Tous nos fumiers et lisiers sont méthanisés, explique Erwan Calle. L’essentiel de la fertilisation se fait grâce au digestat du méthaniseur. Nous n’apportons plus que 7 tonnes d’ammonitrate pour des zones non épandables, contre 50 tonnes auparavant. Et cela avec des rendements et valeurs alimentaires qui ont augmenté en maïs et en herbe. » La note a aussi été de 19/20 pour l’eau. « En 2019, nous avons créé une réserve d’eau de 85 000 m³ pour irriguer les légumes, indique Bruno Calle. Nous récupérons toutes les eaux de ruissellement du site ainsi que le drainage du 1er novembre au 31 mars. » Enfin, le Gaec a obtenu 19/20 pour la biodiversité, grâce à la présence de haies, prairies permanentes, bandes enherbées, à la diversification des cultures, à la présence de ruches, à la mise en place de 7 000 m² de zones humides... « Une condition pour créer la réserve d’eau était de mettre en place des zones humides de compensation. »

Valoriser la certification avec les opérateurs

 

 
Le Gaec loue un espace à la Crèmerie de Sophie et a établi avec elle un contrat de vente de 200 000 litres de lait par an. Les produits sont vendus sur les marchés et à des restaurants. © V. Bargain

 

Au final, la certification n’a pas nécessité de changements par rapport aux pratiques du Gaec. Pour autant, les trois associés aimeraient pouvoir valoriser la HVE. « Avec Eureden, nous espérons une meilleure valorisation des légumes grâce à la HVE, expliquent-ils. La crémière qui transforme notre lait pourra aussi mettre le logo « issu d’une exploitation Haute valeur environnementale » sur ses produits et peut-être mieux les valoriser. Nous avons donc interpellé nos autres opérateurs, notamment Eurial pour le lait, pour qu’ils s’impliquent dans la HVE. »

 

 
Deux logos peuvent être portés sur les produits d’une exploitation certifiées HVE: « Haute valeur environnementale » et «Issu d’une exploitation Haute valeur environnementale ». © V. Bargain

 

La HVE, qui s’inscrit dans l’agroécologie, peut en effet permettre de répondre aux préoccupations environnementales des consommateurs. C’est un label officiel, qui enlève tout doute sur l’engagement des producteurs et peut cautionner une démarche privée. Il est reconnu par les associations environnementales. Il peut répondre aux attentes de distributeurs (Leclerc, Intermarché, Franprix…) qui ont déjà fait le choix de la HVE pour certains produits (vin, pain, fruits et légumes), même si la valorisation du prix reste incertaine. Le fait que la HVE soit une démarche transversale est également un atout, son référentiel pouvant s’adapter à tous types de produits et simplifier la vie des distributeurs. Enfin, la HVE est un critère d’éligibilité pour la fourniture des 50 % de produits de qualité de la restauration collective prévus par la loi Egalim.

Chiffres clés

3 associés, 3 salariés ETP
220 ha de SAU (120 ha maïs, 20 ha luzerne, 30 ha prairies temporaires, 50 ha légumes industrie)
220 vaches laitières
2 Ml de lait dont 10 % transformés sur place
650 kW en photovoltaïque
700 kW en méthanisation
30 000 m³ de bois séché sur l’exploitation

Plusieurs voies pour décrocher la HVE

° Deux options possibles pour la HVE. L’option A consiste à respecter 4 indicateurs composites portant sur les 4 thématiques de la HVE. L’option B, qui implique au moins 10 % de la SAU en infrastructures agroécologiques ou au moins 50 % de la SAU en prairies permanentes de plus de 5 ans et un poids des intrants inférieur à 30 % du chiffre d’affaires.
° Une gestion individuelle ou collective. La certification peut être gérée individuellement, avec pour l’exploitation une évaluation initiale, suivie éventuellement d’un plan d’action, d'une évaluation de suivi puis d'une évaluation de renouvellement après trois ans. Elle peut aussi être gérée dans un cadre collectif : la structure met en place un plan de suivi des exploitations sur les indicateurs établis, avec des audits sur un échantillon d’exploitations.

11 exploitations certifiées HVE en lait

Initiée par la filière viticole, la certification environnementale était jusqu’ici utilisée surtout pour le vin. Mais depuis un an, toutes les filières s’y intéressent. Début 2020, 5 399 exploitations étaient certifiées HVE, à 84 % en viticulture ; 11 exploitations à dominante laitière seulement étaient certifiées, dont 3 associées à la laiterie Bastidarra, au Pays basque.
La démarche Lait de Pâturage a par ailleurs été reconnue en juillet 2020 au niveau 2 de la certification environnementale. « Il nous a paru cohérent de pouvoir garantir que les exploitations pratiquant le pâturage aient aussi de bonnes pratiques environnementales, précise Olivier Rosat, directeur du GIE élevages de Bretagne. La suite sera sans doute d’amener vers la certification niveau 2 les 300 exploitations de Sodiaal engagées dans la démarche Lait de Pâturage et éventuellement d’intéresser d’autres entreprises. »
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