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Le décrochage automatique, point sensible de la traite

Argument incontournable de la santé de la mamelle et du confort des éleveurs, les décrochages automatiques sont rarement contrôlés. Pourtant, les anomalies de réglages sont courantes et lourdes de conséquences.

L’usure liée au fonctionnement quotidien, l’humidité, les mauvaises manipulations, multiplient les sources de dérèglement des décrochages automatiques.
L’usure liée au fonctionnement quotidien, l’humidité, les mauvaises manipulations, multiplient les sources de dérèglement des décrochages automatiques.
© Littoral Normand

Dans un cas sur deux, les décrochages automatiques, appelés déposes de traite par les professionnels, sont mal réglés. C’est le bilan des contrôles Dépos’traite réalisés en 2020 par les 121 agents agréés. Pourtant, seule une poignée d’éleveurs laitiers fait vérifier ses décrochages : 1 168 interventions l’année dernière, pour quelque 54 000 élevages français, pour la plupart équipés de ce système. « Dommage de passer à côté, estime Patrice Guillet, de Littoral Normand. Les éleveurs ont la chance de disposer de plusieurs contrôles pour leur installation de traite. Ces prestations doivent être considérées comme des outils pour la qualité du lait. » Parmi ces procédures créées et encadrées par le Cofit (Comité français interprofessionnel pour les techniques de production du lait), l’Opti’traite est la seule obligatoire. Le recours aux autres contrôles, Certi’traite, Net’traite et Dépos’traite, reste confidentiel dans les élevages.

Le contrôle Dépos’traite existe depuis 2009. Il permet d’évaluer l’homogénéité du fonctionnement des déposes automatiques entre elles. « La gestion de la fin de traite doit être identique pour toutes les vaches du troupeau, explique Jean-Louis Poulet, responsable de Projet R&D Traite à l’Institut de l’élevage. Le bovin est une espèce routinière, y compris sur le plan physiologique. »

Les déposes automatiques se sont démocratisées depuis une vingtaine d’années dans les élevages. L’équipement est composé de quatre éléments : les capteurs de débit de lait (existant sous différentes formes de lecture), le système de coupure du vide, le boitier de commande et le vérin de retrait. L’automatisation est soumise aux aléas inhérents à l’électronique et aux membranes qui le composent : « l’usure liée au fonctionnement quotidien, l’humidité, les mauvaises manipulations, multiplient les sources de dérèglement des décrochages », souligne Patrice Guillet. Sur sa zone normande, la majorité des 48 Dépos’traite réalisés l’an dernier présentaient des anomalies. Parmi les trois mesures relevées par le protocole, la durée du cycle de traite reste le critère le plus souvent épinglé lors des contrôles : « 49,7 % des installations contrôlées en Dépos’traite en 2020 présentaient au moins une anomalie d’homogénéité sur ce critère, rappelle Jean-Louis Poulet. Et donc un défaut de fonctionnement. »

Le nettoyage du système de traite en cause

Le cycle de traite est enclenché lorsque les capteurs de débit, situés à l’arrivée du tuyau long à lait, au-dessus du lactoduc, détectent une insuffisance de lait en fin de traite. La temporisation court jusqu’au moment où le vérin s’actionne pour retirer la griffe. « La variabilité de cette temporisation entre les postes, au-delà d’une quarantaine de secondes, pose problème puisqu’elle provoque une fin de traite irrégulière pour les animaux, alerte le chef de projet. Une vache dont la quantité de lait résiduel varie, ou est exposée à la surtraite, est soumise à un déséquilibre physiologique. » Conséquences de ces déstabilisations des animaux, des inflammations de la mamelle, des agressions des trayons, avec à la clé les risques de dérives sanitaires.

En ligne de mire des spécialistes, le nettoyage des installations de traite est identifié comme la cause majeure des disfonctionnements des déposes (60 % des cas), avant les défauts de montage, d’entretien ou de connexions électriques. Le salissement progressif ou l’obstruction des capteurs de débit perturbe leurs capacités de détection et fausse les données transmises pour la fin de la traite. Devant ce constat, la réalisation d’un Net’traite est préconisée en préalable. « Les performances des troupeaux ne permettent pas l’approximation et l’équilibre de production est fragile, commente Jean-Louis Poulet. Le passage à la traite est un moment clé. Les contrôles des systèmes de traite doivent être considérés comme une routine d’entretien, d’autant plus dans les installations très automatisées. »

Trois points de contrôle pour des déposes au top

Réalisé sur une demi-journée, le Dépos’traite vérifie chaque poste de traite et appuie son verdict sur trois critères.

La temporisation initiale en l’absence de lait, mesurée en secondes. Elle définit le temps pendant lequel le décrochage reste inactif en début de traite, en attendant un débit du lait correct. Au-delà de ce temps, si le lait n’arrive toujours pas dans la griffe, le système de dépose s’enclenche. Généralement comprise entre 80 et 180 secondes, la temporisation est peu soumise au dérèglement, à moins d’une manipulation involontaire des paramètres.
La durée du cycle de traite : l’absence de lait en fin de traite, repérée par les capteurs de débit, déclenche un décompte avant la coupure de vide et la dépose. Grâce à un simulateur injectant une solution dans le poste, la fin de traite est reproduite et mesurée en secondes. Sa valeur renvoie à une estimation du lait résiduel dans la mamelle, exprimée en grammes. La non-homogénéité entre les postes est repérée dans un contrôle sur deux.
Le vide résiduel : un dispositif « by-pass » mesure le vide restant dans la griffe quand le vérin s’actionne. Exprimé en kPa, le niveau de vide doit être suffisant pour éviter une chute de la griffe sur le quai, mais pas trop haut pour que la griffe ne soit pas arrachée de la mamelle et agresse les trayons. L’usure du matériel ou l’absence d’entretien des orifices calibrés occasionnent des défauts du niveau de vide.

À retenir

Bien entretenir ses déposes automatiques

Nettoyer l’installation de traite avec TACT et une eau de qualité
Soigner l’entretien courant : changer les pièces d’usure dans les délais, déboucher les orifices calibrés
Inclure les contrôles de l’installation dans l’entretien de routine
Maîtriser la manipulation des déposes
Garder la salle de traite dans un atmosphère propre et sèche entre les traites

Avis d'éleveur : Valentin Tapin, Gaec du Vivier, dans la Manche

« Le contrôle des déposes a révélé une anomalie de montage »

« À l’automne 2020, le troupeau a connu une flambée de mammites. Jusqu’à quatre ou cinq par semaine, difficiles à soigner. Nous avons exploré de nombreuses pistes pour trouver l’origine et fait intervenir plusieurs personnes, un peu démunies face à notre protocole de traite déjà strict.

Début décembre, nous avons fait réaliser les contrôles Dépos’traite et Net’traite sur notre installation de 2x10 postes. Le Net’traite a mis en évidence un problème de lavage du circuit. Le contrôle des déposes a révélé une anomalie de montage, datant de la mise en route de la salle de traite en 2017 : huit buses débimétriques (capteurs de fin de traite) présentaient un calibre différent des autres. Autrement dit, la fin de traite était différente quasiment une fois sur deux pour les vaches. J’ai changé les buses le jour même, pour refaire les mesures avec le technicien après le montage. J’ai également changé les manchons, qu’il m’a signalés comme non-adaptés aux griffes.

La traite, ce sont beaucoup de détails qui font que ça fonctionne ou pas. Après ces contrôles, l’identification d’une panne du lave-linge servant aux lavettes et un rééquilibrage minéral, les mammites ont cessé. Je regrette de n’avoir pas fait vérifier les décrochages en préventif, car certains trayons ont été abimés, ce qui sensibilise une partie des vaches. »

Avis d'éleveur : Quentin Chemin, SCEA Flandre, en Seine-Maritime

« Nos vaches ne décrochent plus avant la fin de la traite »

© SCEA Flandre
« J’ai fait réaliser le contrôle Dépos’traite en septembre 2020, après avoir repéré des anomalies de décrochage. Beaucoup de vaches étaient décrochées avant la fin de la traite et devaient être rebranchées. La traite était devenue pénible, il fallait toujours garder un œil sur les postes à problèmes. J’avais même désactivé certaines déposes, ce qui est un non-sens quand on est équipé d’un automatisme ! Les mesures du cycle de traite ont confirmé une hétérogénéité entre les 24 postes. En cause, l’usure des membranes des compteurs à lait (servant de capteurs de débit dans l’installation) et un défaut de lavage du système de traite. La remise en conformité m’a permis de retrouver confiance dans la machine, je suis plus serein à la traite. Je pense renouveler le contrôle Dépos’traite tous les deux à trois ans, afin de maintenir le bon fonctionnement de mon installation, que je considère comme l’outil principal d’une exploitation laitière. »

 

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