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Le bio épuise-t-il ses sols ?

Observations de terrain et expérimentations montrent une dégradation lente mais continuelle de la fertilité chimique des sols en agriculture biologique. Particulièrement pour le phosphore.

De l’aveu même des ingénieurs d’Arvalis - Institut du végétal, l’évolution est pernicieuse, mais la tendance se confirme aussi bien sur le terrain que dans les plateformes expérimentales : la fertilité chimique des sols cultivés en agriculture biologique (AB) se dégrade tout doucement mais inexorablement. Régis Hélias et Rémi Brochier ont tiré la sonnette d’alarme lors du Sommet de l’élevage. « Chaque agriculteur, chaque parcelle, en France, dispose d’un capital phosphore qui est consommé petit à petit, prévient le premier. On ne peut pas prédire quand cela se passera, mais un jour, ça craquera. Pour l’instant, il n’y a rien de dramatique. Mais il faut en être conscient et rechercher des solutions sans attendre d’être dans le mur. »

L’alerte est venu des exploitations de grandes cultures. Régis Hélias, ingénieur en Occitanie et animateur en AB, suit l’observatoire bio de Midi-Pyrénées regroupant 50 agriculteurs, dont certains se sont convertis il y a très longtemps et d’autres plus récemment. Les analyses de sol montrent que la teneur en phosphore décroît en fonction de la durée de pratique de l’agriculture biologique. « Les agriculteurs qui se convertissent aujourd’hui sont déjà très bas en phosphore. Comment va se comporter leur système après dix ou vingt ans de culture bio », s’interroge Régis Hélias. Les retours de terrain font assez fréquemment état « d’une baisse pernicieuse des rendements », ajoute-t-il.

Baisse des rendements sur les plateformes expérimentales

Les expérimentations menées par Arvalis - Institut du végétal confirment cette « dégradation des performances ». Notamment sur la plateforme de la Drôme où un système bio en grandes cultures est suivi depuis douze ans. Sur la partie non fertilisée avec des engrais phosphatés, les chercheurs observent une érosion de la teneur du sol en phosphore et du potentiel de rendement en blé. Dans la Digiferme de Boigneville (Essonne), c’est la luzerne cultivée en bio qui montre des signes de faiblesse, aussi bien en termes de rendements que de bénéfices agronomiques (effet nettoyant...). Ici, ce sont des carences en soufre qui sont en cause. Des carences liées à la diminution des retombées atmosphériques (dont les pluies acides), qui étaient indésirables d’un point de vue environnemental mais qui suffisaient à satisfaire les besoins des cultures. « Tous ces essais sont menés dans des conditions un peu difficiles pour essayer d’avoir une réponse rapide, précise Régis Hélias. Mais, tôt ou tard, on risque de constater les mêmes problèmes dans des conditions plus confortables. »

Des systèmes en bio qui ne sont pas « durables »

Le capital phosphore et potasse s’est constitué lors des Trente Glorieuses (années 1960-1970), notamment par des épandages massifs de scories phospho-potassiques. Mais, depuis vingt à trente ans, les ventes d’engrais de fond ont fortement diminué. Les apports ne couvrent plus les exportations. Particulièrement dans les exploitations de grandes cultures en AB. Ces systèmes ne sont pas « durables », soulignent les chercheurs. En élevage, les systèmes basés sur une recherche « d’autonomie à outrance » ne sont pas équilibrés non plus, disent-ils. La ferme expérimentale des Bordes (voir ci-contre) en est un exemple. « Sur des terres à faible potentiel, nous sommes les premiers à voir les limites d’un système où il n’y a quasiment pas d’achat extérieur », reconnaît Rémi Brochier, ingénieur fourrages.

Le problème de la durabilité se pose aussi dans les exploitations conventionnelles. La cartographie de la teneur des sols en phosphore montre une tendance généralisée à l’appauvrissement sur le territoire français. Mais les agriculteurs conventionnels auront la capacité à redresser beaucoup plus rapidement la barre que les agriculteurs en bio. « Il ne faut pas compter sur les engrais minéraux autorisés en bio pour corriger rapidement une baisse de performance liée au phosphore, souligne Régis Hélias. Par contre, les formes organiques sont plus efficaces. Un jour, on sera aussi obligé de se poser très sérieusement la question d’utiliser des superphosphates - des phosphates naturels traités à l’acide - en agriculture biologique, en recherchant des sources de phosphore indemnes de cadmium. »

L’élevage n’est pas épargné par la baisse de fertilité

Les systèmes de polyculture-élevage en AB devraient à priori être davantage épargnés par la baisse de la fertilité des sols. La ferme expérimentale des Bordes, dans l'Indre, étudie depuis dix-huit ans un système bio basé sur un petit cheptel allaitant (23 vaches limousines et la suite) élevé sur 57 hectares. Le potentiel d’une partie de la surface est assez faible. Il s’avère que la valorisation des effluents d’élevage ne suffit pas à maintenir la fertilité des sols. Alors que l’objectif initial visait l’autonomie en fourrages et concentrés, l’exploitation n’y parvient qu’une année sur deux. Les accidents climatiques sont aussi en cause. Le rendement des prairies tend à baisser et quelques soucis de pérennité des légumineuses ou d’implantation des prairies temporaires commencent à se manifester. Les analyses de sols révèlent une baisse des teneurs en phosphore et potasse dans les parcelles en rotation culturale alors qu’elle reste stable dans les prairies permanentes. Si, à l’échelle de l’exploitation, le bilan des minéraux (entrées/sorties) est correct, les apports d’effluents étaient déséquilibrés. Ils étaient surtout valorisés sur les cultures. Sur les prairies, les exportations n’étaient pas compensées. « Pour corriger ce déséquilibre, nous avons inversé la tendance en essayant de moins privilégier les cultures et nous testons des apports de fientes de volailles sur les prairies temporaires », indique Rémi Brochier.

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