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La vaccination vaut-elle le coût ?

Les diarrhées néonatales, les maladies respiratoires des génisses et les mammites sont trois cas où la vaccination peut apporter un coup de pouce à la résistance de vos vaches.

Gilles Foucras, de l’École nationale vétérinaire de Toulouse, identifie trois périodes critiques dans la vie des bovins, avec pour chacune d’elles un risque infectieux différent et donc nécessitant une stratégie de vaccination adaptée. Il s'agit des diarrhées néonatales chez les veaux de moins de 1 mois, des maladies respiratoires des génisses après le sevrage (au moment ou peu après la mise en lot) et des mammites. La mortalité des veaux à cause d'une diarrhée ou de troubles respiratoires devrait être inférieure à 5 % et la proportion d’animaux malades ne devrait pas dépasser 10 à 20 %. « Au-delà, les incidents sanitaires ont des conséquences négatives sur la croissance, et ultérieurement la résistance, et donc la carrière des vaches. »

Vacciner contre les entérites néonatales

« En moyenne 20 % des élevages laitiers pratiquent la vaccination contre les entérites », évalue Gilles Foucras. Ce taux de pénétration relativement faible s’explique notamment par le logement des jeunes veaux en niches individuelles à l’extérieur. Ce système de logement diminue la pression infectieuse et donc réduit le risque par rapport à un élevage en groupe dans une nurserie fermée. La qualité du colostrum et sa distribution précoce après la naissance jouent un rôle primordial dans la prévention contre les diarrhées. La vaccination sera d’autant plus efficace que ces deux prérequis seront respectés. 

Pour protéger les veaux âgés de moins de 1 mois contre les entérites néonatales (coronavirus, rotavirus, Escherichia coli…), il est possible de vacciner les mères. L’infection est trop précoce pour pouvoir vacciner le veau lui-même. On mise par conséquent sur le transfert d’immunité via le colostrum. Le protocole repose sur une ou deux injections selon les cas, plusieurs semaines avant le vêlage. La synthèse du colostrum débutant durant le dernier mois de gestation, Gilles Foucras préconise de vacciner les mères au plus tard trois semaines avant la date prévue du vêlage. La vaccination doit être réalisée avant chaque vêlage.

Prévention des maladies respiratoires des génisses

À l’instar des diarrhées néonatales, la proportion d’élevages laitiers ayant recours à la vaccination contre les maladies respiratoires n’est guère plus fréquente. Quel que soit l’agent infectieux en cause, les symptômes sont souvent les mêmes. D’où la nécessité de réaliser des tests en laboratoire pour identifier le ou les agents pathogènes en cause et utiliser si nécessaire un vaccin multivalent combinant notamment PI3 et VRSB. L’idéal est de vacciner les veaux avant leur regroupement en lot. C’est possible dès l’âge de 10 jours environ.

Le virus respiratoire syncytial bovin (BRSV) est le plus répandu lors de troubles respiratoires chez les jeunes veaux. « C’est souvent le premier vaccin auquel il faut penser », souligne Gilles Foucras. Le vétérinaire préconise de privilégier la vaccination directe du veau par voie intranasale lorsque le délai entre la vaccination et le risque d’apparition des troubles est court. « L’effet protecteur arrive au bout de cinq à six jours. » En revanche, la durée de protection permise par le vaccin étant plus courte, il faudra faire un rappel et utiliser un protocole avec injection si, après quelques mois, le risque est toujours présent. « Il est possible à ce moment-là de vacciner les génisses contre la pasteurellose en plus des autres agents. »

Deux vaccins contre les mammites

Un vaccin contre les mammites à E. coli, Staphylococcus aureus et les staphylocoques coagulase-négatifs est disponible depuis une dizaine d’année en France. Un nouveau vaccin contre les mammites à Streptococcus uberis est commercialisé depuis septembre 2018. « Ces deux vaccins permettent de lutter contre les trois agents les plus prévalents lors de mammite », souligne Gilles Foucras. « Ces vaccins ont un effet bénéfique parce qu’ils atténuent la sévérité des mammites. En revanche, la baisse de la fréquence des mammites reste modeste. » Autrement dit, la vaccination contre les mammites est une aide complémentaire d’un travail de fond sur les aspects sanitaires, l’ambiance dans les bâtiments, l’hygiène de la traite ou la gestion des réformes des vaches infectées chroniques... « Ces vaccins reposent sur plusieurs injections avant et après vêlage pour stimuler l’immunité et doivent être répétés tous les ans car la réponse est de courte durée. »

À retenir

La vaccination est un moyen d’augmenter l’immunité des animaux vis-à-vis d’agents infectieux et donc de diminuer la prévalence de certaines maladies. Selon les cas, elle protège contre une maladie ou diminue la sévérité des signes cliniques. Son intérêt se raisonne au cas par cas avec le vétérinaire.

D'autres vaccins

Il existe des vaccins contre d’autres maladies (virus BVD, virus Schmallenberg…) qui peuvent aussi diminuer la résistance des animaux en diminuant leur capacité de réponse. De son côté, la paratuberculose provoque un amaigrissement progressif lorsqu’elle apparaît, mais la vaccination contre cette dernière est encadrée. En revanche, aucun vaccin n'est proposé contre la cryptosporidie.

Mettre toutes les chances de son côté

Bien identifier la maladie, respecter le protocole et ne pas en attendre de miracles sont des gages de réussite.

 

 
Le respect de la chaine du froid fait partie des conditions de réussite d'une vaccination.  © F. Mechekour-archives

 

« Même le meilleur vaccin ne pourra rien quand les conditions d’élevage sont trop défavorables », rappelle Gilles Foucras en guise de préambule. Son efficacité repose sur le respect de trois règles. Adapter la vaccination à une maladie bien identifiée, respecter le protocole et ne pas en faire un remède miracle. « Il n’existe pas de vaccin ayant une efficacité de 100 %. Par ailleurs, la vaccination ne pourra pas tout résoudre lorsque les conditions sanitaires sont trop dégradées. Il faut un équilibre entre la capacité de l’animal à répondre à l’agent infectieux et la pression d’infection. Il faut travailler les deux approches en même temps. » Il faut analyser les besoins de protection dans chaque élevage.

Vacciner avant la période à risque

Le vétérinaire rappelle aussi que lorsqu’on initie une vaccination, il faut toujours le faire avant la période à risque. Le délai d’apparition de l’effet protecteur n’est pas immédiat et varie selon le type de vaccin. Le respect de la chaîne du froid pour conserver le vaccin, l’utilisation d’une seringue à usage unique et adaptée au volume à injecter, des aiguilles adaptées à la voie d’administration (intramusculaire ou sous-cutanée), une bonne contention et la conservation par écrit des informations complètent le guide des bonnes pratiques de la vaccination.

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