Installations de traite : comment bien choisir les produits de nettoyage et désinfection ?
Choisir des produits de nettoyage et désinfection adaptés, c’est limiter les risques pour sa salle de traite ou son robot de traite et la qualité du lait. Trois critères principaux sont à prendre en compte : la dureté de l’eau, le type d’installation de traite et la situation vis-à-vis de la désinfection.
Choisir des produits de nettoyage et désinfection adaptés, c’est limiter les risques pour sa salle de traite ou son robot de traite et la qualité du lait. Trois critères principaux sont à prendre en compte : la dureté de l’eau, le type d’installation de traite et la situation vis-à-vis de la désinfection.
Parmi les produits de nettoyage des installations de traite, on retrouve les détergents alcalins pour éliminer la matière organique et les détartrants acides pour éliminer la matière minérale. À ceux-là s’ajoutent les désinfectants ou biocides, qui permettent d’éliminer les micro-organismes, formulés soit avec l’alcalin, soit avec l’acide.
Le saviez-vous ?
« De manière simpliste, nous conseillons une alternance d’un lavage acide pour un lavage alcalin, explique Romain Chéron. Toutefois, si l’eau est douce, sur 14 traites on peut aller jusqu’à 10 passages d’alcalin pour quatre passages d’acide, pour dégraisser au maximum ».
Mais une fois que l’on sait qu’il faut alterner le détergent alcalin et le détartrant acide, comment choisir les produits ? « Il faut privilégier l’adéquation du produit à la situation de l’élevage plutôt que le prix », estime Guy Lannuzel, responsable de marché pour Hydrachim.
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Si l’eau est dure, chercher un détartrage maximum
Adapter le choix du produit à sa situation, oui, mais sur quels critères ? Déjà, il faut vérifier la dureté de l’eau disponible pour le nettoyage de l’installation de traite. « Avec une eau très calcaire, il y a un risque d’avoir des points d’encrassage, qui peuvent devenir des supports pour la matière organique et créer des réservoirs nutritifs pour les micro-organismes », indique Romain Chéron.
Ainsi, avec une eau très dure, « il faudra choisir un détergent alcalin avec un pouvoir séquestrant renforcé, afin de limiter la redéposition de matières minérales », conseille Guy Lannuzel. Il pourra également être intéressant d’utiliser des formules qui contiennent de l’acide nitrique, qui est très corrosif avec un fort pouvoir détartrant. Attention toutefois : « cet acide bon marché est très agressif avec le matériel et risque de causer des détériorations rapides sur les éléments en caoutchouc et silicone », remarque Julie Chiron, ingénieur produit chez Ecolab.
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Côté éco
Pour une exploitation de 65 vaches laitières, produisant 650 000 l de lait à l’année, avec une salle de traite 2 × 7 postes, Romain Chéron, responsable solutions d’hygiène chez Kersia estime le coût de produits de nettoyage entre 400 et 550 € à l’année, soit entre 0,61 et 0,84 €/1 000 L. « C’est peu à l’échelle du budget d’une exploitation, renchérit Guy Lannuzel, et un produit mal choisi peut avoir des conséquences sur le fonctionnement de l’installation de traite et sur la qualité du lait ».
L’acide phosphorique, plus onéreux, possède un bon pouvoir détartrant ainsi qu’un léger pouvoir détergent, et s’avère beaucoup moins corrosif. « Sauf en cas d’eau très dure, nous conseillons de privilégier les formulations majoritaires en acide phosphorique, qui respectent mieux le matériel », indique Romain Chéron. Les proportions de chaque acide ne sont pas écrites sur les étiquettes, mais ils sont mentionnés par ordre d’importance dans la formule : le premier est toujours celui dont le pourcentage est le plus grand dans le produit.
Pas de chlore au-delà de 75 °C
Le type d’installation de traite conditionne également le choix des produits, et notamment la température de l’eau lors du lavage. « Au-delà de 75 °C, on n’utilise plus de chlore, c’est trop agressif pour le matériel et trop dangereux à cause des dégagements chloreux », observe Romain Chéron. Certains robots de traite sont équipés de générateur d’eau bouillante qui chauffe l’eau à 95 °C. « Dans ces installations, la désinfection est assurée par l’eau bouillante, il ne faut donc pas utiliser de produits biocides, explique Julie Chiron. De plus, l’acide nitrique y est proscrit : on privilégiera l’acide phosphorique ».
Sylvain Sureau, éleveur dans le Maine-et-Loire
« Les produits bon marché ont abîmé la caoutchouterie »
Notre salle de traite équipée de compteurs à lait est grande, 2x14 postes. En partant avec une température d’eau inférieure à 80 °C, nous n’atteignions pas les 40 °C préconisés en fin de deuxième cycle de lavage. Nous utilisons donc de l’eau très chaude, à 80 °C. Il y a quelques années, nous utilisions des produits alcalins et acides bon marché. Les manchons s’abîmaient vite, on voyait facilement des fissures au moment de les changer. Nous devions également remplacer les kits d’entretien au niveau des compteurs à lait tous les deux ans. Le technicien qui suit l’installation nous a conseillé de changer de produits de nettoyage. Ils ne supportaient pas les températures élevées. Depuis, nous prenons des produits un peu plus chers, mais qui supportent l’eau à 80 °C. Nous n’avons plus de problèmes de caoutchouterie. Je ne savais pas que tous les produits n’étaient pas adaptés aux hautes températures.
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Dernier point à prendre en compte pour choisir ses produits de nettoyage : sa situation vis-à-vis de la désinfection. Elle est en grande majorité effectuée grâce à l’adjonction de chlore dans les formulations des produits détergents : « 80 % des éleveurs utilisent un alcalin chloré », estime Guy Lannuzel.
Pour les éleveurs qui ne peuvent (certaines filières AOP) ou ne souhaitent pas utiliser de produits biocides, il faudra choisir un détergent alcalin non chloré. « Dans ce cas-là, il faut que l’hygiène soit irréprochable, car ne pas désinfecter reste un risque », alerte Romain Chéron. Pour les éleveurs qui ne pouvent pas utiliser de chlore (certains collecteurs l’interdisent), mais pour lesquels la désinfection est autorisée, « il existe des produits désinfectants sur base acide, avec l’ajout d’acide peracétique ou d’acide octanoïque au produit détartrant », indique-t-il.
Surdoser les produits n’est pas utile
Dans tous les cas, il alerte sur le fait de bien respecter les doses d’usage des produits : « Surdoser n’est pas utile, et risque de laisser des résidus. Ce sont des cas de surdosages qui ont mené certains collecteurs à interdire le chlore, alors que ce désinfectant possède un bon rapport qualité-prix ».
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Autre point de vigilance : le pourcentage de chlore dans un produit. « Un haut pourcentage n’est pas forcément un gage de qualité, avertit Romain Chéron. Dans ces produits, ce sont les matières détergentes qui coûtent le plus cher. Un haut pourcentage de chlore peut cacher un faible niveau de détergence. Or, il est primordial de bien nettoyer avant de désinfecter ».
Mise en garde
Attention à bien regarder les étiquettes. Elles comportent des indications importantes : concentrations à appliquer, la température d’usage ou encore date de péremption. Les produits perdent de l’efficacité dans le temps et peuvent générer plus de résidus dans le lait. « Ainsi, je déconseille d’acheter trop de produit à la fois, même lorsque la promotion est belle », avertit Julie Chiron.
Pas facile toutefois de s’y retrouver, car les pourcentages de matières premières, hors chlore, ne sont pas indiqués sur les étiquettes. « On peut toutefois retrouver plus de données sur les fiches de données de sécurité (FDS) », explique Romain Chéron. De plus, comme il s’agit de produits formulés, il n’y a pas que les matières actives qui comptent, mais aussi les séquestrants (pour éviter de redéposer la matière minérale), les tensioactifs (pour que le produit aille dans les microfissures des manchons), les antimousses (pour garder des flux et une turbulence suffisante) ou encore les inhibiteurs de corrosion. Et l’explication de tous ces éléments ne se retrouve pas sur l’étiquette… Verdict implacable pour les trois fabricants : il vaut mieux se faire conseiller, par son installateur ou sa laiterie.
Alexandre Gallard, éleveur dans le Maine-et-Loire
« Nous notons la date d’ouverture sur les bidons »
À chaque fois que nous ouvrons un bidon de produit de nettoyage, nous notons la date au marqueur dessus ainsi que dans un cahier. Nous savons qu’un bidon est consommé entre 28 et 30 jours. Si nous dépassons ce délai, cela nous alerte sur un problème. Une fois, la pompe de prise automatique ne prélevait pas assez, nous avons dû la changer. Une autre fois, il y avait une petite fuite d’eau qui gouttait juste au-dessus de l’ouverture du bidon : peu à peu, elle remplissait le bidon d’eau, diluant le produit. Si nous ne notions pas la date d’ouverture, je pense que nous aurions mis du temps avant de nous en rendre compte, et cela aurait posé plus de problèmes de qualité car, à chaque fois, les germes avaient augmenté. De plus, comme ce n’est pas toujours la même personne qui renouvelle les produits, c’est pratique. Tout le monde voit d’un coup d’œil quand le bidon a été changé.