Fourrage : comment pallier le déficit et sécuriser ses stocks suite à la sécheresse ?
Les canicules de ces dernières semaines impactent les stocks de fourrage des exploitations bovines. Si l’achat de fourrages ou de coproduits semble être une solution à court terme, leur coût et leur disponibilité peuvent être des facteurs limitants. D’autres solutions à court terme peuvent atténuer les conséquences de la sécheresse.
Des prairies grillées, des maïs ensilés avant maturité…, les canicules qui sévissent ces dernières semaines impactent fortement la production de fourrage. Plusieurs solutions à court et moyen terme peuvent être mises en place sur les exploitations pour essayer de limiter les retombées comme les achats extérieurs, l’implantation de dérobées d’été ou d’automne, et la valorisation des repousses de colza.
La première étape est de réaliser un nouveau bilan fourrager avec les rendements espérés et en intégrant les reports de stocks disponibles afin d’évaluer les disponibilités et les besoins en fourrage. Lors d’un webinaire le 8 juillet, Seenovia fait le tour des possibilités pour les éleveurs.
L’achat de maïs à l’extérieur pénalisé par le manque de disponibilité
La première solution à court terme possible c’est l’achat de fourrage. Attention, la demande risque d’être élevée cette année, mais l’offre réduite. Certains maïs grains présentent peu de grains et peuvent être transférés en maïs fourrage. Pour Florian Blot, consultant Nutrition et Fourrages chez Seenovia, « ce qui ne joue pas en notre faveur c’est que les surfaces en maïs grain sont moins importantes que les années précédentes, notamment en Pays de la Loire avec – 30 %. Aussi, dans le contexte actuel, les tarifs sont assez conséquents. Nous les avons calculés autour de 100-120 €/tMS sans grains ».
L’achat de coproduit humide ou sec pour compléter ou équilibrer la ration
L’achat de coproduit humide se présente aussi comme une solution court terme, déjà connue. « Les disponibilités en pomme de terre sont encore importantes mais les stocks vont vite s’épuiser, alerte le consultant, d’autant plus que les prix sont en hausse depuis quelques semaines ». Pour ceux qui envisagent l’incorporation dans les silos, il faut réussir à coordonner les arrivages de pommes de terre et les ensilages. Il faut privilégier les pommes de terre lavées afin d’éviter les risques de butyriques.
Pour les pulpes de betterave surpressées, il y a peu de volume et le prix est élevé cette année.
D’autres coproduits humides, comme les fibres de blé ou le corn gluten humide, sont des aliments équilibrés. Florian Blot recommande de pouvoir les stocker sur des plateformes bétonnées et de pouvoir fermer le silo pendant deux trois semaines. « Il faut anticiper les délais de livraison et de fermentation pour éviter les ruptures et les changements de ration », précise-t-il.
Les coproduits secs permettront de concentrer des rations pauvres en amidon. Mais, ils présentent un faible encombrement et nécessitent des fourrages.
L’implantation de dérobées d’été ou d’automne dès le retour significatif de la pluie (>30 mm)
L’implantation de dérobées d’été ou d’automne, après des céréales à paille ou des maïs récoltés en juillet, se présente comme une solution seulement si un retour de la pluie est envisagé, à hauteur de 30 mm. Les précipitations à deux semaines sont consultables sur la plateforme « Aléas pluie ». Si les conditions sont réunies, des rendements intéressants peuvent être obtenus.
Seenovia apporte une vigilance sur les implantations après maïs n’ayant pas fait leur cycle. Il y a des risques de phytotoxicité des désherbages. Dans un document, paru le 10 juillet, Arvalis préconise de « ne pas implanter de couvert si la parcelle a reçu une application tardive de sulfonylurées au printemps. Il est préférable d’implanter [un couvert, NDLR] derrière un colza ou une céréale plutôt que derrière un maïs fourrage récemment ensilé qui aurait reçu un désherbage de post-levée ».
Pour la fauche, les ray-grass italiens pourront être valorisés à l’automne avec une voire deux coupes si la météo le permet.
Pour le pâturage, plutôt privilégier le colza fourrager en pur ou en association avec un RGI afin d’augmenter le rendement et d’avoir un fourrage plus équilibré. Ce colza peut être implanté jusqu’à la mi-août. Le sorgho multicoupe peut être implanté jusqu’à la fin juillet. Une attention particulière est à avoir sur la toxicité de la plante en dessous de 50-60 cm.
Valoriser les repousses de colza au pâturage
Les repousses de colza peuvent être valorisées au pâturage. « Il ne faut pas s’attendre à d’énormes quantités, mais c’est une opportunité, peu onéreuse en cas de gros déficit fourrager », explique Florian Blot.
Après la récolte des colzas, du lisier peut être apporté, suivi d’un déchaumage et d’un roulage pour faire relever les graines de colza. Le pâturage est à conduire au fil, rationné à 2 heures par jour.
Réfléchir dès maintenant à l’assolement de maïs et d’herbe pour 2027
Après cette année de sécheresse, il va y avoir un besoin de reconstituer les stocks. Il est important de raisonner dès maintenant les assolements de l’année prochaine.
Le semis très précoce de maïs au printemps peut être envisagé pour pouvoir faire la jointure avec les maïs « classiques » en les récoltant précocement.
Dans un contexte où les marges sur les cultures sont réduites, certaines surfaces peuvent être réimplantées en prairies de fauche moyenne durée.
L’augmentation des surfaces en dérobées peut aussi permettre d’augmenter les stocks de fourrage.