Aller au contenu principal

En élevage laitier, surpopulation et santé des pieds ne font pas bon ménage 

L’agrandissement des troupeaux n’est pas sans conséquences sur la dynamique des boiteries. Il est bon de prendre du recul, de mesurer, et définir de nouveaux repères pour la conduite du troupeau. Résultats d’une étude menée dans les Deux-Sèvres dans des élevages en zéro pâturage.

Un bon confort de couchage est essentiel pour que les vaches passent le plus de temps possible couchées.
Un bon confort de couchage est essentiel pour que les vaches passent le plus de temps possible couchées.
© A.Conté

Dans une partie de l’Ouest de la France, l’augmentation de la taille des troupeaux s’est accompagnée d’une conduite de plus en plus « hors sol » des vaches en lactation. En parallèle, les bâtiments ont souvent très peu évolué, avec pour conséquence une surpopulation des animaux et une augmentation des boiteries. Les impacts d’une mauvaise santé des pieds sont nombreux et importants économiquement : diminution de la production laitière et de la fertilité, augmentation des réformes, des frais vétérinaires et des frais d’élevage… En termes de coût, les boiteries arrivent en troisième position derrière les mammites et la repro.

21 audits dans des élevages en zéro pâturage

La SARL Rumiserv (entreprise de services aux élevages ruminants ) et le cabinet vétérinaire EVA (Réseau Cristal), basés dans les Deux-Sèvres, se sont donc penchés sur cette problématique de surpopulation des vaches laitières en bâtiment et son incidence sur les boiteries. Des audits ont été réalisés dans 21 élevages laitiers des Deux-Sèvres et départements limitrophes par Annabelle Bachelet, stagiaire ingénieure agronome de l’UniLasalle.

Ces élevages sont tous conduits en logettes, en zéro pâturage, et suivis en parage par la SARL Rumiserv. De nombreuses mesures et observations ont été réalisées :

-sur les bâtiments d’élevage : zones de couchage, d’exercice, d’alimentation, d’abreuvements…

-sur les paramètres d’ambiance : propreté, nettoyage, ventilation, confort…

-sur la conduite du troupeau : système de traite, organisation autour de la traite, hygiène des pieds, parage…

-sur les animaux : locomotion, lésions au niveau des membres ou des pieds (relevés lors des séances de parage)…  

L’étude a dégagé trois catégories d’élevages : absence de boiteries (incidence très faible), boiteries légères à modérées (tant sur l’incidence  que la gravité), et boiteries importantes à sévères. Plusieurs points ont ainsi pu être mis en évidence.

Des traits communs aux élevages avec beaucoup de boiteries

La « surpopulation » concerne principalement les aires d’attentes pour la traite, ainsi que les aires d’alimentation et d’abreuvement.

Les élevages de la catégorie « boiteries importantes et sévères » ont principalement des lésions infectieuses. Ils présentent plusieurs caractéristiques communes. Notamment une conduite en salle de traite classique avec une surpopulation des animaux dans l’aire d’attente (trop petite), les vaches restent trop longtemps debout, cela favorise l’apparition de boiteries. Ils n’ont pas de parcours extérieur. L’humidité du bâtiment est importante et les pieds des vaches sont sales. Les couloirs sont étroits (moins de 3 m) et lisses. Et le confort dans les zones de couchage ainsi qu’à l’auge est médiocre.

À l’inverse, les élevages audités dans lesquels l’incidence des boiteries est bien maîtrisée disposent, en général, de bâtiments bien ventilés, et donc avec une faible humidité. La circulation des animaux est optimale, diminuant les conflits. Les bétons sont rainurés et en bon état. Le temps de traite est relativement court (moins de 1 h) et le parc d’attente est bien géré. Le confort de couchage (dimensions, quantité de litière…) est lui aussi optimal.

(1) Vétérinaire EVA-Réseau Cristal.

Cinq points à privilégier pour améliorer la situation

 

 
Dans cet élevage, le racleur passe douze fois par 24 heures.
Dans cet élevage, le racleur passe douze fois par 24 heures. © B. Dalez

 

Il n’est pas forcément possible de modifier en profondeur et encore moins d’agrandir le bâtiment. Mais des améliorations structurelles  du logement et de la conduite du troupeau peuvent être apportées.

1 - Limiter le temps d’attente des vaches à la traite à 1 heure maximum. Il faut pour cela étudier la possibilité de scinder le troupeau en plusieurs lots pour la traite. Il est également important de prendre en compte le temps d’attente lorsque les vaches sont prises au cornadis après la traite.

2 - Pour toutes les aires de circulation : s’assurer que les bétons ne glissent pas et ne présentent pas d’obstacles importants. Un rainurage ou un traitement de surface des bétons peuvent être nécessaires. Les tapis caoutchouc sont efficaces également.

3 - Apporter un maximum de confort au niveau du couchage : soit par une adaptation des dimensions des logettes, soit par un apport suffisant de litière. Une vache laitière crée le maximum de lait lorsqu’elle est couchée et qu’elle rumine ! 

4 - Garder les couloirs de circulation les plus propres et les plus secs possible. Une ventilation optimisée du bâtiment est indispensable, ainsi qu’un nettoyage fréquent des aires d’exercices, avec une augmentation du nombre de passages des racleurs. Sans oublier toutes les zones de passage, et de vérifier l’usure des racleurs. Bien qu’il faille éviter les courants d’air en périodes froides, les bâtiments sont bien souvent trop fermés.

 

 
Le nettoyage se fait par des gros jets. Il y a un capteur de présence pour déclencher la mise en route.
Le nettoyage se fait par des gros jets. Il y a un capteur de présence pour déclencher la mise en route. © B. Dalez

 

5 - Un « plan mobilité » rigoureux, organisé, planifié. Le passage dans un pédiluve lors de deux traites successives (au minimum) et tous les 14 jours est fortement recommandé, surtout dans les élevages où la dermatite se développe. Des sessions de parage préventif mensuelles sont à planifier, car il est préférable de prévenir que de guérir. Il y a beaucoup de lait dans les pattes… ! Toute boiterie est urgente et doit être prise en charge dans les meilleurs délais.

À savoir

L’accès à un parcours extérieur ou au pâturage n’est pas forcément gage d’une meilleure santé des pieds. Dans les faits, la présence fréquente de cailloux dans les chemins et les accès, ainsi que la boue lors de saisons pluvieuses sont préjudiciables. Elles peuvent occasionner abcès de la sole et pieds sales, favorables au développement de la dermatite ou du fourchet.

Rédaction Réussir

Les plus lus

<em class="placeholder">Gisèle Fouvet et ses fils </em>
« Nous avons quitté Biolait à cause de leur prix du lait, et avons pu trouver une nouvelle laiterie en bio »

Le Gaec des Fayes, en Ardèche, a quitté Biolait dans la précipitation. Les éleveurs ont pu être repris par la laiterie…

<em class="placeholder">Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, sur son escalier fait maison</em>
Astuce d'éleveur : Une passerelle surélevée pour incorporer de l’eau dans la mélangeuse

Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, a bricolé un escalier et sa plateforme avec une arrivée d’eau pour pouvoir apporter, en…

Collecte du lait (à la ferme)
Prix du lait : « Ce n’est pas à la France de faire l’effort de réduire sa production de lait »

Face à un prix du lait qui décroche du fait d’une hausse de la production mondiale, au salon de l'Agriculture 2026, la FNPL…

<em class="placeholder">Alexandre Caillon. &quot;J&#039;ai réduit la pénibilité et mieux lissé la charge de travail avec les robots.&quot;</em>
« J’ai modernisé mon bâtiment et réduit ma production laitière pour gérer seul ma ferme », en Loire-Atlantique

Alexandre Caillon a rapidement intégré la traite robotisée pour augmenter sa moyenne à 36 kg par vache et mieux lisser sa…

<em class="placeholder">site de transformation laitière en France</em>
Prix du lait : les industriels laitiers français manquent-ils de compétitivité ?

Durant un an et demi, le prix français a été largement distancé par nos voisins d’Europe du Nord. La compétitivité des…

<em class="placeholder">Bastien Charré à droite avec les deux salariés du Gaec, Baptiste (nom ?) et Charline Bonnevin</em>
« Avec mes salariés agricoles, nous cultivons une relation gagnant-gagnant », en Charente-Maritime

Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière