Des rendements en berne et un manque d'amidon pour le maïs fourrage
Des rendements divisés par deux par endroits, des maïs parfois sans grains… La sécheresse et les épisodes caniculaires successifs ont mis à mal les maïs qui s’annoncent en quantité insuffisante et pauvres en amidon.
Des rendements divisés par deux par endroits, des maïs parfois sans grains… La sécheresse et les épisodes caniculaires successifs ont mis à mal les maïs qui s’annoncent en quantité insuffisante et pauvres en amidon.
En août, Agreste, le service de statistiques du ministère de l’Agriculture, estimait la récolte de maïs fourrage en baisse de 26,7 % par rapport à 2025 et même de 30,3 % en la comparant à la moyenne de 2021 à 2025, ce qui donnerait une récolte de 11,3 millions de tonnes de matière sèche contre 15,5 l’an dernier. Ce n’est pas les 3 % de surface en moins qui explique cette baisse mais bel et bien des rendements très faibles.
« Les ensilages ont eu lieu avec trois semaines d’avance. Les rendements sont en baisse de 25 à 50 % », confirme Anne-Sophie Colart, animatrice maïs fourrage chez Arvalis. Si toutes les régions ont connu d’importantes baisses, elles semblent plus marquées dans l'Est et le Centre-Ouest, où la pluviométrie a été limitante dès le printemps. Partout, les rendements sont très hétérogènes selon la date de semis, les attaques de ravageurs, les éventuelles pluies d’orage, le niveau de stress thermique. « Il y a de l’hétérogénéité entre parcelles et même au sein des parcelles », remarque Alice Berchoux, responsable de l’équipe conseil d’Acsel, dans l’Ain. « Même dans les parcelles irriguées, les rendements ont perdu 25 % à cause des fortes températures », constate Patrice Dubois, responsable du Contrôle laitier du Rhône. Dans l’Est, même constat : « sur la zone Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges, les rendements vont de 3 à 12 tonnes MS par hectare, détaille Jérôme Larcelet, conseiller nutrition chez Seenorest. Cela donne une moyenne autour de 7 à 8 tMS, soit 40 % de moins qu’une année moyenne ». Pas mieux à l’Ouest, avec « des rendements moyens autour de 5 tMS, quand on est habituellement à 11 et une hétérogénéité de 2,7 à 10 tonnes », partage Mickaël Sergent, consultant robot et nutrition chez Seenovia.
Un manque d’énergie certain
Même si des analyses sur maïs stabilisé seront nécessaires pour affiner les valeurs alimentaires, de premières tendances se dessinent. Le maïs 2026 a une bonne valeur fourragère, avec un bon niveau d’UFL et des plantes globalement peu lignifiées, car récoltées précocement. Mais, la plupart des ensilages soufrent d'un manque de grain. « Le manque d’eau et le stress thermique ont perturbé la fécondation puis le remplissage des grains », explique Anne-Sophie Colart. « Sur 200 analyses, nous avons constaté une teneur en amidon inférieure de 15 % aux moyennes, partage Mickaël Sergent. Mais il y a plus 2 points de MAT, du fait des plantes plus petites ». Même constat pour Jérôme Larcelet, avec une moyenne sur les premières analyses à 0,95 UFL, 7,8 % MAT et 29 % d’amidon. Une valeur probablement surestimée par le biais des analyses NIR (voir encadré).
Anticiper les besoins et chercher des alternatives
L’arrêt précoce du pâturage a obligé à taper prématurément dans des stocks que les faibles rendements n'ont reconstitué que de façon bien partielle.
Au regard des bilans fourragers déficitaires, beaucoup de maïs grain ont été ensilés. Ceux qui en avaient la possibilité ont acheté du maïs épi ou à ensiler, avec des prix qui ont vite grimpé. Certains ont aussi fait le choix de garder des céréales ou d’acheter des coproduits (drèches, wheat feed, pommes de terre), pour apporter de l’énergie. Il y a déjà de grosses tensions pour s’approvisionner. Et la rareté fait le prix…
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Des éleveurs ont tenté des semis de dérobées en espérant engranger un peu de fourrages si l’automne est poussant. Devant un bilan fourrager déficitaire, il faut également faire le point sur son cheptel et envisager de vendre les vaches qui génèrent le moins de marge, en suivant de près les MCA. Pour ceux qui ont encore du maïs 2025, autant le réserver aux vaches en production. Les animaux aux besoins les plus faibles pourront être passés en ration sèche pour préserver le stock de maïs.
Cette année démontre l’intérêt d’avoir plusieurs mois de stocks. « L’idéal serait d’avoir 4 à 6 mois de report, conseille Mickaël Sergent. Cela a un impact sur la trésorerie pour constituer ce stock mais cela apporte de la sérénité et évite des achats à prix fort en période de manque ».
Mise en garde
Attention aussi la densité de l'ensilage sur les maïs qui présentaient peu d'épis donc peu de grains. Elle risque de se révéler inférieure à d'habitude, d'autant plus si la longueur de coupe n'a pas été réduite. Il faut en tenir compte lors de l'estimation des stocks engrangés au silo afin de ne pas les surestimer.
Préférez les analyses biochimiques
Les valeurs nutritionnelles atypiques des maïs 2026 rendent imprécise leur analyse par spectrométrie proche infrarouge (NIR). « Ces analyses s’appuient sur des bases de données constituées à partir d’échantillons de référence représentatifs de maïs plus « classiques » », explique Jérôme Larcelet. Lorsque les échantillons analysés s’éloignent de ces références, comme c’est le cas avec certains maïs 2026, la précision du NIR diminue. C’est notamment le cas des maïs avec des teneurs très faibles en amidon, qui peuvent être surestimées.
Dans ce contexte, il est nécessaire de bien recalibrer les équations avec des échantillons de l'année. Les analyses réalisées par la méthode de référence, en laboratoire, seront plus précises avec ces profils de maïs inhabituels. Les données collectées sur les maïs 2026 permettront d’enrichir les bases de calibration des appareils NIR et d’améliorer leur précision pour ce type de situations.