Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Bâtiment d'élevage : Des plaquettes de bois pour assainir l’aire paillée

Dans l'Aveyron, le Gaec des Piades utilise en sous-couche du bois déchiqueté. Il a un effet drainant, permet de réduire fortement les besoins en paille, d’assainir la litière et de réduire la fréquence de curage.

Bois déchiqueté, plaquettes bocagères... Plusieurs noms pour désigner un même produit : des morceaux de bois issus du déchiquetage de branchages ou troncs d’arbres coupés net au couteau (1 à 3 cm en largeur et longueur, 2 à 3 mm d’épaisseur). Rien à voir avec la sciure ou les copeaux de bois industriels. Ces plaquettes, généralement utilisées pour le chauffage, peuvent servir aussi de litière en remplacement total ou partiel de la paille. Si la technique est bien connue en élevage allaitant, quelques exploitations laitières s’y sont essayées, à l’instar du Gaec des Piades, à Vézins-de-Lévézou, dans l’Aveyron. « Une solution miracle », n’hésitent pas à dire Gabrielle et Samuel Maymard, les deux associés. En 2014, ils ont déménagé leur troupeau sur une nouvelle exploitation. Les mammites cliniques ont explosé. Deux raisons principales à cela. Une machine à traire défectueuse et une aire de couchage paillée (280 m2) trop petite pour les 50 vaches à loger (5,50 m2 par vache). Si la rénovation de l’installation de traite a éliminé la première cause, l’agrandissement du bâtiment n’était pas envisageable. Pour pallier cette difficulté, Samuel Maymard ébousait tous les jours l’aire de couchage (1 heure de travail) et curait dès que la température de la litière dépassait 30 °C. Ça allait mieux, mais le travail était harassant.

 

 

Une sous-couche de plaquettes puis un peu de paille tous les jours

L’utilisation de plaquettes de bois en sous-couche de la paille a complètement changé la donne. Après plusieurs essais, courant 2015, les éleveurs ont trouvé un usage qui donne satisfaction. « Tous les mois et demi, je cure l’aire de couchage, détaille Samuel. Je laisse une couche de 5 à 6 cm pour éviter de gratter la terre battue, puis je remets 15 m3 de plaquettes, ce qui représente environ 5 cm d’épaisseur. Cela me prend en tout et pour tout une heure et quart. Ensuite, je fais un paillage quotidien (1 kg/m2). La sous-couche de plaquette assèche la litière et lui donne de la portance. » Les plaquettes ont un effet drainant. Des mesures de températures réalisées lors des premiers essais ont montré qu’elles n’excédaient jamais 25 °C. La litière n’est certainement pas la seule explication, mais les mammites cliniques sont devenues de plus en plus rares : 24 en 2016, 10 en 2017, 3 en 2018. « Elles ne sont jamais graves », précise l’éleveur.

Uniquement de la plaquette pour les génisses

Tous les animaux sont logés sur litière de plaquettes. Pour les deux lots de génisses (jusqu’à l’IA pour l’un, pleines pour l’autre), c’est même le seul matériau. Avant de constituer le lot, l’éleveur répand une couche épaisse de plaquettes (25 à 30 cm) et ne ramène rien d’autre jusqu’à la sortie des animaux dix à douze mois plus tard. Cette façon de faire fonctionne bien avec les jeunes génisses qui bougent beaucoup, malaxant avec leurs pieds la surface. En revanche, avec les vaches taries, le drainage était moins bon car une croûte se formait. « Il faudrait gratter la surface avec un outil à dents, explique l’éleveur. Mais je ne suis pas équipé pour cela. » Pour les taries, il rajoute donc de la paille tous les deux à trois jours. Dans les niches collectives des veaux, à l’extérieur, une sous-couche de 10 à 15 cm de plaquettes est également répandue avant un paillage généreux. « Les niches sont très saines et les veaux ne sont jamais malades », assurent Gabrielle et Samuel Maymard.

 

 

Viser un taux d’humidité de 25 %

Avec 16 hectares de céréale (seigle, blé, orge, triticale), le Gaec des Piades est désormais autonome en paille. Samuel Maymard estime économiser 100 tonnes de paille par an (soit l’équivalent de 400 m3 de bois déchiqueté) pour un coût de revient des plaquettes de 3 000 euros (hors main-d’œuvre). Le Gaec a la chance de disposer de bois à volonté provenant de l’élagage de haies, notamment des vieux frênes qui n’avaient pas été émondés depuis plusieurs décennies. La plus grosse partie de l’élagage est effectuée au lamier par une entreprise de travaux agricoles. Elle réalise ensuite le broyage avec une déchiqueteuse à couteaux munie d’un grappin d’alimentation. Les plaquettes sont stockées sous un hangar en tas pyramidal. Le séchage dure au minimum quatre mois. Il faut viser un taux d’humidité proche de 25 % pour que la litière absorbe au maximum les jus. Samuel Maymard estime à une semaine maximum le temps nécessaire pour préparer son tas annuel de plaquettes, dont une journée de broyage. Rien à voir avec le temps qu’il passait à ébouser et curer l’aire de couchage avant l'usage des plaquettes. « De ne plus ébouser, je revis ! », conclut-il.

Chiffres clés

1 m3 apparent de plaquettes (MAP)  = 250 kg de bois déchiqueté à 25 % d’humidité
1 m3 de bois réel = 2,5 MAP environ
1 tonne de plaquettes (4 MAP) absorbe autant que 1 tonne de paille (1 400 litres d’urine)
1 m2 au sol permet de stocker 3 MAP en tas

Un fumier comme les autres

Le fumier de plaquettes pur ou mélangé avec la paille ne pose aucune difficulté d’utilisation. Il est aussi riche en azote qu’un fumier pailleux et a un rapport carbone/azote très favorable à la fermentation. Son pH est compris entre 8 et 9. Il est préférable de le laisser murir avant épandage afin que les plaquettes aient le temps de se décomposer. Les fumiers issus d’essences riches en tanins (châtaignier, chêne) ou terpènes (résineux) doivent être compostés. « Ce fumier fonctionne très bien sur prairies où il est dégradé rapidement », indique l’Institut de l’élevage.

Plusieurs façons d’utiliser les plaquettes

 

 
En aire paillée, les plaquettes de bois sont le plus souvent utilisées en sous-couche (8 à 10 cm) de la paille. Autour des abreuvoirs ou derrière une marche, il est recommandé de mettre 30 cm d’épaisseur. En élevage allaitant, le premier apport de paille n’est réalisé qu’au bout de quinze jours à un mois en fonction de l’état de propreté des animaux (classe B de la grille de l’Idele). Un paillage d’entretien est réalisé tous les un à deux jours pendant toute la saison de stabulation. Des modalités applicables aux génisses laitières. Certains éleveurs, qui disposent de volumes importants de plaquettes et de la capacité de stockage nécessaire, remettent de la plaquette au lieu de la paille (7 cm à chaque fois) en suivant l’état de propreté des animaux. Il existe aussi la technique du millefeuilles, qui consiste à alterner les couches de bois déchiqueté et de paille.

 

Les plaquettes peuvent être utilisées sur une aire d’exercice couverte ou une zone de forte circulation. Elles ont un effet antidérapant. On épand une fine couche (1 cm) de plaquettes de faible diamètre (maxi 3 cm) tous les deux ou trois jours après raclage de la couche précédente. Le bois déchiqueté permet aussi de stabiliser des aires extérieures très piétinées : abords de nourrisseurs ou de râteliers, chemins d’accès aux pâtures... Au départ, il faut épandre sur le sol sec une couche de 30 à 40 cm de plaquettes de gros calibre. Quand elles ont perdu leur portance, un curage est effectué en laissant une épaisseur de 10 cm avant de remettre une nouvelle couche.

« Valoriser le bois d’élagage par la plaquette litière »

 

 

 

Pour Bernard Miquel, conseiller forêt à la chambre d’agriculture de l’Aveyron, le coût de fabrication des plaquettes est très dépendant de l’organisation du chantier. Selon le prix de la paille, il peut même être intéressant de les acheter.

Est-il intéressant d’acheter de la plaquette pour l’utiliser en litière ?

Bernard Miquel - Oui, il peut être intéressant d’acheter de la plaquette en complément de la paille, selon le prix de cette dernière. Pour une utilisation en litière, il n’est pas nécessaire d’avoir des plaquettes de qualité énergétique. La plaquette issue du bocage ou de bois blanc convient très bien. Sèche, elle est vendue entre 60 et 100 euros la tonne. Un prix à comparer avec celui d’une tonne de paille. Le but n’est pas de remplacer totalement la paille. La plaquette permet d’en économiser une partie, d’assainir les litières et d’améliorer les conditions de travail.

Quel est le coût de revient si on les produit soi-même ?

B. M. - Si on dispose d’une ressource bocagère suffisante, il est intéressant de produire ses propres plaquettes, mais le prix de revient est assez difficile à évaluer. On utilise souvent du bois d’entretien de parcelles agricoles. Plutôt que de le brûler ou de l’abandonner, il est broyé. Le coût de préparation du bois (élagage, débardage, regroupement) n’est pas un coût supplémentaire car l’entretien des parcelles devrait être fait, que le bois soit valorisé ou pas. Il est très variable selon les conditions de chantier et le type de bois (branchages ou arbres entiers). Des élagueurs coupeurs montés sur pelle mécanique permettent de gagner du temps et de travailler en toute sécurité, pour un coût de 100 euros de l’heure. En deux heures de broyage, on peut préparer 150 m3 de bois. Le coût de broyage se situe entre 300  et 400 euros de l’heure de rotor. Mais le débit peut varier de 20 à 80 m3 par heure de broyage selon l’organisation du chantier et le calibre du bois. Le coût du broyage peut donc aller de 20 à 80 euros par tonne de plaquettes. Si les éleveurs allaitants peuvent utiliser une stabulation non occupée pour sécher et stocker les plaquettes, en élevage laitier il faut prévoir un stockage spécifique. S’il doit être créé, cela génère un coût supplémentaire. Il est préférable d’avoir deux stalles, l’une pour les plaquettes sèches, l’autre pour les plaquettes en cours de séchage. Utiliser le bois bocager pour la litière présente aussi un intérêt environnemental et agronomique : on ramène la matière nutritionnelle exportée par les arbres sur la parcelle.

Coté web

Le projet de recherche Arbele (utilisation du bois dans les exploitations d’élevage herbivore) a recueilli des données sur l’utilisation de la plaquette bois en litière auprès d’exploitations du Massif central. Une fiche technique et des témoignages (élevages allaitants principalement) à retrouver sur www.idele.fr

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Lait.

Les plus lus

Vignette
Le prix du lait d'avril-mai de Lactalis insatisfaisant
Lactalis a annoncé un prix du lait de base de 341 €/1000 l en 41-33 en moyenne nationale, pour les mois d'avril et mai 2019. L'…
Vignette
" Nous optimisons le pâturage avec du topping "
Partisans du pâturage tournant dynamique, Pascal et Kévin Brodu pratiquent depuis deux ans le « topping », une fauche avant…
Vignette
Prix du lait en mars 2019 : 334 €/1000 litres de moyenne en Europe
Le prix du lait de mars 2019 affiche une relative stabilité dans l'Union européenne par rapport aux douze derniers mois.
Vignette
Avec Franck Gaudin, nutritionniste: comment on booste la production laitière aux USA
Nutritionniste aux États-Unis, Franck Gaudin a fait part de ses préconisations pour gérer des systèmes à haut niveau de…
Vignette
L'Inra de Lusignan sécurise un système très pâturant
La diversification des ressources est au coeur du système de la station de l'Inra de Lusignan, dans la Vienne. Pour résister aux…
Vignette
Tous les débouchés du veau nourrisson sont en difficulté
Veau de boucherie, jeunes bovins, exportations vers l’Espagne : les marchés du veau nourrisson sont tous malmenés en même temps.…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8.20€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière