De premiers index européens en prim'Holstein attendus pour 2028
Fruit d’une dizaine d’années de réflexion, le projet d’indexation bovine européenne démarre. Les premiers index élémentaires seront calculés pour la prim’Holstein, puis viendront d’autres races.
Ça y est, le projet d’indexation bovine européenne (EBE) est lancé. Il rassemble neuf pays : France, Belgique, Danemark, Suède, Finlande, Norvège, Allemagne, Autriche et Luxembourg.
En France, c’est Eliance qui pilote le projet. Les acteurs de la génétique bovine avaient jusqu’au 31 décembre 2025 pour rallier le navire en tant que membres fondateurs. « Il sera toujours possible de nous rejoindre ultérieurement, à d’autres conditions », explique Cyril Cabrol, directeur d’Eliance. L’objectif du projet, en réflexion depuis une dizaine d’années, est de mettre en commun les données génétiques nationales des populations de référence de différentes races pour obtenir des index élémentaires européens. Les index de synthèse resteront calculés par les centres d’indexation de chaque pays.
« Nous commencerons par la race prim’Holstein, pour laquelle nous espérons avoir les premiers index de production laitière, fertilité ou encore longévité, dans deux ou trois ans », précise Cyril Cabrol. Suivront d’autres races comme la Brune ou la jersiaise. « Le projet pourra s’ouvrir aux races allaitantes et à d’autres espèces, les caprins nous ont déjà rejoints même si l’indexation européenne en chèvre ne se fera pas avant plusieurs années », ajoute le directeur d’Eliance.
Rivaliser avec les États-Unis
Les index européens devraient permettre une meilleure lisibilité à l’export. « Chaque pays a une méthodologie différente pour le calcul, et les taureaux sont difficilement comparables, explique Laurent Schibler, directeur développement et stratégie de Gènes Diffusion. Le taureau classé premier en production laitière en France peut se retrouver dixième aux Pays-Bas et trentième en Allemagne. Cela nous dessert à l’export et discrédite globalement les indexations européennes. »
« Un index européen, avec une population de référence plus large, nous permettrait de rivaliser avec l’index américain (TPI) qui fait toujours office de standard mondial, et de faire valoir la sélection génétique européenne à l’international », ajoute Cyril Cabrol.
L’enjeu est donc de taille pour les entreprises de sélection (ES), qui voient dans ce projet une façon d’augmenter leurs marchés d’export. « Sélectionner un taureau revient cher, si les ES les rentabilisent mieux à l’export, cela pourrait réduire le coût pour les éleveurs français, diversifier le catalogue », avance le directeur d’Eliance. Les éleveurs pourraient également choisir plus facilement des taureaux d’autres pays européens.
Ouvrir des perspectives de recherche
« L’EBE représente une opportunité de stimuler la coopération européenne en matière de recherche, estime Laurent Schibler. Nous pourrons par exemple accélérer la découverte des anomalies génétiques ou aborder de nouveaux thèmes, comme les interactions génétique X milieu, pour proposer différents classements, en fonction du système de production. »
Les compétences requises pour le calcul des index étant rares, mutualiser certaines tâches de routine pourrait libérer du temps aux équipes de chaque pays pour déployer des innovations. « Actuellement, en France, entre la fin des recherches sur un sujet, et le moment où les résultats sont déployés, il se passe entre trois et cinq ans. Nous espérons réduire ce délai à dix-huit mois », indique Laurent Schibler.
Les porteurs du projet espèrent également réaliser des économies d’échelle sur les investissements matériels. « Il y a de plus en plus de données génétiques, de générations, les stocker et les sécuriser demande des infrastructures de plus en plus importantes. Cela a un coût, qui sera mutualisé au niveau européen », avance Cyril Cabrol.
Mais des craintes subsistent...
Malgré l’enthousiasme de certains acteurs de la génétique, des craintes subsistent autour de ce projet. « En France, nous avons des indexations sur mesure, même pour des races à petits effectifs. Certains craignent que l’indexation européenne nous fasse perdre cette finesse », soulève Laurent Schibler.
Des points techniques posent également question. « Prenons l’exemple de l’index santé des pieds. En Scandinavie, le parage du troupeau est exhaustif et lorsqu’une vache est déclarée saine par le pareur, c’est qu’il n’a effectivement pas observé de problème. En France, le pareur intervient majoritairement sur des vaches identifiées comme malades et les saines sont déduites par défaut. Consciente de ce biais, la France a développé des modèles statistiques particuliers et il faudra être vigilant pour que ce type de problématique soit correctement pris en compte dans l’indexation européenne », développe Laurent Schibler.
Certaines races ne voient pas l’intérêt de rejoindre le projet. « C’est le cas de la montbéliarde. Comme l’essentiel des animaux est en France, le parlement de la race estime qu’il n’a pas grand-chose à gagner dans un projet d’indexation européenne », ajoute Cyril Cabrol. Il existe aussi une crainte de perte de souveraineté et de poids dans la gouvernance, en se diluant dans un ensemble plus large, où le consensus sera plus difficile à atteindre. « De plus, la France n’a que deux sièges dans le comité directeur, chaque race ne pourra donc pas avoir un représentant », remarque Laurent Schibler.
Un autre frein avancé est celui de l’investissement à engager, sans visibilité. « Il y a toujours une part de risque lorsque l'on investit. Tant que le modèle économique n’est pas en place, il est possible de douter, estime Cyril Cabrol. Certains pensent que l’indexation européenne augmentera les coûts pour les éleveurs français. C’est possible, mais nous espérons à l’inverse qu’elle les fera baisser. »
Eliance crée un OS multiracial
En parallèle de l’avancée de l’EBE, Eliance crée un OS multiracial, qui démarrera avec un programme de sélection pour la race prim’Holstein. « Nos adhérents Synetics et Elitest ne se retrouvaient plus dans les directions du programme de sélection porté par l’OS prim’Holstein, et voulaient le quitter, indique Cyril Cabrol, directeur d’Eliance. Nous avons proposé de créer un OS via la fédération. Il est multiracial pour répondre à d’éventuelles autres demandes, mais nous ne ferons pas de prosélytisme. » Le dossier d’agrément sera déposé prochainement au ministère de l’Agriculture. Cette création facilitera sans doute l’intégration de la Holstein française dans l’EBE, car « il faut un accord de l’OS pour utiliser les données génétiques dans l’indexation européenne, explique Cyril Cabrol. Sans l’OS prim’Holstein, qui n’a pas souhaité rejoindre le projet dans les conditions proposées aux membres fondateurs, seules les données de l’OS Gènes Diffusion seraient remontées dans l’EBE ».
À retenir
10 structures sont membres du contrat de partenariat Eliance - EBE : Auriva, AWE, BGS, Capgènes, Charolais univers, Eliance, Elitest, Gènes Diffusion, Origen Normande, Synetics.