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Fourrage : Cinq critères clés pour décrypter votre analyse de fourrages

MS, MAT, PDI, NDF, ADF… les bilans d’analyses de fourrages ne sont pas toujours simples à déchiffrer et pourtant ils sont primordiaux pour bien composer la ration des vaches laitières. Voici les cinq critères majeurs pour bien les comprendre. 

<em class="placeholder">carotteuse à fourrages; analyse de fourrages</em>
Une carotteuse à fourrages, fixée sur une perceuse, permet d'échantillonner facilement en profondeur.
© Eva Garre


 

La matière sèche, porte d’entrée de l’analyse de fourrage 

« La matière sèche (MS) indique ce qui reste de l’échantillon une fois toute l’eau enlevée par séchage dans un four de laboratoire », explique Éva Garre, conseillère indépendante en élevage laitier. « Elle conditionne l’ingestion et la stabilité du silo dans le temps. C’est la porte d’entrée de l’analyse », ajoute Julien Gaultier, responsable technique ruminant chez Terrena. En effet, si la teneur en matière sèche est trop faible, le silo risque de ne pas bien se conserver, et de générer des pertes par les jus. Si la teneur est trop haute, le silo sera plus sensible à l’échauffement. Le fourrage sera alors plus lignifié, moins appétent pour les vaches laitières, et son ingestion diminuera. « Or, le bon fourrage, c’est un fourrage qui est mangé », rappelle l’expert. Pour un ensilage de maïs, on visera une teneur en matière sèche de 32 %, pour un ensilage d’herbe autour de 35 %. 

 

Les fibres, structure du fourrage et de la ration 

dNDF : des fibres qui pilotent l’ingestion et la rumination 

« Les fibres vont permettre de structurer la ration, de stimuler la rumination », explique Éva Garre. Il existe plusieurs types de fibres, selon leur niveau de digestibilité. La teneur en NDF (neutral detergent fiber ou fibres insolubles dans les détergents neutres), représente la teneur en fibre totale. « Elle pilote l’ingestion par les vaches et le remplissage du rumen », selon Julien Gaultier. Plus la teneur en NDF sera élevée, plus l’encombrement du rumen sera important. « En ensilage de maïs, la valeur attendue se situe entre 40 et 43 % de la MS. En ensilage d’herbe, entre 40 et 47 % », précise Éva Garre. L’analyse de fourrages rapporte aussi la digestibilité de la NDF, appelée dNDF, qui correspond à la fraction de la NDF qui est digérée dans le rumen après un séjour de trente heures. 

ADF et ADL : des fibres moins digestibles à surveiller 

Outre la teneur totale en fibres, l’analyse de fourrages fait apparaître la teneur en fibres moins digestibles, ou complètement indigestibles. Il s’agit de l’ADF (acid detergent fiber ou fibre insoluble dans un détergent acide) et de l’ADL (acide detergent lignin). « L’ADF représente la cellulose et la lignine. Plus cette valeur est élevée, plus la digestibilité du fourrage baisse », explique Éva Garre. « Ces fibres moins digestibles peuvent tout de même être intéressantes dans une certaine mesure pour mieux maîtriser les situations de subacidose et d’acidose », ajoute Julien Gaultier. L’ADL, elle, représente la lignine, très peu digestible. « Ces fibres-là ne sont pas intéressantes. La valeur attendue en ensilage de maïs est de 2,8 à 3,7 % de la MS », estime la conseillère. 

 

L’amidon, indicateur de la valeur énergétique du fourrage 

« L’amidon est un sucre complexe, qui renseigne sur la valeur énergétique du fourrage », indique Éva Garre. Pour un ensilage de maïs, la teneur en amidon cible est de 30 à 40 % de la MS. Mais au-delà de la quantité d’amidon, il est important de connaître sa digestibilité (dMO), qui devrait être « autour de 70 % » selon la conseillère. Une valeur trop basse pose des problèmes de valorisation de l’amidon par les vaches, mais une valeur trop haute peut poser des problèmes d’acidose. En effet, cela signifie un fort pourcentage d’amidon dégradable dans le rumen, plus acidogène que l’amidon by-pass digéré dans l’intestin. « Attention, l’amidon est sensible au stockage et se dégrade dans le temps, expose Julien Gaultier. Il devient plus accessible aux bactéries du rumen, plus acidogène. Au bout de quatre mois, il ressemble plus à l’amidon des céréales à paille. » 

 

Les protéines, pour économiser du correcteur azoté 

La MAT du fourrage, teneur totale en protéines  

Les protéines sont représentées par les valeurs de MAT et de PDI dans une analyse de fourrages. La MAT (matière azotée totale) est la teneur en azote totale du fourrage. « Elle est surtout intéressante à regarder en ensilage d’herbe, indique Éva Garre. Plus cette teneur est élevée, mieux c’est. Cela permet d’économiser du correcteur azoté dans la ration des vaches laitières. » La conseillère considère qu’un taux de 15 % de MAT est correct, et qu’au-dessus de 17 %, « cela devient très intéressant ». 

Les PDI du fourrage, des protéines digestibles bien valorisées 

Les PDI sont les protéines digestibles dans l’intestin, quand l’énergie ou l’azote sont limitants, les PDIA sont l’équivalent du by-pass pour l’amidon. « Dans le rumen, il y a une fermentation, il y a donc des pertes. Les protéines digérées dans l’intestin sont mieux assimilées », explique Éva Garre. Comme pour l’amidon, le stockage joue sur les protéines. « La fermentation solubilise l’azote et augmente la fraction ammoniacale. On perd des protéines utilisables par la vache », indique Julien Gaultier. 

 

Les minéraux, pour mieux équilibrer la ration des vaches laitières 

« Il faut demander la minéralisation totale au laboratoire d’analyse », s’accordent Éva Garre et Julien Gaultier. En effet, souvent, les laboratoires n’affichent que peu de minéraux sur leurs rapports. « Pourtant, en tout cas en analyse infrarouge, ils disposent des données, et cela ne coûte pas plus cher », précise la conseillère. « Les teneurs en minéraux des fourrages sont très variables selon le type de sol et les conditions climatiques, ajoute Julien Gaultier. Connaître la minéralisation totale est très utile pour équilibrer la ration des vaches. Cela peut permettre de faire des économies ou de mieux complémenter. » 

 

Réaliser des analyses de fourrage régulières 

La composition des fourrages varie dans le temps, Julien Gaultier préconise donc de réaliser des analyses très fréquentes, « toutes les six à huit semaines » pour optimiser au mieux la ration. « C’est vrai que ce serait l’idéal, mais réaliser une analyse à chaque ouverture de silo me paraît déjà bien », tempère Éva Garre. 

 

Choisir le type d’analyse selon le type de fourrage 

« Selon le fourrage à analyser, on ne choisira pas le même type d’analyse, chimique ou infrarouge (NIR) », explique Éva Garre. L’analyse infrarouge est peu coûteuse, entre 30 et 50 €, et rapide, avec des résultats obtenus dans les sept à dix jours. En revanche, « comme elle fonctionne en comparant le fourrage analysé aux résultats de fourrages similaires, elle n’est vraiment fiable que pour des fourrages bien connus, comme l’ensilage de maïs ou le foin de prairie », ajoute la conseillère. Ainsi, si on veut analyser un méteil, un ensilage de betterave ou même un ensilage d’herbe comprenant « une part variable de trèfle, de fétuque, de ray-grass », il vaudra mieux une analyse chimique. « Par contre, elle se révèle plus chère, entre 70 et 90 euros, et plus longue à obtenir, entre dix et quinze jours. »

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