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[Changement climatique] Le maïs n’a pas dit son dernier mot

Le maïs a des atouts par rapport au changement climatique, notamment un potentiel de rendement en augmentation. 

Les stomates des feuilles se referment d'autant plus vite et la photosynthèse est d'autant plus efficiente que la concentration en CO2 augmente.  © A. Conté
Les stomates des feuilles se referment d'autant plus vite et la photosynthèse est d'autant plus efficiente que la concentration en CO2 augmente.
© A. Conté

Avec une surface de 1,4 million d’hectares, stable depuis plus de vingt ans, le maïs fourrage est un pilier des systèmes laitiers français. Sur cette période, grâce au progrès génétique, Arvalis estime le gain de rendement à 3 tMS/ha. Le maïs se comporterait plutôt favorablement par rapport au changement climatique, avec une température optimale allant jusqu’à 30-35 °C. « Sa caractéristique est d’être une plante en C4 comme le sorgho, ou la canne à sucre, souligne Michel Moquet, Arvalis région Ouest. Le maïs est naturellement efficient par rapport au rendement de la photosynthèse, et perd peu d’eau par photorespiration. » Or les stomates des feuilles se referment d’autant plus vite et la photosynthèse est d’autant plus efficiente que la concentration en CO2 augmente. Il en résulte, à condition hydrique égale, une augmentation du rendement. « Cet effet CO2 est un effet positif du changement climatique, particulièrement important chez les plantes en C4. »

Cette capacité du maïs à limiter les pertes par photorespiration lui permet par ailleurs de bien valoriser une irrigation d’appoint, avec deux ou trois apports de 10 mm d’eau. « D’après vingt-cinq années de suivi sur la ferme expérimentale de la Jaillère, en Loire-Atlantique, en zone séchante, le gain de rendement est de 400 kilos de matière sèche pour 10 mm d’eau apportés. »

Plus d'un groupe de précocité gagné

L’itinéraire technique du maïs s’est déjà adapté à l’évolution climatique. On a gagné entre 75 à 100 °C en base 6 pour la culture du maïs, soit plus d’un groupe de précocité (75 °C) entre les vingt dernières années et les vingt années précédentes (1977-1997). Cela se traduit par le semis de variétés plus tardives à date équivalente ou un semis un peu plus précoce, et une augmentation de potentiel de rendement. Les essais de l’institut technique montrent toutefois qu’une date de semis plus précoce génère un maïs plus trapu avec plus de grains, mais moins de tige et feuilles : l’optimum de date de semis n’est donc pas tout à fait le même pour du maïs grain ou du maïs fourrage.

Reste qu'une part importante du maïs est récoltée trop tardivement, au-delà de 35 %MS, ce qui fait chuter sa valeur alimentaire. Et qu'un déficit hydrique aux périodes sensibles peut conduire à des rendements catastrophiques, on l’a vu ces dernières années : avortement des grains lors d’un manque d’eau à la floraison ou dans les trois semaines qui suivent, diminution du remplissage des grains et dessèchement précoce des feuilles et tige si le déficit se produit au cours de la phase de remplissage.

Attention au tassement et aux conditions de ressuyage pour les interventions en TCS, pour permettre aux racines de descendre en profondeur pour aller chercher l’humidité.

Avis d'expert : Émilie Turmeau, conseillère Elvup

« Plutôt favorable au maïs dans l’Orne »

 

 
Émilie Turmeau, conseillère Elvup. © F. Mechekour
« Selon des modélisations, durant les vingt prochaines années dans l’Orne, le changement climatique aura un impact plutôt favorable au maïs et défavorable aux prairies en particuliers à base de ray-grass anglais (RGA) ou d’espèces habituellement adaptées à un sol sain ou humide comme la fétuque des prés ou la fléole. Le RGA est en effet impacté à la fois par les fortes températures et la sécheresse, alors que le maïs est surtout sensible au manque d’eau autour de la floraison. En moyenne, les rendements en maïs pourraient même augmenter dans l’Orne. Mais ils seront également plus variables d’une année sur l’autre en fonction des conditions climatiques. En 2020, nous avons constaté des variations de rendements liées à la fois aux pratiques des éleveurs (semis trop tardifs …) et au climat. Avec des conditions similaires, certains éleveurs s’en sont mieux tirés que d’autres. Le maïs s’en sortira mieux que le RGA à condition d’adapter l’itinéraire technique du précédent et du maïs. Il faudra pouvoir semer le maïs plus tôt (autour du 10-20 avril) et utiliser des variétés plus tardives : indice de 260 à 320 selon les secteurs contre 230 à 280 actuellement. Il est possible d’augmenter le rendement de 2 tMS/ha rien qu’en améliorant l’itinéraire technique. Mais les modélisations montrent aussi que si rien ne change, d’ici soixante-dix ans, le maïs sera également très impacté. »

 

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