«J'élève mes dindes dans d’anciens bâtiments porcins »
Jérémy Fillon a réhabilité à moindre coût ses deux bâtiments porcins pour accueillir de la dinde avec jardin d’hiver.
Jérémy Fillon a réhabilité à moindre coût ses deux bâtiments porcins pour accueillir de la dinde avec jardin d’hiver.
Il est difficile d’imaginer que des porcs se prélassaient sur le sol paillé alors qu’aujourd’hui, ce sont des dindes qui y font leur bain de poussière. En avril 2026, Jérémy Fillon a transféré en toute confiance son deuxième lot de dindes dans ses anciens bâtiments de porcs. Pour son premier lot, sans accès aux jardins d’hiver, l’éleveur a obtenu des bons résultats, soit une marge PA de 34,60 euros par m². « À la réception de mes résultats, je me suis dit que je ne m’étais pas trompé. »
En tout, ce sont 1 000 m² de bâtiments qui ont été transformés pour accueillir des volailles. Conduits en système Brood and Move ses deux bâtiments anciennement porcs sont uniquement destinés à l’engraissement des dindes. Celles-ci sont démarrées en poussinière. Une partie d’entre elles est transférée à 29 jours, et le lot est réparti dans trois bâtiments pour l’engraissement.
De l’autoconstruction et des achats d’occasion
Avec un début des travaux en septembre 2025, le premier lot est transféré dès novembre 2025. L’autoconstruction et l’achat de matériels d’occasions ont permis de minimiser le coût de la transformation. « Nous avons tout fait de notre main, de A à Z. » Au total, près de 60 000 euros ont été investis. Ses bâtiments sont équipés de chaînes d’alimentation achetées d’occasion, ainsi que d’abreuvoirs en cloche et de chaînes de pipettes récupérés dans ses stocks. Pour le chauffage, ce sont des canons à gaz, également achetés d’occasion qui sont installés, tandis que l’éclairage déjà présent dans le bâtiment est conservé. L’isolation, en panneaux sandwichs de mousse de polyuréthane, a nécessité un mois de travaux. Elle a été installée par son salarié et un de ses collègues, pour un coût de 20 000 euros pour les deux bâtiments. Jérémy Fillon a cependant fait intervenir une entreprise pour l’électricité et le gaz, pour un coût de 14 000 euros. Enfin, des boîtiers de régulation pilotables à distance ont été installés, également acquis d’occasion.
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Une transformation pour 60 €/m²
Le petit bâtiment de 262m², préalablement dédié aux porcs en post-sevrage et préengraissement, accueille aujourd’hui 918 dindons qui profitent de l’espace avec le jardin d’hiver de 75m² construit au mois d’avril 2026. « Pour le premier lot, ce sont des femelles qui avaient été transférées dans le petit bâtiment. Sur ce second lot, ce sont des mâles. Avec le jardin d’hiver en plus, je pense que la marge PA devrait s’améliorer. Cela étant, chaque lot est différent. » Des échangeurs d’air, récupérés sur un autre bâtiment dont la ventilation a été modifiée, ont également été installés.
Le deuxième bâtiment de 740m², accueillait les porcs à l’engraissement. « Tout a été cassé à l’intérieur, il y avait huit cases dans le bâtiment. » Une partie des murs a tout de même été conservée, supportant la charpente en bois. « Je trouve que la présence de bois rend le bâtiment agréable », observe l’éleveur. Actuellement, le bâtiment est divisé en deux parcs, l’un de femelles, et l’autre de mâles, accueillant respectivement 3 319 et 2 620 animaux, pour une densité de 7,5 animaux au m².
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Des travaux encore nécessaires
Si le lot actuel a accès au jardin d’hiver dans le petit bâtiment, ce n’est pas encore le cas dans le plus grand. Avec les trappes déjà installées, la construction du jardin d’hiver est prévue au courant de l’année, et sera réalisée par une entreprise. De plus, l’installation d’échangeurs d’air et l’isolation d’un côté du bâtiment sont également prévues.
« Il y a déjà suffisamment de bâtiments existants : les utiliser, c’est autant écologique qu’économique »
Un objectif atteint
Jérémy Fillon observe très peu de changement entre la conduite d’élevage d’un bâtiment conçu pour de la dinde à celle d’un bâtiment transformé. « Je n’y fais que du transfert, il n’y a donc pas de démarrage et les lots sont faciles à gérer. Cela laisse plus de temps pour le nettoyer lors du vide. » Satisfait de ses bâtiments, il ne regrette pas de les avoir transformés. « Il y a déjà suffisamment de bâtiments existants : les utiliser, c’est aussi écologique qu’économique. »
FICHE ÉLEVAGE :
Jérémy Fillon à Forges de Lanouée (Morbihan)
6 500 m² de poulaillers (hors jardin d’hiver)
3 bâtiments de poulets (60 000 places)
4 bâtiments de dindes (27 000 places)
32 hectares de SAU
Une rentabilité retrouvée en dinde
En 2021, Jérémy Fillon avait fait le choix d’arrêter la production de dindes pour consacrer l’ensemble de ses 5 500 m² de poulaillers au poulet. « Je pensais qu’économiquement, ce serait plus intéressant ». La même année, il a également développé un atelier de 250 places de porcs bio à l’engraissement. Mais la conjoncture du marché n’a pas joué en sa faveur. Après un passage en porc fermier Label rouge, il décide finalement de mettre un terme à cette activité en 2025. « Au niveau de la rémunération, cela payait tout juste l’emprunt », confie l’éleveur. Alors que le marché de la dinde s’est stabilisé ces dernières années, Jérémy Fillon a choisi de retrouver cette production. « La marge brute en porc revient quasiment à la marge nette en dinde », résume l’éleveur.
L’innovation au service du transfert
Pour transférer ses dindes, Jérémy Fillon utilise deux méthodes innovantes, lui permettant d’optimiser son temps. Lauréat du premier prix du concours Trucs et astuces dans la catégorie Volailles des chambres d’agriculture de Bretagne en 2021 pour son caisson de transfert, Jérémy Fillon a modifié son caisson originel pour l’adapter à l’entrée de ses bâtiments réhabilités, passant de 3x3m à 3x1,5m, avec une capacité de 288 animaux. La configuration de son parc de bâtiments a également permis une innovation : les dindes glissent d’un bâtiment à l’autre via un tuyau ecobox, installé entre la poussinière et l’un des bâtiments de transfert.
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