« Je gagne une heure avec la cabane landaise connectée pour élever mes poulets Label rouge»
Dans les Landes, trois cabanes connectées sont testées chez Mathieu Labarthe pour diminuer l’astreinte en volailles Label rouge.
Dans les Landes, trois cabanes connectées sont testées chez Mathieu Labarthe pour diminuer l’astreinte en volailles Label rouge.
Jeune éleveur de volailles installé depuis cinq ans avec un associé et un salarié, Mathieu Labarthe veut rationaliser son temps de travail. Entre les 27 cabanes landaises mobiles, ou « marensines », et les 140 hectares de cultures (dont 11 hectares d’asperges), le temps est compté. Aussi, avec sa coopérative Maïsadour, il teste l’automatisation de trois de ses poulaillers, appelés « cabane connectée », depuis plus d’un an. Outre l’automatisation de la ventilation, de la lumière et des trappes, viendra se greffer un chien robot mis au point grâce à l’intelligence artificielle. En phase de développement, le concept pourrait être opérationnel d’ici 2026-2027 améliorant les conditions de travail des éleveurs et favorisant la transmission des exploitations.
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Un élevage exigeant en main-d’œuvre
Dans chaque cabane de 60 m² réparties en deux sites, sont élevés 1 000 poulets fermiers Label rouge sur une durée de 81 jours minimum, sans raccordement électrique. Entourés par des forêts de pins, les poulets évoluent en toute liberté. Trois bandes de 27 000 poulets sont produits par an, ainsi que 10 000 pintades et 6 000 chapons. Mais sans électricité, tout est réalisé manuellement : l’ouverture des volets de ventilation ; les deux trappes de sortie des poulets et la distribution de l’aliment dans les 16 trémies. « Notre travail s’adapte selon le stade des animaux et la météo. Idéalement, il faut 3 à 4 passages par jour et par cabane pour une bonne surveillance, notamment au démarrage », partage l’éleveur qui traque le moindre gain de temps. À partir de six semaines, les poulets accèdent à l’extérieur. « Pour gagner du temps les six premières semaines, j’ouvre les volets dès le matin avec des cabanes en surventilation. J’économise du temps passé et la croissance des poulets n’est pas affectée. »
Trois cabanes connectées en test
Dans les trois cabanes prototypes, conçues avec Élevage Services, filiale de Maïsadour, les équipements se composent de deux sondes pour la température, deux moteurs pour la ventilation latérale et un moteur pour l’ouverture des deux trappes de sortie des animaux. Un boîtier de régulation pilote le système relié à un régulateur de charge pour la transformation du courant continu en courant alternatif produit par un panneau photovoltaïque de 180 W. Des batteries de stockage et de secours sécurisent le système. Enfin un boitier de connexion envoie les informations sur le Smartphone de l’éleveur. Une à deux fois par semaine, celui-ci entre les consignes de température suivant l’âge des animaux dans chacune des trois cabanes en test. « Ce système me permet d’économiser deux passages par jour. Sur deux à trois heures de surveillance, je gagne une heure par jour avec les cabanes connectées », indique Mathieu Labarthe.
Mais si le système fonctionne, le frein au développement est son coût. « Le prix d’une cabane conventionnelle s’élève à 12 500 euros auquel s’ajoutent 5 000 euros d’équipements. Le coût de production passe de 60 à 70 centimes par tête. Soit 10 centimes par tête d’automatisation. Le modèle économique ne passe pas », regrettent Mathieu Labarthe et Cédric Saint-Germain d’Élevage Services. D’autres matériels, fiables et moins coûteux sont recherchés et testés ainsi que l’ajout d’une batterie plus robuste qui permettrait d’introduire la chaîne d’alimentation. Chez Élevage Services à Saint-Sever, dans les Landes, « nous espérons proposer une solution commercialement intéressante dans les 18 prochains mois », conclut le directeur Laurent Audoin.
Mathieu Labarthe, éleveur landais de poulets
« La façon de travailler des jeunes éleveurs a changé »
« Avec les cabanes, un jeune peut démarrer facilement, et progressivement s’agrandir. S’installer avec huit cabanes, un tracteur et une distributrice d’aliment représente environ un investissement de 100 000 euros. Sur le site de 12 hectares, je loue à un GFA(1) forestier le sol sous les bâtiments. À l’inverse, il faut y consacrer du temps. Avant nous avions des exploitations familiales avec une main-d’œuvre nombreuse mais le mode de vie a changé. Maintenant il faut faire plus de volume, avec moins de main-d’œuvre et un risque technique plus important. »