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« Je consolide mes grandes cultures avec du poulet »

À Courson-les-Carrières près d’Auxerre, Gildas André fait partie de la nouvelle génération des jeunes agriculteurs qui voient dans le poulet une opportunité de diversification.

<em class="placeholder">Gildas André : « Maintenant que j’ai du recul, je me verrais bien comme éleveur à temps plein avec quatre poulaillers, quitte à lâcher les cultures. »</em>
Gildas André : « Maintenant que j’ai du recul, je me verrais bien comme éleveur à temps plein avec quatre poulaillers, quitte à lâcher les cultures. »
© P. Le Douarin

« Quand je me suis installé en 2016 à la suite de mon père, je me suis dit que de l’élevage reviendrait un jour sur l’exploitation céréalière, rembobine Gildas André. Ici, la grande culture marche moins bien sans animaux. »

Lire aussi : Installation en Beauce : « Je me suis diversifié dans le poulet Label rouge »

Au lieu des vaches laitières – arrêtées par son père en 1990 – en 2019 Gildas a choisi le poulet plutôt que l’œuf de consommation. « L’œuf est plus chronophage et je ne voulais pas surcharger mon temps de travail au détriment de ma famille. » Gildas André était déjà très occupé par ses 264 hectares de grandes cultures en propre, plus les 80 à 100 hectares travaillés en ETA, plus les 400 hectares de contrat de battage, menés avec un apprenti ainsi qu’un saisonnier pour des missions ponctuelles, surtout l’été.

Anticiper les difficultés d’installation en volailles

Renseignements pris auprès d’aviculteurs, l’activité volaille de chair lui paraissait rentable et le temps de travail raisonnable. « J’ai demandé des devis et j’ai signé en septembre 2019. » Il a opté pour un poulailler à ventilation dynamique Colorado (Sérupa) de 1 350 m² de surface d’élevage (avec sol bétonné), afin d’éviter une enquête publique. « J’ai aussi pris la précaution d’aller parler de mon projet avec le voisinage. »

Cette bourgade rurale d’un peu moins de mille habitants se trouve à une vingtaine de kilomètres d’Auxerre. « Personne ne s’est déclaré contre. J’ai pris soin d’implanter le poulailler à l’écart des habitations, malgré les 35 000 euros du surcoût des raccordements, de manière que personne ne soit gêné par d’éventuelles odeurs. Et j’ai bien sûr invité le village à le découvrir. »

Les travaux ont démarré en octobre 2021 et les premiers poussins sont arrivés le 3 mars 2022.

Optimiser le temps de travail en élevage de volailles

« Je n’y connaissais rien, mais j’ai été bien entouré par Christian, le technicien de Duc, et par Axelle, ma vétérinaire. Ils m’ont beaucoup appris, notamment sur la maîtrise de la ventilation. Deux ans et demi après, je suis plus serein, même si j’ai été confronté à des soucis sanitaires en 2023 (4 lots touchés par E. Cecorum). » Il l’a résolu en renforçant le traitement de l’eau. « Je maîtrise de mieux en mieux, tout en veillant à optimiser le temps de présence dans le poulailler. »

C’est ainsi que Gildas André a fait le choix de ne pas repailler en cours de lot. « Jusqu’à maintenant j’utilisais ma paille broyée, mais fin septembre 2024 l’incendie de tout mon stock de paille et de ma pailleuse, m’a obligé à passer au granulé de paille. »

L’éleveur apprécie énormément le suivi à distance des paramètres de l’élevage. Quand tout va bien, il y passe 30 minutes par jour (hors démarrage et pannes) et 7 heures quotidiennes durant les trois jours de préparation après le départ des poulets, le lavage étant externalisé. « En revanche, entre mi-décembre et mi-janvier, je m’accorde un mois sans poulet pour être en famille. »

Veiller à tous les coûts de production en volailles

Au rythme de 7 lots par an, Gildas élève environ 28 500 poulets Ross 308, avec un desserrage d’environ 8 000 poulets qui est réalisé aux alentours des 2 kg vers l’âge de 35 jours. Le solde de poulets est enlevé aux alentours des 2,7 kg vers 42 jours. L’indice de consommation (IC) est légèrement au-dessus de 1,6. Il a rarement produit de poulet Bien-être animal – équivalent du cahier des charges European chicken commitment –. Dans ce cas, l’effectif tombe à 22 000 pour se conformer à 30 kg de poids par mètre carré au maximum.

Gildas André bénéficie d’un contrat d’intégration habituel, avec une rémunération liée aux tonnages de vif et d’aliment consommé. « En 2023 et 2024, j’arrive à environ 13,50 euros de marge poussin-aliment par mètre carré et par lot, en intégrant 1,50 euro de la prime pour l’investissement. »

Gildas a fait en sorte de minimiser ses charges fixes : pailleuse achetée d’occasion, télescopique de la Cuma pour le curage, cuve de traitement arboricole recyclée pour la désinfection. Après avoir enlevé ses charges variables (frais vétérinaires, gaz, main-d’œuvre extérieure), il tire un excédent brut d’exploitation de l’ordre de 38 euros par mètre carré. En 2023, sa comptabilité fait état d’un bénéfice de 17 000 euros (12,60 euros par mètre carré), auquel il faudrait ajouter la valorisation agronomique des 350 tonnes de matière organique. Celle-ci n’était pas comptée tant que la paille de l’exploitation n’était pas incluse dans les achats. Compte tenu du temps passé, Gildas est très satisfait de cet ajout de presque un Smic net. Au point que ce bâtiment pourrait avoir un jumeau dans les prochaines années. « Oui, c’est tout à fait envisageable », acquiesce l’éleveur.

 

Un investissement au bon moment dans un atelier volaille

 

 
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Un poulailler Sérupa (assiettes Roxell, pipettes Lubing) de 1 350 m² à ventilation transversale, bien différent du tunnel Duc historique qui n’est plus adapté au poulet Ross. Pour son investissement, Gildas André a bénéficié des conditions commerciales d’avant la Covid et d’avant la guerre en Ukraine. © P. Le Douarin

Tout compris, la construction du poulailler de Gildas André est revenue à 432 000 euros (320 euros par mètre carré d’élevage). « Mes six années d’expérience dans les travaux publics m’ont permis de limiter les coûts de terrassement à 6 000 euros. » Mais surtout, estime l’éleveur, « j’ai eu la chance de me décider au bon moment, avant la flambée des taux d’intérêt et des coûts de construction ».

Gildas avait 10 000 euros d’autofinancement qu’il a complété par un prêt à long terme de 360 000 euros (1,1 % sur quinze ans) et un court terme de 60 000 euros. Celui-ci correspond aux 60 000 euros d’aides PCAE de la région (deuxième pilier de la PAC). Gildas a aussi reçu 40 000 euros d’aide de Duc qui ont été injectés dans la trésorerie. Pendant quinze années, Gildas va rembourser 28 000 euros pour le bâtiment (20,70 euros le mètre carré).

 

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