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« J’ai tenu 30 ans. Aujourd’hui, j’arrête » : Cyrille, éleveur caprin, quitte le monde agricole

Installé depuis 1995, Cyrille Vignais, éleveur dans le Maine-et-Loire, tourne une page. Après trois décennies de travail agricole et dix-huit ans consacrés aux chèvres, il passe la main. Un choix difficile mais assumé à 52 ans, après un burn-out, un accident, et une perte de sens dans son métier.

<em class="placeholder">Cyrille Vignais, éleveur de chèvres, au Salon de l&#039;agriculture 2025</em>
Cyrille Vignais : « Je me suis retrouvé seul face à mes animaux du jour au lendemain. »
© D. Hardy

À 52 ans, Cyrille Vignais a derrière lui une vie professionnelle déjà dense. Installé en 1995 dans le Maine-et-Loire, il débute avec des vaches laitières et des volailles, un double atelier qu’il mènera pendant quinze ans. En 2007, changement de cap : il se tourne vers l’élevage caprin avec transformation fromagère pour une partie du lait, tout en continuant la volaille pendant encore près de dix ans.

Mais l’équilibre est précaire. La fromagerie s’arrête fin 2022 suite à la crise Covid-19 et la ferme est mise en sauvegarde de l’activité avec étalement de la dette. Le troupeau passe de 250 à 300 chèvres, les salariés démissionnent et son épouse redevient assistante administrative trilingue. Lui, bavard et jovial, se retrouve seul face à ses animaux. « Après la dernière livraison de fromage, je n’ai plus vu que mes chèvres », déplore Cyrille, lui qui se plaisait tant à livrer ses fromages et rencontrer les clients.

Burn-out et déclic

Le 6 mai 2024, le corps dit stop et Cyrille ne peut plus avancer. Le lendemain, il compose le numéro d’Agri’Écoute (09 69 39 29 19) puis consulte une psychologue, qui l’aide à se relever et met des mots sur ce qu’il vit : c’est un burn-out. L’arrêt de la fromagerie, l’isolement, la pression financière et les incertitudes constantes du métier d’agriculteur ont eu raison de son éternel optimisme. Très vite, il prend la décision d’arrêter.

Une décision confortée en octobre 2024 par un accident du travail – un doigt sectionné par le moteur de la machine à traire. « Quand j’ai eu mon accident, je me suis dit qu’il était grand temps d’arrêter. » Depuis, il a été placé en arrêt maladie avec seulement deux doigts valides à sa main droite, une lente récupération de la mobilité et la peur d’un suraccident.

Une transmission réussie et un nouveau départ

Décidé à tourner la page, il vend son exploitation, un outil propre et fonctionnel, avec 73 hectares de bonnes terres et un atelier caprin de 360 places. Maxime, un jeune agriculteur motivé de 21 ans, épaulé par Agrial, devrait officiellement reprendre la ferme le 30 juin prochain. Le montant de la vente lui servira à éponger ses dettes : « Je pars serein sans ne rien devoir à personne. »

Aujourd’hui, Cyrille aspire à autre chose. Pour ses douze prochaines années d’activité professionnelle, il veut du temps pour lui, pour son épouse, ses trois filles et ses parents. « Avant, j’avais beau être sur place, je n’étais jamais là pour personne. » Sa prochaine activité ? Peut-être la livraison de petits colis ou la cuisine. En tout cas, un métier sans trop de prise de tête ni de paperasserie. « On m’a proposé des activités dans le conseil ou la technique agricole mais j’ai refusé. Je ne veux pas revivre mon burn-out à travers les yeux des autres. »

Fier de son parcours, Cyrille assume son choix. « Il n’y a pas de honte à arrêter. Je suis la sixième génération d’agriculteur sur cette terre mais ma famille a compris qu’il fallait que j’arrête pour mon bonheur et ma santé. Ma génération est peut-être moins matérialiste que celle de mes parents ou grands-parents. Aujourd’hui, de moins en moins de salariés font carrière dans la même entreprise. Pourquoi pas nous ? »

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