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Irrigation : récupérer et stocker l’eau tombée sur les serres

L’eau de pluie collectée sur les serres et stockée dans des réserves, couvertes ou non, peut permettre l’irrigation sous les serres : c'est ce que révèle une expérimentation en région nantaise dans le cadre du projet ClimatVeg.

« Les maraîchers qui produisent toute l’année sous grands abris plastique ont besoin d’eau toute l’année et en auront de plus en plus besoin avec le changement climatique, souligne Sylvain Gérard du CDDM (Comité départemental de développement maraîcher en Loire-Atlantique). L’idée est donc de collecter l’eau de pluie tombant sur les serres en hiver et de la stocker pour pouvoir l’utiliser en été. » Dans le cadre du projet ClimatVeg (1), un essai de collecte et stockage de l’eau de pluie tombant sur une serre a été mené sur le site du CDDM.

« Il y a deux enjeux dans le stockage de l’eau, précise Sylvain Gérard. Un premier enjeu est de limiter l’évaporation, ce qui nous a amenés à tester deux types de couverture des bassins. Un autre est la qualité de l’eau. Les légumes produits sous grands abris, essentiellement mâche, radis et jeunes pousses, étant consommés frais, souvent sans lavage, la qualité de l’eau est essentielle. »

30 % d’évaporation en moins pour le bassin couvert 

L’eau collectée sur une serre de 3 600 m2 est stockée dans trois bassins de 180 m2 sur 2,50 mètres de profondeur tapissés d’une géomembrane pour assurer leur étanchéité. Un bassin servant de témoin est non couvert. Un deuxième bassin est recouvert en partie d’un dispositif végétalisé basé sur une géonatte de coco implantée de plantes aquatiques, l’idée, au-delà du stockage de l’eau, étant d’améliorer la biodiversité et l’acceptabilité sociétale des réserves d’eau. Un troisième bassin est recouvert sur toute sa surface d’une couverture à base d’hexagones en plastique chevauchables.

Les mesures réalisées en 2023 et 2024 montrent que le volume d’eau collectable sur les 3 600 m2 d’abri est largement suffisant pour irriguer les cultures sous la serre.

« En moyenne, 2 500 mètres cubes d’eau de pluie peuvent être collectés, alors que le besoin en eau pour l’irrigation n’est que de 1 000 mètres cubes », précise Sylvain Gérard. Au global, l’évaporation ne représente que 20 à 30 % du volume utile à l’irrigation. « Et en 2023 et 2024, la pluie tombée directement dans les bassins est du même ordre de grandeur que l’évaporation. »

Dans le bassin recouvert d’un marais flottant, l’évaporation est équivalente ou légèrement inférieure à celle du bassin non couvert, avec des fluctuations dues à la saisonnalité des plantes favorisant ou non l’évapotranspiration. Pour le bassin avec couverture synthétique, l’évaporation est par contre diminuée de 30 %.

Intérêt écologique de la couverture végétalisée

Pendant les deux années de suivi, la qualité bactériologique de l’eau est restée compatible avec l’usage visé d’irrigation. Des différences ont par contre été notées sur la teneur en oxygène de l’eau. « Plus la couverture est importante, moins il y a d’échanges avec l’atmosphère et plus il y a de risques de bactéries, ce que nous n’avons pas noté toutefois dans nos suivis, analyse Sylvain Gérard. Un brassage ou une oxygénation de l’eau pourrait toutefois être utile pour assurer une teneur en oxygène suffisante. »

Le suivi montre aussi que le bassin végétalisé est celui avec le moins de détections de polluants environnementaux (pesticides), du fait peut-être d’une phytoépuration par les plantes. Et le radeau végétalisé apporte également un plus en termes de biodiversité, avec les plantes initialement présentes sur le radeau, de nouvelles espèces l’ayant colonisé et des animaux (grenouilles, insectes…). « Le choix de la couverture dépend de l’objectif du producteur et du contexte géographique, résume Sylvain Gérard. Il peut varier selon l’intégration paysagère nécessaire, la pression sur la ressource en eau et la disponibilité et les périodicités de l’approvisionnement en eau. »

(1) Projet cofinancé par les régions Pays de la Loire et Bretagne portant sur la transition et la durabilité des systèmes de production végétale face au changement climatique.

4 limites à la création de réserves d'eau

La création de réserves d’eau nécessite toutefois un investissement initial et entraîne des coûts de fonctionnement.

Une surface au sol suffisante est également nécessaire.

La création de réserve est aussi soumise à déclaration ou autorisation, parfois difficiles à obtenir.

Et dans certains départements (Loire-Atlantique notamment), la collecte d’eau en période d’étiage est interdite.

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