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Ventes anticipées et sarrasin pour sauver la mise

Gérer, c’est prévoir. De fait, Philippe Houdan a vendu sa moisson 2016 très tôt… Et bien lui en a pris. Son sarrasin en dérobé devrait également l’aider à limiter les dégâts.

Ça aurait pu être pire. Avec 41 q/ha en blé tendre, 42 q/ha en orge d’hiver, 35 q/ha en orge de printemps et des protéagineux à peine récoltables, Philippe Houdan n’a pas les rendements, certes. Mais il devrait s’en sortir en qualité. « En blé, les PS se situent entre 72 et 76 kg/hl, indique-t-il. En passant les grains par le trieur, je devrais pouvoir remonter les lots à 75 assez facilement. Les déchets sont très légers, ça ne change pas grandchose sur le poids, mais l’effet sur le PS est impressionnant. Et ce n’est pas une perte sèche, je les valoriserai dans ma chaudière à blé.» Pour Philippe Houdan, ce résultat honorable vu les circonstances s’explique peut-être par l’effet mélange variétal (Cellule, Syllon, Rubisco et Fructidor) ou par son choix de retenir pour ses semences des grains petits à moyens, mieux armés selon lui pour résister à des conditions difficiles.

Des céréales vendues durant l’hiver 2015-2016

A priori, l’agriculteur devrait valoriser ses blés à 145 euros/t en moyenne. « J’en ai vendu une bonne quantité à 140 euros/t en décembre 2015, un prix correct pour moi compte tenu de mes charges. Le reste partira plutôt autour de 150 euros/t vu nos PS. » En orge de printemps aussi, l’agriculteur s’était protégé, vendant 160 tonnes à 170 euros/t à sa coop durant l’hiver. Moyennant un petit travail de tri, il doit pouvoir remplir ses obligations. Le reste lui servira probablement pour ses semences de ferme. Une bonne option : « c’est presque les grains de type orgette qui m’ont donné jusqu’à présent les meilleurs rendements ». Philippe Houdan avait également anticipé la vente de ses orges d’hiver. « J’avais engagé une partie de ma récolte fin 2015 à 145 euros/t auprès de 110 Bourgogne, explique-t-il. Vu la baisse des rendements, ça fait au final un gros volume. »

Du sarrasin après l’orge d’hiver pour sauver le revenu

Sur cette céréale, dépité par ses mauvais rendements, il a joué une seconde carte. « Ce n’était pas prévu, mais début juillet, j’ai décidé de ressemer du sarrasin derrière mes 40 hectares d’orge », raconte-t-il. Si tout se passe bien d’ici début octobre, Philippe Houdan peut espérer un gain net, précieux cette année (8 q/ha). « Je n’ai pas de frais sur cette culture sur laquelle je n’apporte rien et je vends quasiment en direct à des meuniers bretons, qui me paient 500 euros la tonne en moyenne », signale-t-il. Le sarrasin pourrait s’avérer la bonne surprise de 2015-2016. L’agriculteur en a implanté comme prévu derrière ses pois d’hiver et là aussi, les plantes sont belles. « On a un très beau potentiel », observait-il fin août. L’association soja/sarrasin semée à la mi-mai est également prometteuse.
L’agriculteur se donne le temps de finir la campagne… Mais si les résultats sont au rendez-vous, il compte bien rebondir dessus. Au programme de 2016-2017 : davantage d’associations type soja/sarrasin et de cultures en dérobée.

Voir aussi : Trois stratégies à l'épreuve de la moisson 2016, David Vincent : des intrants de mieux en mieux modulés, François Mellon : se sécuriser en diversifiant et en associant ainsi que Trois tendances qui remuent les grandes cultures.

Un manque à gagner de 100 euros/ha

Pour le moment, hors ces hectares ressemés avec du sarrasin, l’agriculteur prévoit un produit d’environ 745 euros/ha de moyenne sur l’exploitation. Ce chiffre comprend les aides PAC encore à venir, de l’ordre de 210 euros/ha pour les DPB et de 150 euros/ha a priori pour l’aide protéagineuse. Les charges opérationnelles sur les cultures sont de l’ordre de 210 euros/ha, auxquelles s’ajoutent 310 euros/ha de charges de structure dont 40 euros/ha de charges fiscales et d’assurance grêle. Philippe Houdan pourrait donc compter sur un EBE de 225 euros/ha… qui lui servira à rembourser ses 216 euros/ha d’annuités d’emprunts. « Il va nous manquer 100 euros/ha pour vivre, calcule-t-il. Il nous faudra une ouverture de crédit à court terme sur l’année. Ça devrait passer : je n’ai rien à investir et mes emprunts vont diminuer l’année prochaine. » Et la ferme n’a pas de dettes chez ses fournisseurs.

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