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Reportage
Une démarche Dephy pour accentuer les pratiques vertueuses dans le Nord-Pas-de-Calais

Dans le Nord-Pas-de-Calais, les IFT diminuent globalement sur les fermes des différents groupes du réseau Dephy. Mais pas au niveau exigé par les objectifs nationaux. De nouvelles techniques se font jour.

Damien Paccou (avec Bertille) et Samuel Allexandre."Le décalage de dates de semis en blé après le 20 octobre permet de réduire la pression en vulpins de 50 % et de ne pas avoir à recourir à un insecticide d'automne."
© C. Gloria

Un retour en arrière ? Quand Samuel Allexandre, ingénieur réseau à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, a évoqué l’idée d’introduire du binage en betterave pour la maîtrise des adventices, Damien Paccou s’est montré très dubitatif. Installé à Ecques non loin de Saint-Omer (Nord), l’agriculteur voyait à travers le binage, une pratique d’un autre temps. Mais un premier test en 2016 s’est avéré concluant. Le printemps avait été pluvieux et la parcelle où avait été testé le binage au stade « 4 feuilles » à la suite de deux désherbages chimiques montrait des cultures plus vertes et une reprise plus rapide par rapport aux parcelles voisines. Les sols avaient été plaqués par la pluie et le binage avait montré un effet bénéfique en aérant ce sol. Les deux années suivantes, cette technique de désherbage mécanique, toujours en test, a prouvé son efficacité sur le contrôle des adventices.

L’exemple démontre qu’il faut aller au-delà des a priori et qu’il existe bien des alternatives efficaces à la lutte chimique contre les bio-agresseurs. Damien Paccou envisage de mettre en place ce binage sur une partie de ses surfaces en betteraves en ce printemps 2019. Son IFT (indice de fréquence de traitement) herbicide est déjà régulièrement en dessous de la référence régionale en betterave. Pour les fongicides, c’est encore plus satisfaisant avec un IFT hors herbicide nettement en deçà de la moyenne régionale. Le recours à des variétés tolérantes aux maladies (Millenia KWS, Chloelia…) permet de réduire la pression fongicide. Mais rien n’est gagné d’avance. « Cet IFT hors herbicide risque de repartir à la hausse avec l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes en traitement de semences. Nous allons sans doute devoir appliquer des insecticides sur la culture, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent », signale l’agriculteur.

Vulpin maîtrisé grâce au semis tardif et à la rotation

Damien Paccou a pu réduire les IFT sur blé également. Pour ce faire, il tire parti de ses semis tardifs, positionnés toujours dans la seconde quinzaine d’octobre après l’arrachage de la pomme de terre. La technique permet de réduire notablement la pression en vulpin. La rotation avec alternance de cultures d’hiver (blé) et de printemps (pomme de terre, betterave, pois de conserve) ainsi que le recours au labour un an sur deux sont deux stratégies qui jouent également contre cette adventice bien présente dans son secteur. L’agriculteur n’a pas attendu l’existence de la démarche Dephy pour prendre ces orientations. Les essais et les résultats le confortent dans l’accentuation de ses pratiques vertueuses.

Après le semis tardif du blé, un seul traitement herbicide suffit généralement. « À l’origine, nous attendions la sortie d’hiver pour réaliser cette intervention mais les herbicides utilisés (Atlantis…) s’avèrent de moins en moins efficaces. Nous sommes finalement revenus à un traitement d’automne plus satisfaisant contre les adventices sans devoir réintervenir au printemps », explique Samuel Allexandre. Damien Paccou a utilisé une association diflufénicanil – prosulfocarbe pour ce faire. L’utilisation de variétés tolérantes aux maladies comme Sanremo, Musik ou Chevignon lui permet de réduire les doses de fongicides sur la céréale, voire de ne pas réaliser le traitement au stade « 2 nœuds ». « En fonction de la présence de maladie, il m’est arrivé de ne recourir qu’à deux traitements fongicides. Et sur ces produits, j’ai déjà été amené à réduire les doses de trois quarts, présente Damien Paccou. En revanche, je ne baisse pas la garde sur l’utilisation de régulateurs de croissance, à cause de l’expérience passée d’un blé intégralement versé. » L’agriculteur reste prudent.

Pas de droit à l’erreur sur la pomme de terre

La pomme de terre occupe un peu plus de 20 hectares chez Damien Paccou, pour le débouché d’utilisation industrielle de la consommation. Depuis 2016, il se base sur l’outil d’aide à la décision Mileos pour positionner au mieux ses interventions contre le mildiou. « Mileos peut permettre de faire gagner des passages fongicides, notamment en début de culture », remarque Samuel Allexandre. Des variétés tolérantes au mildiou sont également une stratégie pour réduire les traitements. À côté d’une bintje encore bien présente dans le secteur malgré sa forte sensibilité au mildiou, Damien Paccou consacre une partie de ses surfaces à la variété Jelly pour la première fois cette année. Jelly est reconnue pour sa résistance de haut niveau à la maladie. Combinée à l’outil Mileos, sa culture devrait permettre de diminuer encore davantage les traitements fongicides. Samuel Allexandre met en avant les résultats d’un essai avec Jelly en 2018 où l’outil Mileos indiquait pendant deux mois qu’il était inutile de traiter. En dépit de la fiabilité de Miléos, Damien Paccou ne se sent pas encore prêt à prendre un tel risque sur un laps de temps aussi long. En pomme de terre, on n’a pas droit à l’erreur avec le mildiou.

Au sein du groupe Dephy de Damien Paccou, le désherbage est un objet d’études sur pomme de terre, avec des essais de désherbage mécanique. La herse étrille de marque Treffler permet un réglage des dents indépendantes de façon à pouvoir passer sur les cultures de pomme de terre en étant efficace aussi bien sur les hauts que les creux de buttes. Un bon moyen pour réduire l’usage des herbicides dont certaines molécules sont en sursis comme le prosulfocarbe. La herse est déjà utilisée sur blé mais aussi sur betterave pour laquelle les réglages se doivent d’être affinés. Selon Samuel Allexandre, l’outil montre de bons résultats à condition de passer aux bons stades de développement des adventices. Les agriculteurs pourraient s’approprier ce type de technique tout comme les bineuses à guidage par caméra qui se montrent tout aussi performantes. Mais, même avec les aides financières existantes, le prix des équipements peut apparaître rédhibitoire (1 000 euros le mètre pour la herse Treffler, 42 000 euros pour une bineuse 12 rangs avec guidage caméra). Le coût économique du changement l’emporte largement sur les possibles économies d’intrants que peuvent générer les stratégies mises au point dans les fermes Dephy.

Des potentiels de réduction de phyto important en blé et betterave

Dans les Hauts-de-France, Samuel Allexandre suit un des cinq groupes Dephy de l’ex-région Nord-Pas-de-Calais (1). « Il s’agit d’un groupe de 14 producteurs de grandes cultures. Depuis 2012, nous avons enregistré une baisse globale d’IFT de 11 % dans ce groupe quand, dans le même temps, le Nodu (1) a augmenté de 10 % à l’échelon national, note l’ingénieur réseau de la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Dans notre région, nous avons une culture de pomme de terre importante en surface qui est très dépendante de la chimie. Cette culture plombe d’emblée l’IFT mais on peut arriver à le réduire de 25-30 % au maximum. Le potentiel de réduction est plus important sur des cultures comme la betterave sucrière et le blé. En expérimentation, nous sommes parvenus à des IFT réduits de trois quarts sur le blé. »

Le réseau de ferme Dephy se prolonge avec le nouveau réseau dit « groupe 30 000 », visant à accompagner 30 000 exploitations en France dans la transition agroécologique. « Nous avons monté un nouveau groupe cet été avec 12 exploitations agricoles de grandes cultures et de légumes d’industrie dans le Ternois, un secteur du Pas-de-Calais. Un travail de réduction des phytos est mené à l’échelle du système agricole en focalisant sur la culture de la pomme de terre. »

(1) 10 groupes Dephy sur les Hauts-de-France pour 127 exploitations agricoles.
(2) Nombre de doses unité exprimant le niveau d’utilisation des phytos.
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