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Ouvrir un gîte pour valoriser du patrimoine familial

Épaulé par sa famille, Éric Merveillie a transformé le siège de l’exploitation familiale en un gîte rural de 133 m2. Une façon de conserver ce patrimoine auquel il tient, de le mettre en valeur et d’assurer une petite diversification de ses revenus.

Fort de ses 50 ans, Éric Merveillie est pourtant encore ce que l’on peut appeler un jeune agriculteur. « Je ne travaille à plein temps sur l’exploitation que depuis 2013 ! », explique-t-il. Technico-commercial puis responsable de secteur au sein de la coopérative Cap Seine, il s’est certes installé en 2003 sur les 120 hectares de la ferme familiale de L’Hosmes, dans l’Eure, mais à temps partiel seulement. Après s’être agrandi de 80 hectares en 2010, le double-actif saute le pas du plein temps sur la ferme trois ans plus tard… Non sans quelques appréhensions. « J’avais peur de m’ennuyer sur la ferme », se remémore-t-il. C’est dans ce contexte que naît le projet d’ouvrir un gîte, une idée portée également par des événements personnels. « Au décès de ma mère en 2013, j’ai hérité de la maison familiale qui faisait partie du corps ferme, explique l’agriculteur. Nous n’avions pas forcément envie d’y habiter, mais nous voulions garder ce patrimoine. Le gîte nous permet de l’entretenir, sans perdre d’argent, et d’en disposer quand nous le souhaitons. »

Aller chercher le savoir-faire là où il se trouve

Pour ce nouveau projet, l’agriculteur s’appuie dès le départ sur les Gîtes de France. « Je n’avais pas de connaissance sur le sujet, raconte-t-il. Mon idée était de mettre le maximum de chances de mon côté. J’avais une bonne image des Gîtes de France avec qui mon oncle, notamment, a travaillé, c’est donc naturellement vers eux que je me suis tourné. » Éric Merveillie suit une petite formation qui lui permet d’y voir plus clair. « Les formateurs nous ont mis tout de suite les pieds dans la terre, si l’on peut dire, en nous disant bien que ceux qui espéraient faire de gros revenus avec cette activité s’étaient trompés de porte ! » Ça tombe plutôt bien : s’il a des visées économiques, le projet de l’agriculteur est aussi patrimonial et familial. Sa femme Christine, comptable en centre de gestion, et sa fille Anaïs, collégienne, en sont dès le départ parties prenantes : « elles n’ont malheureusement pas pu suivre la formation, mais je leur ai fait tous les jours un rapport détaillé de ce que nous apprenions », se rappelle l’exploitant. Ces quelques jours s’avèrent très utiles à tous. « Nous avons mis en application 98 % de ce qui a été dit », estime l’agriculteur, qui ne le regrette pas.
En parallèle, une visite d’une professionnelle des Gîtes de France confirme la faisabilité du gîte et les aménagements à réaliser. Avec ses trois grandes chambres séparées, son salon et sa grande cuisine, la maison est bien organisée. Inutile, donc, de la restructurer mais il faut la rafraîchir. « Nous avons refait nous-mêmes la peinture, les parquets, la VMC et l’isolation du grenier et nous avons fait venir des artisans pour les fenêtres et la plomberie», décrit Éric Merveillie, qui a entamé sa nouvelle vie d’agriculteur par quatre mois de travaux intensifs. « Hors temps de travail, nous en avons eu pour 25 000 euros de travaux, indique Christine Merveillie. Nous les avons financés par un prêt de 15 000 euros, car nous ne savions pas où nous allions.»
Parce que l’un travaille à l’extérieur et que l’autre ne veut pas avoir à gérer les réservations sur son tracteur, les Merveillie recourent dès le départ aux services proposés par Gites de France. Ce sont eux qui gèrent toutes les demandes, le calendrier, le paiement des réservations mais aussi les commentaires laissés par les clients sur le web. « Cela nous sécurise, bien sûr, puisque quasiment tout est payé avant l’arrivée des locataires, indique l’exploitant. Mais il y a un autre avantage que je n’avais pas imaginé au départ, c’est l’absence de rapport commercial avec les gens que nous hébergeons : ils ont l'impression de payer Gîtes de France, pas nous. Cela facilite la relation », décrit Éric Merveillie. Le service a évidemment un coût : 15 % de commission sur les réservations auxquels s’ajoute une cotisation annuelle de 280 euros.

Une clientèle à la recherche de repos et de tranquillité

Mais le jeu en vaut la chandelle. Le gîte de 133 m2, qui se loue entre 300 et 500 euros la semaine selon les périodes, rapporte un chiffre d’affaires net de 9000 euros par an, pour un taux de remplissage de 57 %. « C’est un peu mieux que la moyenne pour la région, soit 8000 euros de chiffre d’affaires pour 26 semaines d’occupation, selon Gîtes de France, signale Éric Merveillie. Très franchement, je ne pensais pas que nous arriverions à cela quand nous nous sommes lancés. » Basé à proximité de Verneuil-sur-Avre, le gîte ne se trouve pas dans une zone particulièrement touristique, mais ce n’est pas un problème : « hors période scolaire, où nous louons à des entreprises pour des salariés en mission ou à des travailleurs sur des chantiers, l’essentiel de notre clientèle est parisienne, décrit Éric Merveillie. Le week-end, ce sont surtout des couples avec de jeunes enfants. Pendant les vacances, nous avons des familles, avec grands-parents, parents et petits enfants. Ils viennent là pour se reposer, se retrouver en famille, le tourisme est secondaire. » Éric Merveillie, qui au début s'inquiétait d'être bien habillé pour accueillir ses hôtes, sait désormais qu'il n'a pas de souci à se faire : " ils cherchent du calme... et de l'authenticité !".

Pour fidéliser leurs clients, les Merveillie soignent le confort : « il faut que les gens se sentent bien, comme chez eux, souligne Christine Merveillie. C’est important. » Cela passe notamment par une bonne literie. Christine Merveillie met également un point d’honneur à livrer un gîte d’une propreté impeccable, un gage là aussi de confort. A priori, la recette marche puisque les clients reviennent. « Nous n’avons eu jusqu’à présent qu’un seul différend avec un de nos hôtes, que Gîtes de France a réglé pour nous », indique Christine Merveillie. Éric, Christine et Anaïs ont en tête beaucoup de belles rencontres, telles cette famille du nord de la France qui les a invité à venir manger « chez eux » dans le gîte, ou cette attachante stagiaire canadienne qui a trouvé en eux « sa famille » française. « C’est aussi une belle aventure humaine », retient Éric Merveillie.

Une activité déclarée comme non agricole

Les revenus du gîte sont intégrés dans le calcul de l’IRPP (impôt sur le revenu des personnes physiques) des Merveillie. «C’est un revenu privé qui n’entre pas dans l’activité agricole, précise bien Christine Merveillie. Nous déclarons notre chiffre d’affaires net, qui nous est fourni dans une déclaration annuelle envoyée par Gîtes de France. Et nous bénéficions d’un abattement fiscal de 71 %. » La Loi de finances de 2016 a remis en cause cet abattement spécifique aux gîtes ruraux : il ne s’applique plus qu’aux gîtes classés « meublés de tourisme », une accréditation donnée par des organismes de contrôle. Gîtes de France s’est chargé l’an dernier de régulariser la situation du gîte du couple.

En chiffres

Des cultures et un gîte

200 ha comprenant en moyenne 85 ha de blé, 55 ha d’orge, 50 ha de colza, 10 ha de lin
85 q/ha en moyenne de rendement en céréales à paille, 38 q/ha en colza, 8 t/ha en lin
1 gîte de 133 m2 comprenant 3 chambres et 7 couchages
9000 euros de chiffre d’affaires net par an fournis par le gîte

Des aides peuvent exister pour l’aménagement

Les collectivités locales, notamment les conseils départementaux, peuvent proposer des aides pour faciliter l’aménagement d’un gîte rural. Des agglomérations sont aussi suseptibles d’encourager ces projets. Ces aides peuvent prendre différentes formes, qui vont de la subvention à l’avance sur frais. Elles sont généralement plafonnées et fonction du montant des travaux. Elles peuvent également inclure une durée d’engagement minimum, donc une obligation de conserver son gîte pendant un certain nombre d’années. Il faut se renseigner. Au moment de la création de leur gîte, les Merveillie ont bénéficié pour leur part d’une subvention départementale de 1500 euros par lit, soit un total de 10 500 euros.

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