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Test bêche : un outil pour mieux comprendre l’impact de ses pratiques sur la structure du sol

Pour prendre les bonnes décisions en matière de travail du sol, le test bêche est une méthode simple et rapide. Il consiste à prélever un bloc de sol pour identifier d’éventuels problèmes de structure et évaluer l’activité des vers de terre.

motte de terre avec un ver de terre observation de la vie biologique et de la fertilité des sols
L'observation du bloc de terre est révélateur de son état structural et de sa fertilité biologique.
© Chambre d'agriculture de Haute-Vienne

Établir en quelques minutes un diagnostic de la structure du sol par l’observation des mottes de terre. C’est l’objectif du test bêche, sorte de miniprofil de sol assez simple à mettre en œuvre. Deux méthodes de test bêche sont principalement utilisées en France, celle de l’Isara Lyon et la méthode internationale Vess (Évaluation Visuelle de la qualité de la Structure du Sol) adaptée par Agro-Transfert, dans le cadre du projet Sol-D’Phy.

Dans les deux cas, après avoir choisi la zone d’étude (présence d’un problème ou mesure de l’impact d’un itinéraire technique), il s’agit d’extraire un bloc de sol à la bêche pour observer son mode d’assemblage et le volume potentiellement occupé par des zones tassées. Le test peut se faire à tout moment de l’année, mais uniquement si le sol est correctement ressuyé (mais pas trop sec non plus). Il n’est pas réalisable (et peu utile) sur sol très caillouteux.

Quelle que soit la méthode choisie, les experts conseillent de l’avoir vu pratiquer au moins une fois au champ, lors d’un tour de plaine par exemple, pour se l’approprier. Jean-Emmanuel Vernon, chargé de mission eau-environnement à la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne, qui compte plus de 1 000 tests bêche à son actif, confirme : « le test bêche est un très bon outil d’animation de groupes qui permet à chacun de voir différents types de problèmes et qui est facilement reproductible ensuite chez soi ».

Un outil pour observer la structure et la vie du sol

Le test bêche va renseigner sur la capacité d’infiltration de l’eau et la pénétration des racines, et donc sur la présence d’éventuels obstacles au bon développement de la culture. Il va permettre d’évaluer le résultat de pratiques, de valider ou de décider d’un changement. Pour Jean-François Vian, enseignant-chercheur en agronomie à l’Isara Lyon et co-concepteur de la méthode du test bêche, il est essentiel d’avoir une bêche dans son tracteur. « C’est très instructif car on voit tout de suite le résultat de son travail. Ouvrir un bloc de terre sur une bâche est comme ouvrir un livre, estime-t-il. Cinq minutes par test suffisent et il n’est pas nécessaire de respecter la méthode au pied de la lettre en mettant une note, sauf si l’on fait de l’expérimentation. » L’expert préconise « au minimum trois répétitions du test à des endroits différents de la parcelle pour avoir une représentativité de l’état structural, et au moins six, si l’on s’intéresse aussi aux vers de terre car leur activité est beaucoup plus variable sur la parcelle ».

infographie des méthodologies pour faire un test bêche dans ses sols

 

Le test bêche peut en effet être complété par des observations de l’activité biologique du sol, comme l’explique Vincent Tomis, chef de projet à Agro-Transfert : « nous incluons au test bêche une observation des traces des vers de terre pour mesurer l’impact de leur activité sur la structure ». « C’est un bon indicateur du fonctionnement du sol. Une faible présence est le reflet d’un déséquilibre », approuve Jean-Emmanuel Vernon, qui utilise une méthode développée et validée par l’Observatoire participatif des vers de terre et l’Isara.

Un diagnostic pour accompagner les changements de pratiques

Vincent Tomis considère pour sa part qu’avec la méthode proposée par Agro-Transfert, il est intéressant d’aller jusqu’à la notation, car celle-ci va ensuite servir pour l’aide à la décision. « Un sol tassé peut se régénérer seul si une activité biologique est présente et un travail mécanique ne sera pas forcément nécessaire avant l’implantation de cultures peu sensibles au tassement comme du blé ou du colza. » Il estime que « certains agriculteurs interviennent trop systématiquement, tandis que d’autres ne travaillent plus leur sol uniquement par conviction. Un des objectifs du test est d’amener les agriculteurs à observer concrètement les effets bénéfiques de changements de pratiques ».

Dans le contexte actuel de forte variabilité du coût des engrais et de l’énergie, de réduction du nombre de matières actives disponibles ou encore de changement climatique, la question de la santé des sols devient prépondérante. Jean-François Vian insiste : « il est plus que jamais important d’avoir un sol vivant, fertile, caractérisé par une structure non tassée, pour permettre aux cultures de bien s’enraciner, de pouvoir explorer de grands volumes, d’aller chercher l’eau en profondeur ».

Jean-Emmanuel Vernon va dans le même sens : « le test bêche est un bon outil d’optimisation car la structure est un facteur limitant sur lequel on peut agir de façon autonome par du travail mécanique, par des changements de conditions d’interventions ou par l’implantation de couverts sur le long terme. Tout changement de pratiques, comme un passage en techniques culturales simplifiées par exemple, nécessite d’abord de connaître son sol et de démarrer avec une structure favorable ».

Le test bêche comporte néanmoins certaines limites. La principale est qu’il ne porte que sur les 20 à 30 premiers centimètres du sol et n’atteint souvent pas la semelle de labour. Si un problème est détecté, d’autres méthodes doivent être envisagées pour en rechercher les causes plus profondément. Parmi celles-ci, l’utilisation d’un pénétromètre permet de déterminer la compaction du sol. En perçant le sol (sur 45 à 60 cm), il permet de mesurer sa résistance à la pénétration, l’épaisseur de ses différentes couches et leur compactage éventuel. Citons également le profil cultural (Gautronneau et Manichon, 1987), qui par l’observation d’une fosse (d’une profondeur de 50 cm à 1,50 m et d’une largeur de 3 à 4 m) permet d’observer les états structuraux résultant des interventions culturales et du travail du sol en particulier.

Pour en savoir plus

- Guide méthodologique du test bêche Structure et actions des vers de terre – Diagnostiquer rapidement l’état structural de vos sols en prenant en compte les traces d’activité des vers de terre. Agro-Transfert Ressources et Territoires – Sol D’Phy - juillet 2018.

- Test bêche guide d’utilisation – Isara Lyon – Décembre 2016.

- Le Protocole test bêche structure vers de terre (TBSVT) - Programme Agrinnov – Observatoire participatif des vers de terre et Isara Lyon – Version en ligne : ecobiosoil.univ-rennes1.fr/page.php?60#4

- Les étapes du test bêche détaillées par Jean-François Vian de l’Isara Lyon – Programme Biodiversid : www.youtube.com/watch?v=1-gnr5iaWLE

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