Aller au contenu principal

Pulvé du futur
L’injection directe se fait attendre

Le développement des systèmes d’injection directe, jusque-là délaissé par les constructeurs, est pourtant promis à un bel avenir pour accéder à la modulation et au ciblage des phytos, et réduire les risques liés à la manipulation de ces derniers.

L'équipement d'injection directe de DiiMotion peut être embarqué à l'avant du tracteur avec une cuve frontale, en complément d'un pulvérisateur porté, ou adapté sur un appareil trainé ou automoteur.
© DiiMotion

L’injection directe, c’est un peu le serpent de mer de la pulvérisation… Faute d’une réelle implication des fabricants de pulvérisateurs, cette technique est restée l’affaire d’équipementiers, dont les solutions n’ont jamais véritablement émergé, impactées par de trop nombreuses contraintes techniques.

« Les deux seules solutions commercialisées sur le marché français ces dernières années – SP-ID de Spray Concept et Sidekick Pro de Raven – sont limitées par des délais conséquents d’injection dépassant les 60 secondes, imposant un nombre restreint de changements de doses et des zones à moduler de grande taille. Le rinçage des cuves et circuits de produits purs reste problématique, car très consommateur d’eau », constate Benjamin Perriot, ingénieur technique de pulvérisation chez Arvalis. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si cette technologie s’est plus facilement développée aux États-Unis, où les contraintes de surface et de diversité de produits sont sans commune mesure avec celles de l’agriculture européenne. Des constructeurs comme John Deere proposent par exemple un montage d’usine du système Raven pour le marché nord-américain. Autres preuves de la difficulté des grandes marques européennes à mettre au point une solution commercialisable, Berthoud n’a pour l’instant pas donnée suite à son concept Clean Sprayer qui lui avait valu une médaille au Sima 2015. Quant à Agrifac, son dispositif d’injection directe est toujours à l’état de prototype.

Une start-up avec une technologie différenciante

Ce constat d’échec ne doit pourtant pas faire oublier tous les avantages promis par l’injection directe. En incorporant le produit dans le circuit du pulvé et non plus dans la cuve, elle supprime la problématique du rinçage de la cuve et les risques de pollution par débordement. Cette technique offre la possibilité d’arrêter un chantier et de changer de produit à tout moment, sans se soucier de la cuve principale qui ne contient que de l’eau claire. Pour limiter au maximum les contraintes des dispositifs existants, la start-up DiiMotion, dont l’un des associés n’est autre que l’ancien directeur de Spray Concept, René Proharam, a mis au point une nouvelle génération d’équipement d’injection directe, baptisé Piix. Présenté au Sima 2017, le concept a pris forme plus rapidement dans la pulvérisation viticole. DiiMotion a ainsi été récompensée au palmarès du salon Vinitech Sifel à l’automne dernier. Le projet a en revanche pris du retard en grandes cultures. Le premier appareil équipé devrait faire ses premiers hectares fin février à la Ferme Agroécologie 3.0 dans la Somme. Ce pulvérisateur porté possède cinq cuves de produits purs (3 liquides et 2 poudres), ainsi que deux cuves intermédiaires dans lesquelles se prépare en continu un prémix ou pré-bouillie à partir des produits purs. La start-up se différencie ainsi par la capacité d’anticipation de son dispositif qui injecte ce prémix au plus près de la rampe, en circulation continue. « Un délai de deux secondes suffit pour changer de concentration en agissant sur le nuage de prémix injecté », assure Xavier Cassassolles, PDG de DiiMotion.

Injecter au plus près ou sur la rampe

En version de base, l’équipementier n’utilise qu’un seul point d’injection en amont de la rampe, grâce à une vanne pilotée électriquement. Mais l’appareil porté de la ferme 3.0 embarque un dispositif plus évolué. L’injection du prémix se fait directement sur la rampe, avec une vanne doseuse par tronçon, qui remplace la vanne d’origine. « Avec cette installation, nous pourrons moduler la dose et/ou les produits par tronçon », expose le dirigeant.

Le système Piix de base se présente sous la forme d’un kit, adaptable sur le pulvérisateur ou isolé sur un équipement frontal, attelé sur le relevage avant du tracteur. Avec trois cuves de produits purs (proposé jusqu’à cinq cuves), ce kit s’affiche entre 20 000 et 25 000 euros, selon les installations. Le système gère tous types de produits liquides avec des dosages de 20 millilitres à 4 litres par hectare. Autre particularité du Piix, il intègre en option un doseur de produits en poudre. « Conçu à l’origine pour la viticulture, le doseur actuel sera remplacé par une nouvelle version mieux adaptée aux petites quantités utilisées en grandes cultures et aussi plus facile à rincer. » DiiMotion attend également avec impatience la normalisation des bidons de phytos qui lui permettra de déployer sa solution de pompage direct dans le bidon qui, outre la suppression des phases de transfert de produit, facilitera encore la gestion du rinçage, en supprimant les cuves de produits purs. « À l’avenir, on pense proposer une solution combinant deux emplacements pour les bidons et deux cuves. »

Tisser des partenariats avec les constructeurs

Utilisant sa propre régulation avec console tactile, le système Piix en version de base avec un point d’injection, s’adapte sur la plupart des appareils, avec une légère modification sur la circulation continue. « Ça se complique en revanche pour faire de la modulation, qui demande un plus gros travail d’adaptation, notamment un recalibrage de la rampe. En ce qui concerne la modulation de produits et de doses par tronçon, on déporte l’intelligence au niveau de la rampe, ce qui implique une modification complète du pulvérisateur. Cette solution ne pourra s’envisager qu’au travers de partenariats avec les constructeurs », avertit Xavier Cassassolles.

Avis d’expert

« Moduler les herbicides par tronçon »

« Vitrine permanente des innovations numériques en grandes cultures, la Ferme Agroécologie 3.0, portée par la chambre d’agriculture de la Somme et Agro-Transfert, travaille, entre autres, sur la détection des adventices et la réduction des produits phytos. Dans ce cadre, elle s’est équipée d’un pulvérisateur porté Vicon modifié en profondeur par la société DiiMotion pour pouvoir moduler deux 'pré-bouillies' par tronçon. La rampe de 27 mètres est dotée de 9 tronçons, chacun équipé d’une vanne doseuse. Nous élaborons des cartes de modulation d’herbicides à partir de données issues d’un capteur multispectral embarqué sur un drone ou à partir de carte des sols. Le premier test va consister à appliquer sur blé, en un seul passage, un fongicide sur toute la largeur de rampe et un herbicide localisé par tronçon. Dans un deuxième temps, nous testerons sur colza, la modulation d’herbicide racinaire en fonction de cartes de sol, tout en appliquant un antisanve en fonction d’une carte d’adventices. Les simulations réalisées à partir de cartes de préconisation laissent espérer une réduction de 60 % de produit, selon le taux d’infestation en adventices. »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Grandes Cultures

Les plus lus

L’érosion du revenu en grandes cultures depuis vingt ans est impressionnante, si l'on en juge par les statistiques officielles du Rica. © G. Omnès
Revenu : peut-on encore gagner sa vie en grandes cultures ?
Peut-on encore gagner sa vie en produisant des grandes cultures ? La question n’est plus déplacée au regard des résultats…
Le puceron (ici Sitobion avenae) n'occasionne pas de dégâts directs mais transmets des virus aux céréales © Christian Gloria
Insecticides : faut-il traiter contre les pucerons sur céréales maintenant ?
Le risque JNO est à nouveau élevé cet automne. Devant la douceur prolongée des températures, Arvalis recommande aux producteurs…
 © Réussir
Les énergies renouvelables à la ferme en 5 graphiques
Bien que le dernier recensement précis des activités de production d'énergie renouvelable à la ferme remonte à 2015, le constat…
Thierry Maillier est agriculteur dans les Yvelines. "Les rendements du sorgho atteignent parfois les 100 quintaux/hectare." © C. Baudart
Thierry Maillier, dans les Yvelines : « En 2021, je sèmerai dix-huit hectares de sorgho grain »
Il est l’initiateur de la culture du sorgho grain sur son territoire, à la croisée entre les Yvelines, la Normandie et la région…
Plafonnement des rendements du blé du fait des hautes températures et difficulté d'implantation des colzas font partie des signes avant-coureur du changement climatique. © G. Omnès
Changement climatique : ce que les grandes cultures devront affronter ces 30 prochaines années
D’ici à 2050, les cultures subiront des conditions plus chaudes et plus sèches au printemps et en été, accroissant le risque d’…
Un résultat courant en céréales et oléoprotéagineux sous la moyenne des autres secteurs depuis 2013Résultat courant avant impôts (charges sociales de l'exploitant déduites) par unité de travail non salarié, en euros courants © Source : Rica.
Le revenu en grandes cultures expliqué en 3 graphiques
Privilégiés, les producteurs de grandes cultures ? L'étude des chiffres montre que leurs revenus se situent plutôt en-dessous de…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures