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Insectes
La lutte contre le taupin entre chimie et système D

L’efficacité de la lutte insecticide s’amenuise contre le taupin sur maïs avec la disparition de certains produits ou des conditions d’utilisation plus draconiennes. Arvalis teste des méthodes se passant de la chimie, dont certaines ne sont pas ridicules en termes de performance.

Les taupins (adulte ici) touchent 25 % des surfaces de maïs grain en France.
© Arvalis

Avec le retrait des néonicotinoïdes, le maïs entre dans une nouvelle ère quant à sa protection contre les ravageurs du sol. Le produit de traitement de semences Sonido à base d’une néonicotinoïde (thiaclopride) a été retiré du marché suite à l’interdiction des néonicotinoïdes en Europe avec application au 1er septembre 2018. Des dérogations restaient possibles mais elles ont été refusées en France pour le maïs. En 2018, Sonido ne représentait pas moins des 4/5e des solutions retenues pour protéger le maïs des ravageurs du sol ou des premiers stades végétatifs. Le produit visait d’autres ravageurs que le taupin, telles les mouches du semis, les oscinies, les géomyzes… À noter que près de 50 % des maïs n’avaient pas reçu de protection insecticide au semis.

Pour détruire les taupins, les producteurs de maïs se retrouvent avec des produits granulés à appliquer dans la raie de semis avec des diffuseurs. Mais même sur ces utilisations, de nouvelles restrictions sont apparues. Elles concernent l’insecticide Force 1.5G de Syngenta, à base de téfluthrine. De nouvelles conditions d’emploi pour protéger les organismes aquatiques imposent une incorporation du produit à au moins 3 centimètres de profondeur pour les usages sur maïs. « Le diffuseur n’est plus mentionné dans ces conditions d’emploi. Le produit ne doit donc plus être diffusé, note Philippe Larroudé, qui suit le dossier taupins chez Arvalis. Mais sans diffuseur, Force 1.5G perd beaucoup de son efficacité. Il ne peut plus être conseillé contre les taupins. » En effet, une synthèse de quatre essais Arvalis montre une efficacité inférieure à 30 % de Force 1.5G sur taupin contre plus de 70 % avec diffuseurs, y compris sur des situations de fortes attaques.

Des granulés à base d’insecticides pyréthrinoïdes avec diffuseurs

Il reste malgré tout des solutions contre les taupins, toutes sous forme de granulés à appliquer à l’aide de diffuseurs dans la raie de semis. Philippe Larroudé n’établit pas de classement d’efficacité pour les quatre insecticides disponibles à base de pyréthrinoïdes : Karaté 0.4 GR, Trika Expert + ou Trika Lambda 1, Fury Geo et Belem 0.8 MG (1). « Ils présentent une efficacité similaire », remarque-t-il. Ces produits réduisent d’un peu plus de moitié le niveau de dégâts de taupins sur maïs, selon les expérimentations Arvalis. Le spécialiste signale des DVP (2) de 20 mè en bordure de cours d’eau à respecter pour les spécialités Karaté 0.4 GR, Trika Expert + ou Lambda 1 et Fury Geo. Le produit Belem 0.8 MG ne connaît pas cette contrainte : seule une ZNT (2) de 5 m s’applique.

Pour ces produits, la disposition des diffuseurs sur le semoir est importante pour assurer une répartition homogène des microgranulés dans la raie de semis et pour en assurer la meilleure efficacité possible. Chaque produit a quasiment son diffuseur avec les préconisations d’emploi établies par le distributeur de phytos.

Un nouveau produit est disponible pour lutter contre le taupin : Success GR. C’est encore un granulé, à base d’une molécule de biocontrôle, le spinosad. « Nous ne conseillons pas son utilisation car il ne présente pas d’efficacité dans les situations de forte infestation et elle est peu élevée (30 %) sur les attaques faibles à moyenne », déclare Philippe Larroudé.

Des solutions pondéreuses d’efficacité moyenne

Avec des solutions qui présentent des efficacités moyennes au final et dans un contexte où les insecticides n’ont pas le vent en poupe, Arvalis teste des méthodes de lutte ne recourant pas à la chimie de synthèse. Tel est le cas pour le produit Met52 Granulé, à base du champignon entomopathogène Metarhizium anisopliae. Il doit être épandu et incorporé sur les quinze premiers centimètres du sol. Son efficacité n’est pas inintéressante, de l’ordre de 40 à 55 %. Mais le produit n’est pas autorisé en grandes cultures et aucune demande d’homologation n’a été faite pour cela. L’institut technique teste aussi la biofumigation, qui consiste en l’incorporation de granulés de graines de moutarde d’Éthiopie – Brassica carinata – (produit BioFence). « Ces granulés issus de moutarde produisent dans le sol des composés chimiques (glucosinolates qui se transforment en isothiocyanates) avec un effet répulsif et insecticide sur les larves de taupins, explique Philippe Larroudé. L’efficacité est de 30-40 % inférieure à celle de références insecticides microgranulés. » Par ailleurs, BioFence doit être incorporé en plein juste avant semis, à raison de 3 tonnes à l’hectare. Les expérimentations se poursuivent.

Des grains de blé en guise d’appâts détournant les taupins du maïs

Arvalis teste une autre méthode non moins originale : l’utilisation d’appâts naturels. « Avant le semis de maïs, nous épandons à la volée un mélange de graines de blé et de maïs en proportions égales à raison de 120 kilos par hectare environ puis nous l’incorporons dans les 10-15 premiers centimètres du sol. Le maïs est semé ensuite en ligne. Le mélange de graine doit jouer un rôle de leurre vis-à-vis des taupins, en les attirant et en les occupant pendant que la culture de maïs lève, explique le spécialiste d’Arvalis. Ce leurre doit jouer jusqu’à 7-8 feuilles du maïs, stade où il devient non sensible aux attaques de taupins. « Les grains de blé et de maïs germent, ce qui produit du CO2 qui attire les taupins, explique de son côté Michel Moquet, ingénieur régional Arvalis dans l’Ouest. L’idéal est un enfouissement de ces graines en dessous de l’horizon du semis en ligne du maïs. »

L’efficacité de la méthode est satisfaisante puisqu’elle peut être du niveau de la référence insecticide microgranulés selon certains essais. Plus étonnant : l’utilisation uniquement de grains de blé fusariés améliore encore cette efficacité, sans qu’Arvalis ne trouve d’explication tangible à ce phénomène. Mais la méthode nécessite un désherbage pour détruire les levées issues du mélange de graines de maïs et de blé, qui n’est possible qu’avec l’herbicide Stratos Ultra sur des variétés de maïs Duo System résistantes à ce produit. Les essais d’appâts sont reconduits pour voir les effets à long terme d’une telle stratégie qui détourne les taupins des semences de maïs mais ne les détruit pas. L’objectif n’est surtout pas de multiplier la vermine dans les champs.

Les taupins sont présents surtout dans les situations où le maïs revient de manière fréquente dans la rotation comme c’est le cas dans des bassins de production du Sud-Ouest où la monoculture domine, ou encore après le retournement d’une prairie (Bretagne). La diversification des espèces cultivées dans la rotation culturale reste un bon moyen de juguler le ravageur, de le maintenir à un niveau acceptable économiquement et de se passer d’insecticide du sol.

(1) Ces produits présentent aussi d’autres noms commerciaux.
(2) Dispositif végétalisé permanent, zone de non traitement.
Aucune dérogation n’a été accordée pour le produit de traitement de semences Sonido sur maïs
En chiffres

Le taupin, premier ravageur du maïs

Un quart des surfaces de maïs grain sont touchées par les taupins en France, selon une étude Arvalis(1). Plus localement, le ravageur a plus d’impact, comme dans le bassin de l’Adour (260 000 ha de maïs) où 36 % de la production est mise en péril lors des années favorables aux taupins.

Un peu plus de 5 % de production en moins en moyenne : c’est l’impact négatif du taupin rapporté à la totalité des surfaces de maïs grain en France. Les pertes de productions peuvent dépasser les 30 % dans les parcelles les plus attaquées.

Le maïs grain pâtit à 12 % en moyenne de l’impact de l’ensemble des ravageurs. Le taupin est le plus préjudiciable (5,2 %), devant la pyrale (3,2 %) et la sésamie (1,7 %).

(1) « Évaluation de la nuisibilité des ravageurs du maïs en France », J.-B. Thibord. Étude présentée lors de la 11e conférence internationale sur les ravageurs et auxiliaires en agriculture, fin octobre 2017 à Montpellier (arvalis.info/1bv)
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