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La Charente exporte pour l’oisellerie

Blé blanc, pois marbré, tournesol strié, millet jaune… En Charente, la Coopérative agricole Villejésus appro céréales organise la production de cultures pour le débouché de l’oisellerie avec une valorisation à la clé pour les agriculteurs. L’essentiel des récoltes part à l’export.

Le débouché de l’oisellerie amène de la diversité culturale dans les campagnes. En Charente, la coopérative Cavac (1) à Villejésus a démarré l’activité de production de cette filière il y a quinze ans. « Nous avons commencé avec la production de tournesol strié, suite à la rencontre avec le courtier Thierry Hache qui recherchait des producteurs pour alimenter le marché de l’oisellerie, explique Michel Caillaud, directeur de la Cavac Villejésus. Depuis, nous avons diversifié les cultures pour ce débouché avec le pois vert puis plusieurs autres espèces. Pour nous, c’est un moyen de nous démarquer par rapport aux importantes coopératives existant dans la région. »

Ces productions apportent une valorisation aux producteurs adhérents de la coopérative, grâce à des prix fixes définis à l’avance ou indexés sur un cours reflétant le prix à l’export. Les cultures pour l’oisellerie répondent au besoin de diversification culturale des exploitations, pour des raisons agronomiques. Les contrats liant la coopérative et l’agriculteur sur ces productions se limitent à l’engagement de produire et livrer pour la coopérative et à la fixation des prix.

Un aspect visuel de la graine de la plus haute importance

Il n’existe pas de cahier des charges spécifiques au débouché de l’oisellerie pour les différentes productions. « Nous avons des exigences classiques comme l’absence de mycotoxines, la pureté variétale et celle spécifique. Sur ce dernier point, nous surveillons les graines d’ambroisie et de datura et nous disposons de nettoyeurs haut de gamme pour faire un bon tri », précise Michel Caillaud. Particularité : l’aspect visuel des graines est très important pour le marché de l’oisellerie comme pour les pois marbrés qui doivent être bien roses, les pois verts, les tournesols striés dont le mélange avec d’autres tournesols est proscrit…

Outre le respect du cahier des charges, l’industriel veut des lots homogènes, comme c’est le cas de l’entreprise belge Versele-Laga. « C’est notre client privilégié avec lequel nous avons noué une relation de confiance. Nous sommes en mesure de lui fournir une production stable en qualité et en quantité comme sur le tournesol strié qui est à la base de beaucoup de mélanges en oisellerie. Des cellules de stockage sont dédiées à chaque production pour l’oisellerie avec parfois un stockage de plus d’un an pour l’approvisionnement sur toute une année de notre client », explique Michel Caillaud. Pour répartir les risques, le directeur partage d’ailleurs la production pour l’oisellerie avec d’autres coopératives agricoles locales comme celles de Mansles, de Cognac, de Chérac-Segonzac et de Matha. Cette stabilité de production est mise en avant face à la concurrence des pays d’Europe de l’Est aux récoltes plus aléatoires en qualité et en quantité.

Une relation étroite entre le courtier, la Cavac et l’entreprise Versele-Laga

Pour structurer cette filière au débouché très spécifique, Thierry Hache a créé sa société de courtage (Thierry Hache Diffusion) et la démarche Grainoble qui est un référentiel de production de cultures secondaires pour des marchés de niche comme celui de l’oisellerie. « Nous établissons les contrats de vente avec nos produits qui portent la marque Grainoble entre la Cavac Villejésus et l’industriel qui va conditionner les graines pour l’oisellerie, explique Thierry Hache. Notre rôle est de trouver le bon accord entre acheteurs et vendeurs et de régler tous les différends éventuels. Il est aussi de fournir en semences le distributeur agricole partenaire pour ce débouché spécifique. » Thierry Hache Diffusion propose ainsi une dizaine de variétés de tournesol, pois, millet, blé blanc, lin… « Des semenciers me confient le développement de variétés pour le marché de l’oisellerie et j’en ai l’exclusivité pour certaines d’entre elles. »

Il est difficile de dresser un état des lieux du marché de l’oisellerie, qui est englobé dans celui plus large des pet food (alimentation pour animaux de compagnie). « C’est un marché de niche, très segmenté. Nous constatons une régression du marché des pigeons voyageurs de compétition et des oiseaux de cage, mais une augmentation de celui des oiseaux de plein air pour le nourrissage l’hiver, informe Thierry Hache. La caractéristique de ce débouché est de fournir un produit non transformé mais nettoyé et assemblé pour constituer des mélanges de graines en général. Il y a des marques spécialisées, régionales, et de grands opérateurs internationaux comme le Belge Versele-laga, leader du marché. En France, 80 % de la production est exportée, principalement vers le Benelux et la Grande-Bretagne. » Mais des pays comme la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne et l’Ukraine se sont invités à la mangeoire des graines pour l’oisellerie avec leurs productions à bas coûts.

(1) Coopérative portant le même nom que la Cavac en Vendée mais bien distincte.

EN CHIFFRES

Plus de 15 % des ventes sur l’oisellerie à la Cavac Villejésus

2 millions d'€ de chiffre d’affaires sur l’activité oisellerie sur un total de 12 millions d’€

2 500 à 3 000 t de tournesol strié collecté (1400 ha chez 40 agriculteurs) : + 50 €/t par rapport à du tournesol oléique (objectif)

600 t de millet jaune (150 ha chez 15 agriculteurs) : 250 €/t

300 t de pois marbré et 700 t de pois vert (400 ha chez 25 agriculteurs) : 250 €/t

200 t de blé blanc (40 ha) : + 10 €/t par rapport à du blé classique

AVIS D’EXPLOITANT : Claude Magnant, 8 ha de millet à Fouqueure

« Le millet, une culture de diversification qui ne m’a pas déçu »

« En 2019, j’ai cultivé pour la seconde année du millet. J’avais du tournesol strié en plus en 2018 pour la filière oisellerie. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant le débouché de la culture que de trouver des espèces pour diversifier mes productions. Outre le millet, je cultive du lin graines (8 ha) et de l’œillette (10 ha) pour d’autres débouchés. Le millet comme le maïs sont cultivés sur des terres à cailloux. Mais l’avantage du millet est de se récolter tôt, ce qui me laisse le temps de casser les pierres, intervention importante pour ces parcelles afin d’en faciliter le travail. D’autre part, avec un semis dans la première quinzaine de mai, je peux réaliser un faux semis contre les adventices et utiliser des herbicides différents de ceux du maïs. Les adventices sont mieux maîtrisées ainsi. Le millet a l’avantage d’être très peu coûteux en charges, moins de 300 euros/hectare (92 de semences, 48 d’herbicide, 65 d’engrais, 60 d’irrigation avec deux tours d’eau). J’ai obtenu 4,8 tonnes à l’hectare de rendement rémunéré à 240 euros la tonne. Ce prix avait été fixé avec la coopérative avant le semis. »

SCEA Pinaud-Magnant : 238 ha (blé tendre, maïs, tournesol, colza, luzerne, millet, œillette, lin oléagineux).

AVIS D’EXPLOITANT : Maxime Bonnaud, 30 ha de tournesol strié à Villefagnan

« Un tournesol strié plus rémunérateur que l’oléique »

« Sur l’exploitation, nous cultivons du tournesol strié depuis quatorze ans. En 2019, 30 hectares ont été consacrés à ce tournesol destiné à l’oisellerie, autant que pour le tournesol oléique. Le rendement a été de 20 quintaux à l’hectare contre habituellement 25-30 quintaux en conditions normales. Ce n’est pas une bonne année. L’itinéraire cultural est le même que pour des tournesols conventionnels avec un niveau de charges identique et un rendement équivalent. Sa valorisation est beaucoup plus intéressante avec une rémunération de 380 euros la tonne cette année contre 302 euros pour le tournesol oléique. C’est bien la recherche de valeur ajoutée sur tournesol qui m’amène à cultiver cette variété pour l’oisellerie. Mais l’ambroisie pose question. L’adventice s’étend et elle pourrait remettre en cause cette culture sur certaines parcelles. »

Gaec Pas-sans-peine : 240 ha (blé tendre, colza, orge d’hiver, tournesol, luzerne).

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