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Du neuf avec du vieux dans les herbicides maïs

De nouveaux herbicides arrivent sur maïs en introduisant des modes d’action inédits pour cette culture. C’est de l'innovation même si les matières actives en question sont utilisées depuis longtemps sur d’autres productions végétales.

Lentagran, cela vous parle ? « À base de pyridate, cet herbicide était très utilisé dans les années 90 sur maïs, entre autres, comme partenaire idéal des spécialités à base d’atrazine, se remémore Bertrand Boulet, responsable marché grandes cultures et cultures industrielles chez Belchim Crop Protection. Il avait dépassé le million d’hectares traités, assure-t-il. Puis l’atrazine a été retiré du marché. Sont apparus de nouveaux produits à base de nicosulfuron ou de tricétones et le pyridate a perdu de son intérêt. Le produit sur maïs n’avait plus été soutenu. Dans un contexte qui a évolué, nous le remettons au goût du jour… » Lentagran est employé actuellement sur des cultures légumières mais pas en grandes cultures.

Sur maïs, Belchim rebaptise le pyridate (600 g/l) sous le nom d’Onyx avec une nouvelle formulation. « C’est un produit de post-levée que nous préconisons plutôt à 2-4 feuilles du maïs en association avec d’autres spécialités, présente Bertrand Boulet. Le partenaire idéal est un herbicide à base de tricétone, sulcotrione ou mésotrione, pour améliorer le spectre antidicotylédone. Contre les graminées, on peut apporter en plus au mélange une solution composée de nicosulfuron. »

Avec le pyridate, c’est l’arrivée d’une nouvelle famille chimique d’herbicide (groupe Hrac C3) qui arrive sur le maïs, ce qui peut présenter un intérêt dans les stratégies antirésistances même si le maïs est peu touché par ce phénomène sur les adventices. « Le pyridate présente une action rapide qui le rend peu sensible au délai à la pluie après traitement, ajoute Arvalis. C’est un produit particulièrement sélectif, notamment dans les mélanges où il apportera son surplus d’efficacité sur certaines dicotylédones difficiles telles que les véroniques, fumeterres, mercuriales, géraniums, arroches, datura… Son point faible reste les renouées. » Le pyridate a une action également sur les graminées estivales. Il est préconisé à 0,5 l/ha (18 euros/ha).

La clomazone fait son apparition sur maïs

Belchim Crop Protection lance la commercialisation d’une autre nouveauté sur maïs : Alcance Sync Tec. Le produit contient une molécule apportant encore un nouveau mode d’action pour le maïs, avec la clomazone qui appartient au groupe Hrac F4 des herbicides. Cette matière active est utilisée sur d’autres cultures depuis des lustres. « Mais la clomazone seule apporte un spectre d’action insuffisamment large sur les adventices du maïs. Nous l’avons donc associé à une autre matière active, la pendiméthaline, dans notre produit Alcance Sync Tec, décrit Bertrand Boulet. Cela donne à notre herbicide l’un des spectres les plus larges en antidicotylédones. » Les deux substances actives sont associées sous une formulation liquide CS, de micro-encapsulation. Le produit est homologué pour des applications en prélevée et en post-levée précoce jusqu’au stade 2 feuilles du maïs. Le spécialiste de Belchim préconise une utilisation à privilégier en prélevée où le produit pourra être associé à un antigraminée avec diverses possibilités : Isard, Dual Gold, Camix… Précision qui aura son importance en bordure d’un cours d’eau : la ZNT (DVP) est de 20 mètres pour ce produit. Par ailleurs, Alcance Sync Tec a reçu une homologation également sur sorgho (voir encadré), ce qui n’est pas le moindre de son intérêt sur cette culture un peu délaissée en solutions herbicides.

Multitudes de produits à base de mésotrione

Aux côtés de ces nouveautés, les produits à base de mésotrione fleurissent maintenant que cette matière active est tombée dans le domaine public. Callisto n’est plus seul sur le créneau des mésotriones solo. Elypse 50 WG est une de ces nouvelles solutions qui présente l’originalité de sa formulation : un granulé dispersible WG. La spécialité commercialisée par De Sangosse est très concentrée en mésotrione : 500 g/kg. La dose d’emploi est de 0,3 kg/ha contre 1,5 l/ha pour la plupart des autres produits contenant 100 g/l de mésotrione. La dose à l’hectare de mésotrione n’est donc pas modifiée (150 g). Mais Elypse 50 WG nécessite une adjuvantation, en l’occurrence avec le produit Astuss récemment mis sur le marché par de Sangosse. La ZNT est de 20 mètres pour ce produit, alors que pour d’autres solutions à base de mésotrione, elle n’est que de 5 mètres(1).

Chez Syngenta, Callisto Plus est une version boostée de Callisto puisque le produit comporte du dicamba (120 g/l) en plus de la mésotrione (50 g/l). La dose d’usage est de 1 à 1,2 l/ha avec un fractionnement possible des applications jusqu’au stade 9 feuilles du maïs (à 0,8 l/ha). Arvalis situe le produit comme « un herbicide pour le désherbage des dicotylédones vivaces et en particulier du liseron des haies. Mais cette dernière nécessite un positionnement adéquat qui est différent de celui contre les adventices annuelles ». Le produit est efficace sur diverses dicotylédones mais n’apporte pas forcément un gain par rapport à un Callisto classique, ceci dépendant surtout de la dose de mésotrione apportée à l’hectare.

La remise au goût du jour d’anciennes matières actives sur maïs ne va pas s’arrêter là puisque l’on annonce le retour prochain du flufenacet, après le retrait de Diplôme (flufenacet + metosulam) il y a quelques années. Les herbicides se recomposent sur la base de substances actives « anciennes ».

(1) Callisto, Mesostar, Splendor, Temsa 100…

Spectre antidicotylédone très complet avec Arigo

Dans la série de produits à base de mésotrione, DuPont commercialise le produit Arigo qui a reçu une autorisation de mise en marché fin avril 2016. L’herbicide se compose de 36 % de mésotrione et de deux sulfonylurées, le nicosulfuron à 12 % et le rimsulfuron à 3 %. Il s’agit d’un herbicide de post-levée de formulation WG qui s’utilise avec un adjuvant. Selon Arvalis, à pleine dose (0,33 kg/ha + adjuvant), il apporte l’équivalent du mélange Callisto 1,2 l + Milagro 1 l + Tarot 0,04 kg en doses de matières actives. « Son spectre antidicotylédone est très complet avec un très bon niveau d’efficacité sur chénopodes, mouron des oiseaux, amarante, morelle noire, datura, mercuriale… En revanche, ses résultats sont moindres vis-à-vis des renouées (des oiseaux et liseron) et ambroisie sur lesquelles il devra être complété », ajoute l’institut. Yann Flodrops, ingénieur régional Arvalis précise : « Comparé à Elumis, la référence du marché, Arigo apporte un plus sur datura et un léger supplément d’efficacité sur sétaires et panic pied-de-coq. » DuPont présente deux stratégies d’utilisation d’Arigo : soit une application unique à une dose variant de 220 à 330 g/ha selon la flore sensible, soit deux applications fractionnées à 165 g/ha suivant les relevées d’adventices.

Le sorgho gagne un herbicide

L’arrivée d’un nouvel herbicide est toujours très bien accueillie sur sorgho. C’est le cas avec le produit de Belchim, Alcance Sync Tec. L’herbicide est utilisable uniquement en prélevée sur cette culture. « Outre son spectre antidicotylédone, le produit va freiner et regrouper la levée des graminées estivales (panics, sétaires, digitaires), ce qui permettra de positionner d’autres herbicides racinaires à partir de 3 feuilles dans des conditions optimales d’efficacité et notamment sur graminées non levées », note-t-on chez Arvalis. Belchim conseille d’inclure son produit dans un programme de désherbage. « L’association d’Alcance Sync Tec + Calliprime Xtra montre un spectre très intéressant d’efficacité sur graminées et dicotylédones », précise, à titre d’exemple, Jean-Luc Verdier, spécialiste du sorgho chez Arvalis.

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