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Une coopération se dessine avec le Bénin

Une délégation de Producteurs de Légumes de France s’est rendue au Bénin, à l’invitation d’agriculteurs béninois. L’objectif était de lancer les bases d’une coopération pour améliorer les rendements et renforcer le marché intérieur, ainsi que les exportations.

Le Bénin est un pays d’opportunités aux terres très fertiles

Quelque part dans la brousse, dans le sud du Bénin, Sylvain Bernard, maraîcher du Vaucluse, s’empare d’une pioche et, sous les yeux curieux d’une poignée d’ouvriers agricoles, l’enfonce dans le sol. L’outil tout neuf, acheté il y a des mois, était remisé dans un hangar faute de notice : dans ce petit territoire d’Afrique de l’Ouest, seule la machette est employée pour réaliser les mille et un gestes de la vie quotidienne agricole. Et ce n’est pas forcément l’instrument le plus efficace...

Le Bénin a une place géographique stratégique

C’est justement pour modifier leurs méthodes que des chefs d’exploitation du Bénin ont sollicité le savoir-faire des paysans français, afin d’améliorer les rendements et la régularité de leur production. Une délégation d’agriculteurs, emmenée par le président de Légumes de France Jacques Rouchaussé et le directeur Bertrand Rival, s’est rendue au Bénin mi-octobre pendant une semaine pour évaluer les potentialités d’une coopération et connaître la situation politique, économique, fiscale et sociale béninoise, afin de mieux appréhender les écueils. Ce pays, qui compte dix millions d’habitants, doit relever plusieurs défis. Avec 34 % des enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition, le Bénin est confronté à l’urgente nécessité de développer ses cultures vivrières. La pauvreté gagne du terrain et « la population a besoin d’opérateurs économiques qui enrayent ce phénomène », selon la directrice de l’Agence française de développement, Catherine Bonnaud. Bordé à l’est par le Nigeria, première puissance économique d’Afrique, forte de 186 millions d’habitants, et au nord par le Niger, terre aride à la croissance démographique exponentielle, « le Bénin a une place stratégique et bénéficie, à portée de main, des marchés importants des pays voisins », affirme Ganiou Soglo, propriétaire de terres agricoles près de Zinvié, à quarante kilomètres de Cotonou, la capitale.

Accompagner les agriculteurs béninois

La délégation a ainsi visité des exploitations, rencontré des responsables institutionnels français et béninois, échangé avec des chefs d’entreprise. Pour aboutir à ce constat : certes les difficultés sont nombreuses – transports et infrastructures insuffisants, réseau électrique défaillant, taux d’emprunt à deux chiffres – mais le Bénin est avant tout une terre d’opportunités. « Il y a du développement à faire ici, les Béninois sont en déficit sur les cultures maraîchères, estime Jacques Rouchaussé. Les agriculteurs français possèdent une technicité qu’il serait intéressant d’exporter. Nous devons rayonner au-delà de nos frontières. Cette coopération est une première et nous devons regarder l’avenir avec ambition et optimisme. Si nous ne sommes pas présents demain dans l’Afrique francophone, d’autres prendront cette place »... À commencer par les Chinois et les Indiens qui ont fait du continent africain une terre de cocagne. « À force de se concentrer sur ce qui se passe sur le territoire hexagonal, on ne regarde plus ce qui se passe ailleurs », renchérit Laurent Bergé, président de l’Association nationale des producteurs de tomates et concombres de France et producteur en Loire-Atlantique. Pas question néanmoins de s’approprier les richesses de cette ancienne colonie française. Le Dahomey, devenu le Bénin, a pris son indépendance en 1960. « L’idée est d’accompagner les agriculteurs afin qu’ils soient plus autonomes. Nous ne sommes pas venus acheter des surfaces », assure Jacques Rouchaussé qui se dit toutefois « époustouflé par la fertilité des terres ». « Si l’on avait de tels sols en France, nous serions les rois du pétrole », sourit le président de Légumes de France, qui s’est entretenu à son retour avec le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

Des champs d’ananas à perte de vue

Parmi la délégation figurait aussi Jean-Marc Boyer, producteur et expéditeur, en quête d’ananas pain de sucre, une variété cultivée au Bénin et prisée pour ses qualités gustatives, qui pourrait entrer dans sa gamme exotique vendue sous la marque Philibon. Dans le sud du pays, notamment autour des communes de Tori-Bossito et Zinvié, des champs d’ananas, plantés au cordeau, courent à perte de vue. Souvent, les fruits pourrissent dans les champs, faute de marchés et d’usines de transformation pour absorber le surplus. Les producteurs sont également confrontés aux coûts des intrants et appliquent sur leurs plantations, parfois à l’aveugle, des produits phytosanitaires destinés à la culture du coton. « Notre première richesse, c’est l’agriculture. Tôt ou tard, nous devrons faire prospérer ce secteur », insiste Tabé Auguste Gbian, président du Conseil économique et social du Bénin. Cet atout, le nouveau président du Bénin, Patrice Talon, l’a bien compris : l’agriculture figure parmi les secteurs qu’il souhaite prioriser. « Nous reviendrons », a assuré quant à lui Jacques Rouchaussé. La coopération devrait s’étendre à la production de riz, l’un des aliments de base de l’alimentation béninoise, en collaboration avec des riziculteurs de Camargue.

Murielle Kasprzak

Le pain de sucre, l’ananas béninois

Au Bénin, deux variétés d’ananas sont cultivées dans cinq des douze départements du pays : le cayenne et le pain de sucre, aussi appelé l’ananas bouteille. Ce dernier se distingue par sa forme conique, son écorce de couleur vert foncé et sa chair pâle. Le fruit pousse au coeur d’une plante herbacée, de la famille des broméliacées, aux longues feuilles, et il faut compter en moyenne 18 mois entre la plantation et la récolte. La plante tropicale, qui s’épanouit sur un sol drainé, fournit des rejets qui sont ensuite replantés par les agriculteurs pour étendre la superficie de plantation. Le pain de sucre, plus rare sur les étals français que ses cousins victoria ou cayenne, est prisé pour sa chair tendre, juteuse et très sucrée.

EN CHIFFRES

Superficie

Sur 112 622 km2

242 000 hectares dédiés à l’agriculture

85 % des terres en friche

Agriculture

39 % du PIB estimé à 7,7 milliards de dollars

200 000 emplois directs

150 000 à 170 000 tonnes de tomates produites chaque année, avec des variations de 30 000 à 240 000 tonnes.

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