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Nouvelles variétés et prophylaxie
Une bataille est gagnée, pas la guerre

Les producteurs de kiwis reprennent espoir sur le front de la lutte contre le PSA : stratégie de protection des vergers et arrivée d'une nouvelle variété jaune rebattent les cartes.

En quelques années, la bactérie PSA(1) introduite en France par des plants contaminés italiens s'est attaquée d'abord aux variétés jaunes qui ont joué un rôle de bouc émissaire avant qu'elle ne s'attaque également à Hayward, et cela partout dans le monde. Si PSA est sans danger pour la santé humaine, la bactérie peut entraîner la mort de l'arbre.

Le PSA a suscité une mobilisation générale : chez les Néo-Zélandais (qui dépensent l'équivalent de 20 millions d'euros chaque année depuis trois ans sur ce thème et ont créé un site Internet accessible à tous), chez les Pouvoirs publics qui éditent chaque année un état du verger (prochaine édition en décembre), chez les opérateurs qui participent aux réunions avec leurs équipes techniques et les techniciens du Développement.

Séverine Brun, responsable transfert technique et développement chez Zespri France, connaît bien les problématiques régionales. Installée à Dax depuis plusieurs années, elle accompagne en particulier les kiwiculteurs de Garlanpy, le groupement de producteurs adossé à Sikig, dans leur stratégie de reconquête.

Première étape : le développement d'un programme de prophylaxie en trois volets : surveillance pointilleuse de l'apparition du moindre symptôme visuel sur les arbres, éradication du matériel végétal infecté et programme de traitement pour empêcher que la bactérie qui vit à la surface de la plante n'y pénètre.

Séverine Brun souligne l'efficacité de ce programme : il combine l'application de produits à base de cuivre (ceux-là même qu'on utilise en bio et dont on a constaté un effet positif sur une autre maladie du kiwi, la bactériose) et celle d'un stimulateur des défenses naturelles (SDN), le Bion (cf. encadré ci-dessous). Dans la région des Gaves, la moyenne des traitements s'établirait à quatre ou cinq par saison. Techniquement, cela ne doit pas être un frein. Economiquement non plus.

Le point sur le Bion PROPHYLAXIE

En 2013 à la demande du Bureau interprofessionnel du kiwi (Bik), le produit Bion 50 WG a fait l'objet d'une dérogation de 120 jours d'autorisation de mise en marché qui vient de s'achever le 9 août dernier. Ce produit était autorisé avant floraison sur des vergers en production (en absence de données résidus) et sur de jeunes plantations. L'efficacité du Bion est du même ordre que le traitement au cuivre.

Agissant par stimulation des défenses naturelles du végétal, le Bion apporte un mode d'action complémentaire au cuivre.

Autre piste, la protection des vergers contre l'eau et l'humidité par des bâches (comme pour la cerise). Son coût est estimé à 50 000 euros par hectare. Mais cela fait aussi office de paragrêle, cela protège du vent et l'on obtient des fruits plus gros. Pour les kiwis jaunes, cela peut être une solution. Des essais grandeur nature se mettent en place.

Julien Pédelucq, président-directeur général de Sikig, met en face de ces coûts le chiffre de 40 000 à 50 000 euros par hectare pour Hort 16A (Zespri Gold), davantage avec G3 (Sun Gold), encore plus productif.

Kiwi à chair jaune : le retour !

Le président de Garlanpy, Bernard Garat, a regreffé des plants atteints en juillet avec du G3. « C'est reparti ! ». Le kiwiculteur, satisfait du résultat, souligne que cela représente surtout du temps : 5 à 6 heures par hectare pour le greffage auxquelles il faut ajouter le suivi, important ; au total « une vingtaine d'heures par hectare ». Mais le résultat est au rendez-vous : la bonne santé des arbres – à comparer avec une parcelle voisine non traitée – en témoigne. Sur Hayward, il suffit souvent d'amputer assez largement les parties infectées.

Le retour du kiwi à chair jaune passe par la montée en puissance de G3. Cette variété n'est pas arrivée dans les valises de la maladie : elle était « déjà en essais auprès des consommateurs néo-zélandais en 2008 », rappelle Séverine Brun.

Cette nouvelle génération de kiwis à chair jaune occupe déjà 4 400 ha en Nouvelle-Zélande et en Italie. En France, elle représente à ce jour 72 ha, dont 55 ha greffés depuis juin 2012 pour la seule entreprise Sikig « avec un projet de doublement dès l'année prochaine et un objectif de 100 ha à trois ans ». Ces greffes sont effectuées sur les porte-greffe et vergers infestés.

En Nouvelle-Zélande où on a commencé à “couper” en 2011, il ne restera que 450 ha de Hort 16A pour 2015. Seules ces régions indemnes produiront du Zespri Gold.

« Aujourd'hui, le rendement du Hayward est à la baisse, d'où la nécessité d'autres choix, souligne Pascale Bégoulle, responsable commercial et marketing chez Sikig. Le G3 est une des solutions proposées. »

La montée en puissance de SunGold

G3 remplace Hort 16A dans les vergers et SunGold succède à Zespri Gold sur les étals. Le fruit est différent, sans mugron, moins fragile au conditionnement et d'une présentation plus proche d'Hayward que Hort 16A.

En Italie et en Nouvelle-Zélande, SunGold est déjà dans les circuits commerciaux : en Nouvelle-Zélande avec 7 600 t produites cette année et un objectif de 200 000 t à l'horizon 2018 ; en Italie, avec 330 t récoltées. La politique de Zespri ne change pas, fondée sur un contrôle très strict des surfaces, y compris en Nouvelle-Zélande et un système de licence de production, la commercialisation étant assurée par Zespri dans le monde entier. En France, Sikig et Blue Whale sont les partenaires de Zespri.

Prim'Land, leader national de l'offre kiwi, s'est aussi beaucoup impliqué dans la surveillance de la maladie, en partenariat avec les pouvoirs publics. Un ingénieur de la SCAAP s'est directement investi dans ce travail. Comme ses collègues, l'entreprise a « perdu des variétés, arraché des hectares ». Là aussi, les applications de cuivre ont permis de limiter l'extension de la maladie. Là aussi, il faut pousser les producteurs qui n'avaient jamais eu besoin d'avoir recours à l'usage du pulvérisateur à faire une véritable révolution culturelle…

« Une bataille est gagnée mais pas la guerre, tempère Julien Pédelucq, co-président du Bik. La pomme vit bien avec le feu bactérien depuis quarante-cinq ans. »

(1) Pseudomonas syringae pv. Actinidiae

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