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Robotisation en asperge : « L’AsperCut peut travailler 20 heures d’affilée »

Maxime Pallin, producteur d’asperges dans le Sud Gironde, teste depuis 2022 le robot de récolte d’asperges AsperCut développé par la start-up nantaise Sylektis.

<em class="placeholder">Démonstration du robot AsperCut de Sylektis.</em>
L’AsperCut, ici présenté aux International Asparagus Days 2025, récolte en autonomie mais requiert un opérateur pour les changements de rang.
© V. Bargain

[Catherine Gerbod et Véronique Bargain]

Le manque de main-d’œuvre, causé notamment par la pénibilité du travail, motive Maxime Pallin, producteur d’asperges dans le Sud Gironde sur 40 hectares, à étudier des solutions. Avec son frère Jean-Luc, il teste depuis trois ans l’AsperCut, la plateforme robotisée de récolte d’asperges mise au point par la start-up nantaise Sylektis. En 2025, un hectare a été dédié à l’essai.

L’équipement repose sur un enjambeur porte-outil automoteur doté de caméras, d'une intelligence artificielle et d’un ou deux bras robotisés de récolte. L’enjambeur peut être 100 % électrique avec 8 à 10 heures d’autonomie ou hybride. « Au début de chaque butte, l’opérateur passe le paillage sur la machine et lance le cycle de récolte automatique. L’AsperCut soulève le paillage, récolte et dépose le paillage derrière lui en toute autonomie », décrit Wilfried Garrigue, président de Sylektis.

Le robot avance au-dessus de la butte par guidage laser. Une caméra à l’avant détecte les asperges, ce qui entraîne l’arrêt de la machine. Deux autres caméras en 2D et 3D analysent alors la zone, repèrent les coordonnées des asperges et les transfèrent au bras de récolte qui peut se déporter dans toutes les directions. Un outil breveté équipé de lames descend alors pour couper l’asperge blanche à la profondeur déterminée par l’opérateur, jusqu’à 27 centimètres. Le bras dépose ensuite l’asperge d’un côté ou de l’autre dans un bac tampon. L’opérateur arrête le robot en bout de rang, récupère la récolte et assure les changements de rangs avec une télécommande.

Adapter la parcelle à la robotisation

Maxime Pallin juge la détection des asperges « vraiment opérationnelle grâce aux caméras ». Il souligne aussi que la machine « peut travailler même sous la pluie car tout est étanche ». La version hybride permet un travail en continu, y compris de nuit, ce qu’il considère comme un atout pour la qualité des asperges.

Les parcelles sont déjà adaptées à l’AsperCut car elles sont organisées en rangs de 2 kilomètres et espacés de 3,70 mètres. Cette configuration a été pensée pour utiliser la remorque de 18 mètres d’envergure qu’ils ont imaginée. Elle permet de « soulever six bâches en même temps et d’avoir sept à huit ramasseurs qui avancent ensemble ». Cette disposition en longs rangs est un atout pour la robotisation « car il y a moins de demi-tours, souligne Maxime Pallin. On densifie sur le rang. Le robot le supporte bien ». Les plastiques seraient en revanche à adapter. « Aujourd’hui on travaille avec deux plastiques et des arceaux que le robot ne peut pas gérer. Il faudrait opter pour un autre type de plastique mais ce n’est pas plus cher à l’achat que deux », relativise Maxime Pallin.

Les remarques des Pallin inspirent à Sylektis des évolutions. L’outil récolte toutes les asperges repérées. Le producteur signale que lorsqu’elles sont trop tordues, le bras aura tendance à livrer des asperges courtes. L’entreprise peut adapter l’outil si le taux d’asperges non droites est élevé.

Évaluer la rentabilité de l’investissement

Le prix de vente est de 195 000 euros. Le robot peut effectuer huit cycles par minute. Sylektis calcule qu’en 20 heures, l’AsperCut récolte 7 200 asperges, soit 396 kilos. Pour 60 jours de récolte et un amortissement sur sept ans, le coût de récolte est évalué à 1,17 euro le kilo d’asperges et à 0,94 euro le kilo pour 75 jours de récolte. Avec un deuxième bras, le prix du robot passe à 295 000 euros mais la quantité récoltée double. L’entreprise calcule alors un coût de récolte de 0,89 euro le kilo d’asperges pour 60 jours de récolte (0,71 euro pour 75 jours).

Les Pallin ont calculé qu’il leur faudrait que deux machines, gérées par deux opérateurs successifs, à raison de 10 heures chacun plus 2 heures de maintenance et charge. Un deuxième bras de récolte améliorerait les performances mais renforcerait encore le coût d’achat. Ils vont pour l’instant continuer le test en R&D via de la location, mais ils intègrent la perspective de mécanisation dans leurs réflexions.

L’AsperCut sera proposé en série fin 2026, à la location ou à la vente. « Nous travaillons sur une solution embarquée pour le traitement bio des parasites comme le criocère des asperges et le désherbage mécanique », informe l’entreprise. Elle compte faire d’AperCut une plateforme multi-usages pour élargir le champ de compétences du robot.

L’AsperCut récolte aussi les asperges vertes

En 2024, Sylektis a aussi développé avec son partenaire japonais Fanuc, leader mondial des robots industriels, un bras robotisé de récolte des asperges vertes. Le bras équipé de couteaux coupe l’asperge au ras du sol. Sa cadence annoncée est de 14 asperges vertes par minute. La machine peut être équipée de deux bras. Sylektis entrevoit des perspectives commerciales en Allemagne, Belgique, Italie et au Canada.

Caractéristiques

Dimensions 4 m de long et 2,5 m de large

4 roues directrices et motrices

Motorisation électrique ou hybride (grâce à un groupe électrogène)

Cadence 8 cycles de récolte d’asperge blanche par minute

Équipement 1 ou 2 bras de récolte

D’autres robots et machines de récolte

D’autres robots de récolte sont proposés par des constructeurs hollandais. Cerescon propose le Sparter S121, qui détecte les asperges dans le sol grâce à l’injection d’un courant électrique que l’asperge conduit davantage que le sable du fait de sa richesse en eau. Le robot soulève la bâche, détecte et coupe les asperges, répare le lit de sable et remet la bâche. Le potentiel de récolte est de 0,3 ha/h avec un opérateur pour deux robots. Plus d’une dizaine de Sparter S121 sont déjà utilisés aux Pays-Bas et en Allemagne. AVL Motion propose le robot de récolte des asperges blanches S9000. La détection de l’asperge se fait par caméra et par un système innovant de détection souterraine. La machine permet de récolter 6000 turions/h. Quelques S9000 sont utilisés en Allemagne et aux Pays-Bas. Christiaens Agro Systems propose deux machines de récolte totale des asperges. Chris est une machine de récolte des asperges blanches et vertes, conduite par un opérateur, qui se déplace jusqu’à 60 m/min. Les asperges blanches sont coupées par deux disques, les vertes par une scie à ruban juste au-dessus du sol. La terre est tamisée, la butte reformée et les asperges sont transférées par un convoyeur jusqu’à des opérateurs qui les trient et peuvent laisser les asperges trop fines ou tordues au champ. Christian est une machine tractée fonctionnant sur le même principe, mais dédiée uniquement à l’asperge verte. Elle permet de récolter 2 ha/h et est équipée à l’arrière d’un module de désherbage mécanique.

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