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Réflexions sur le marché européen de la banane

Depuis que j’ai été chargé en janvier 2005 de coordonner à la Commission européenne la gestion administrative du marché européen de la banane, je me suis rendu compte qu’il s’agit d’un des sujets les plus complexes, conflictuels et polémiques sur lesquels j’ai dû travailler.

Les aspects émotionnels, voire idéologiques, sont dans la pratique quasiment aussi importants que les économiques. Ce qui a fait que je suis allé de surprise en surprise.

Permettez-moi de prendre trois exemples :

• Le 1er janvier 2006 a vu l’entrée en vigueur du tarif unique à l’importation de bananes venant principalement d’Amérique Latine. L’Union européenne a ainsi satisfait à ses engagements suite aux panels bananes de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Bien évidemment, les perdants du jeu sont les opérateurs qui détenaient le plus de licences d’importation. Parmi eux, et en premier lieu, on trouve Chiquita, la compagnie qui a le plus investi pour que l’UE perde les panels. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

• L’UE a fait une première proposition de tarif unique à 230 euros/t. Quelques éminents représentants des pays latino-américains (et de compagnies multinationales) ont argumenté que le nouveau tarif devait être de 75 euros, c’est-à-dire le même tarif douanier qui existait quand il y avait les licences. Ce qui équivaut à dire que la licence n’avait aucune valeur économique. Mais si les licences n’avaient aucune valeur économique, pourquoi ont-ils lancé les panels ?

• Les arbitres ont conclu à plusieurs reprises que les propositions de l’UE ne maintenaient pas un accès équivalent pour la banane latino-américaine sur le marché européen. A la lecture de leurs rapports, je n’ai pas eu la certitude qu’ils avaient réalisé une analyse détaillée des informations économiques fournies par les deux parties.

Soyons raisonnables

Lors de la réunion de l’OMC à Hong-Kong, il a été décidé de réaliser un suivi de marché communautaire (appelé “monitorage”) pour évaluer l’impact du nouveau tarif unique de 176 euros/t, pour savoir dans les faits s’il assure l’équivalence de traitement pour les bananes dollar (comme le dit la Commission) ou non, comme l’affirment certains de nos partenaires commerciaux.

Ce suivi est un exercice important qui doit être pris au sérieux. Il doit être transparent, complet et basé sur des données de marché et non sur des suppositions. Il doit couvrir le marché européen en premier lieu mais aussi prendre en compte l’évolution des prix et des volumes commercialisés sur les autres grands marchés comme les Etats-Unis ou la Russie. Il serait même souhaitable pour être complet qu’il incorpore aussi les chiffres des disponibilités du produit sur le marché mondial ainsi que l’offre communautaire et celle des pays africains, des Caraïbes et d’Amérique Latine.

Il est de l’intérêt de tous que cet exercice soit un succès.

• Si le tarif unique est trop bas, les prix du marché vont diminuer devant l’offre excessive. Le marché européen perdrait sa condition de marché le plus intéressant du monde pour les exportateurs. Les conséquences pour les pays exportateurs d’abord, mais surtout pour les familles qui vivent de l’activité bananière, risque d’être dramatiques.

• Si le tarif unique est trop haut, nous n’utiliserions pas pleinement l’instrument commercial comme instrument de développement et nous pénaliserions nos consommateurs par un prix excessif.

Je ne sais combien de temps devrait durer ce monitorage, mais suffisamment pour que nous puissions obtenir des chiffres fiables. Ce temps ne doit pas être excessif pour que nous puissions modifier ce qui doit l’être avant que cela n’entraîne des conséquences irréversibles pour les pays exportateurs ou pour les consommateurs.

Il me semble important que la particpation à cet exercice soit la plus large et la plus sérieuse possible.

La réforme interne

Une fois approuvée la réglementation des échanges externes, le moment est venu de s’occuper des mécanismes internes de l’UE. Le débat a débuté avec la publication de l’évaluation de l’OCM qui est globalement excellente et qui a permis d’identifier quelques thèmes et questions qui méritent une plus ample réflexion :

• L’importance locale et régionale de l’activité banane dans le tissu économique non seulement de production mais également comme base solide sur laquelle se construit

l’approvisionnement, le commerce et la diversification productive des îles.

• Comment stimuler les diversifications possibles ?

• L’évolution déséquilibrée du revenu des producteurs dans les différentes régions européennes.

• La continuité dans le processus d’amélioration de la qualité des productions communautaires.

• L’impact sur l’environnement de la culture de la banane, l’usage de produits chimiques et les besoins en eau principalement.

• Le futur de la banane bio et la production intégrée ou raisonnée.

• L’impact prévisible (ou possible) sur les prix du tarif unique.

• La nécessaire stabilisation des aides communautaires pour la banane, dans un contexte général de discipline et de rigueur financières.

• La diminution de l’impact de distorsion du commerce des mesures communautaires.

• Comment contribuer à une meilleure intégration de ces îles dans leurs environnements géographiques ?

Voilà quelques unes des questions qui se posent. Cette liste est loin d’être exhaustive mais elle permet déjà de souligner l’importance d’un large porcessus de discussion publique. Ce débat a déjà commencé. Il est, entre autres, animé par les contributions déjà existantes venant, des producteurs (l’association des producteurs européens de bananes, APEB), des Etats membres producteurs ou des promoteurs d’un commerce plus équitable.

Il est donc à prévoir des mois à venir importants pour le secteur de la banane. En juin, la Commission devrait approuver sa proposition, et nous devrions avoir jusqu’à la fin de l’année pour l’approbation finale de la réforme par le Conseil des ministres.

N. B. : Les opinions exprimées dans cette tribune libre n’engagent que son auteur et non l’Institution pour laquelle il travaille.

Tomas Garcia Azcaraté est chef de division “huile d’olive et horticulture” de la Direction générale de l’Agriculture et du Développement rural de la Commission européenne. Maître de conférences de l’Institut des Etudes européennes de l’Université libre de Bruxelles.

(Titre et intertitres de la rédaction)

Rédaction Réussir

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