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Rapport d'évaluation de la biodiversité mondiale : « Nous devons revoir en profondeur nos modèles de production agricole »

© C. Dangléant

Questions à Didier Bazile, chercheur au Cirad*, membre du comité français de l’IPBES**

 

Un effondrement mondial de la biodiversité est constaté par l’IPBES, dans son premier rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques, présenté début mai. Quelles en sont les raisons identifiées ?

 

Tout d’abord, aucune tendance positive n’est observée à l’échelle mondiale pour compenser la dégradation de la situation. Il faudra s’en prendre au processus global de l’érosion de la biodiversité si l’on veut avoir une chance de modifier les choses. Cela nous appelle à un changement de paradigme en profondeur des systèmes agricoles et alimentaires. Les experts de l’IPBES associent en premier lieu la perte de la biodiversité des écosystèmes terrestres aux changements d’utilisation des sols occasionnés par l’agriculture, avec un accroissement de la demande et de la consommation en produits animaux. D’autres causes sont également importantes : le changement d’usage des terres causé par l’urbanisme et de la mer par la pêche, l’exploitation de certains organismes vivants, le changement climatique, la pollution, et les espèces exotiques envahissantes. Le changement climatique va nettement aggraver les autres causes et il risque de très vite devenir la principale cause de perte de la biodiversité. Entre des aléas climatiques croissants d’un côté et la diminution de la biodiversité et de la résilience des écosystèmes de l’autre, nous nous attendons à un effet d’emballement.

 

Quelles conséquences pourra avoir cette perte de biodiversité sur l’agriculture ?

 

L’agriculture, même la plus intensive, a besoin de la diversité biologique et des services écosystémiques comme la fertilité des sols, la pollinisation… La biodiversité, fondamentale pour les questions agricoles et alimentaires, est l’un des six champs thématiques stratégiques du Cirad. Sans elle, un écosystème, qu’il soit cultivé ou naturel, est très vulnérable aux aléas. Il est crucial de changer notre regard sur l’agriculture pour ne pas lui attribuer un seul objectif de production, souvent uniquement lié au rendement, mais de considérer aussi son impact sur les services écosystémiques. Nous avons besoin de biodiversité dans nos champs et dans nos assiettes, pour la santé des écosystèmes, mais aussi pour la nôtre. Biodiversité, alimentation et santé sont intimement liées, c’est pourquoi la recherche agronomique doit avancer vers une agriculture plus sensible aux enjeux nutritionnels. Cela nous obligera à revoir en profondeur nos modèles de production agricole.
 

Quelles pistes préconise l’IPBES afin de concilier biodiversité et production agricole ?

 

Les objectifs et mesures mis en place actuellement pour protéger la nature restent très insuffisants. Ils sont trop ciblés ou trop ponctuels pour contrer la tendance actuelle. Pire, ces actions se révèlent parfois même contre-productives. Par exemple, les incitations à la reforestation sont favorables au stockage du carbone dans le sol, mais elles peuvent concerner des plantations d’arbres monospécifiques qui sont extrêmement pauvres en biodiversité et entraînent la perte de certains habitats, contrairement aux pratiques agroforestières favorisant les interactions multiples entre étages écologiques. L’IPBES préconise notamment de promouvoir les pratiques agroécologiques, de conserver la diversité génétique des espèces cultivées mais aussi de leurs parents sauvages, de gérer de manière intégrée paysages et bassins-versants, de réformer les chaînes d’approvisionnement, de promouvoir des choix alimentaires sains et de réduire le gaspillage alimentaire.

*Cirad : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement

**IPBES : plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques

Rédaction Réussir

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