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Etats généraux de l’alimentation

« On attend la 3e mi-temps ! »

La journée de lancement des Etats généraux de l’Alimentation s’est tenue le 20 juillet à Bercy.

La réunion de lancement des Etats généraux de l'alimentation a eu lieu le 20 juillet. © Claire Tillier

C’était devenu l’Arlésienne de l’été 2017, on en entendait (beaucoup) parler, on savait que la première réunion devait avoir lieu « courant juillet », mais rien de plus. La journée de lancement des fameux Etats généraux de l’Alimentation s’est finalement tenue le 20 juillet à Bercy. Au pupitre, des ministres (moins nombreux qu’annoncés*), des spécialistes de ces différents domaines venus présenter diverses études (INCA, CNA…) et l’absence remarquée du chef de l’Etat (retenu à Istres, dans les Bouches-du-Rhône, pour une journée d’échanges avec les militaires). Dans la salle, tout ce que la France peut compter de représentants de l’agriculture, de l’agroalimentaire (tous secteurs confondus), de la distribution et de consommateurs. Entre les quatre tables rondes, un large temps a été accordé à l’audience pour permettre à bon nombre de s’exprimer, certains y allant de leurs doléances, d’autres de leur expérience.

Dans la filière fruits et légumes, Laurent Grandin, vice-président d’Interfel, a par exemple présenté l’interprofession f&l, insistant sur la représentativité de l’amont comme de l’aval. Jacques Rouchaussé a pris la parole en tant que président du CTIFL, pour expliquer la CVO mise en place, Luc Barbier s’est notamment exprimé sur le prix des produits (« la valeur a un prix »), la maraîchère députée européenne Angélique Delahaye a pris la parole sur l’Europe, Philippe Ruelle directeur de l’UGPBAN a rappelé qu’il ne fallait pas oublier les Outre-mers…

La difficulté des agriculteurs a été rappelée tout au long de la journée, notamment par Christiane Lambert et plusieurs autres membres de la FNSEA.

Interrogées, plusieurs personnes de l’audience ont salué l’initiative gouvernementale et sa nouveauté, dans la forme en tout cas. Mais la majorité attend de voir ce qui va en découler. « Après le premier chantier (NDLR : les sept premiers ateliers de fin août à fin septembre) et le deuxième chantier (NDLR : les autres ateliers qui nous mèneront à fin novembre), on attend la troisième mi-temps : les décisions politiques qui vont en découler », nous a-t-on soufflé. Le premier tir dans cette direction est parti de la journaliste Audrey Pulvar, intervenant en tant que présidente de la Fondation pour la nature et l'homme : « Qu’en restera-t-il de ces Etats généraux ?, s’est-elle exclamé. Nous réclamons une 3e phase politique d’engagements pérennes ! ». Une interjection reprises ensuite par plusieurs personnes. « Il y aura des décisions politiques a affirmé, Stéphane Travert. Nous allons inscrire l’agenda des solutions dans le temps. Je m’inscris dans le temps long. Nous avons le temps du quinquennat ». A suivre donc. Dans un premier temps, rendez-vous fin août pour le premier des ateliers de la série "Comment créer plus de valeur ?".

Claire Tillier

* S’y sont succédés : Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances. Manquait à l’appel, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, retenue au conseil européen.

« La répartition de valeur est l'objectif majeur de ces Etats généraux » : Edouard Philippe, Premier ministre.

Entendu aux Etats généraux de l’Alimentation

Eric Lepêcheur, président de Restau'Co, rappelant le coût d’un déjeuner et petit-déjeuner à l’hôpital (2,20 € !) : « 40 % des personnes qui sortent de l’hôpital en sortent malnutries. On marche sur la tête ! »

Luc Barbier, président de la FNPFruits : « Si on met en avant le modèle environnementale et social, ça a une valeur et si il y a unevaleur, il faut mettre un prix ».

Guillaume Garot, président du Conseil national de l’alimentaire : En matière d’alimentation, « les enfants sont souvent meilleurs prescripteurs que leurs parents ».

Marc Hervouet, président de la CGI (Confédération du Commerce de gros et international) : « Depuis 50 ans, la part du prix mis (NDLR : par des ménages) dans l’alimentation n’a fait que baisser… »

Nicolas Chabanne, fondateur de la marque “du consommateur” C’est qui le patron ! en expliquant le concept : « Le consommateur peut comprendre. Il est prêt à mettre le prix quand on lui explique ».

Olivier de Bohan, vice-président de Coop de France : « J’entendais tout à l’heure que le consommateur est prêt à payer plus pour de la qualité. Nous, agriculteurs, on est aussi prêts à faire en sorte de réduire les coûts de production. Si chacun fait un pas, on devrait y arriver ! ».

Bernard Lannes, président de la Confédération paysanne en réponse au ministre de l’Agriculture disant s’inscrire les Etats généraux dans un temps long : « Nous, il nous faut un temps court ! » et de rappeler que « la moitié des agriculteurs gagne moins de 350 € par mois ! ».

Le programme des Etats généraux de l’alimentation

Annoncés par le président de la République en juin dernier, les États généraux de l’Alimentation poursuivent quatre objectives :

- relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition
permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes
- accompagner la transformation des modèles de production afin de répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs
- promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable.

Ils s’organisent en deux chantiers, totalisant 14 ateliers dans lesquels le temps sera compté pour chaque intervenant.

1er chantier : la Création et la répartition de la valeur (de fin août à fin septembre)

Comment créer plus de valeur ?

Atelier 1 : Mieux répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualités nutritionnelles et environnementales, d'ancrage territorial, de bien-être animal et d'innovations

Atelier 2 : Développer les initiatives locales et créer des synergies

Atelier 3 : Développer la bio-économie et l’économie circulaire

Atelier 4 : Conquérir de nouvelles parts de marché sur les marchés européens et internationaux et faire rayonner l’excellence du modèle alimentaire et le patrimoine alimentaire français en France et à l'international

Comment mieux répartir la valeur ?

Atelier 5 : Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs

Atelier 6 : Adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs

Atelier 7 : Améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs

2e chantier : Une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous (de début octobre à fin novembre)

Atelier 8 : Assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation française dans une économie agroalimentaire mondialisée et dans un contexte de changement climatique tout en prévenant les contaminations chimiques

Atelier 9 : Faciliter l'adoption par tous d'une alimentation favorable à la santé

Atelier 10 : Lutter contre le gaspillage alimentaire

Atelier 11 : Réussir la transition écologique et solidaire de notre agriculture en promouvant une alimentation durable

Atelier 12 : Lutter contre l'insécurité alimentaire, s'assurer que chacun puisse avoir accès à une alimentation suffisante et de qualité en France et dans le monde

Atelier 13 : Renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et des filières alimentaires et développer la formation

Atelier transversal (de fin août à fin novembre)

Atelier 14 : Préparer l’avenir : quels investissements, quel accompagnement technique, quelle recherche pour une plus grande performance environnementale, sanitaire, sociale et économique ?

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