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« Pourquoi j'ai choisi la culture de myrtille sur buttes »

Un producteur charentais a choisi une méthode à mi-chemin entre la pleine terre et le hors-sol pour offrir à ses myrtilles des conditions agronomiques idéales.

Les buttes ont été faites avec un mélange « maison » utilisant des matières premières de récupération.
Les buttes ont été faites avec un mélange « maison » utilisant des matières premières de récupération.
© C. Bernaud

En Charente, l’EARL de Massicot exploite 90 hectares de céréales, 1,6 hectare de fraises hors sol et, plus récemment, 1 hectare de myrtilles sur buttes. « Au départ, je me suis installé en fraise, avec une moitié de la serre en Gariguette et l’autre moitié en variété remontante », détaille Damien Raspiengeas, producteur de l’EARL. Il a ensuite fait le choix de se lancer dans la myrtille pour proposer des contrats saisonniers plus long et ainsi conserver la main-d’œuvre, comme la myrtille arrive en production après la fraise. « Ce choix pragmatique s’est révélé être une bonne surprise, c’est une culture qui nous plaît », reconnaît le producteur. Son verger est planté avec 3 400 plants, distant de 3 m entre rangs et de 1,1 m sur le rang. Pour six variétés au total qui couvrent une période de récolte qui va de fin juin à début septembre : New Hanover, Osorno, Legacy, Ozark Blue, Aurora et Centra Blue. « Je suis plutôt satisfait du choix variétal, même s’il manque un peu de production au mois d’août pour l’instant. À voir si cela se stabilise avec la croissance du verger », tempère le producteur. En effet, le verger devrait produire à son plein potentiel d’ici 2026, avec un objectif de huit tonnes par hectare. Pour l’instant, une tonne a été récoltée pour la première année en 2023.

Un mélange de substrat « maison » pour les buttes

Disposant de sols calcaires et sableux avec un pH de 7, bien que drainant en surface, la plantation en sol était à exclure. « Une des solutions était de planter en pot de 50 L. Mais cela représentait un investissement de 10 000 € par hectare rien que pour les pots, alors que nous avions une volonté d’autofinancement », explique Damien Raspiengeas. Avec en prime un risque de renversement par le vent et de montée en température dans le contenant. « Cette méthode est certainement intéressante techniquement, mais dans notre cas, elle représentait trop de contrainte matérielle et financière », conclut le producteur. Il a donc décidé de faire des buttes avec un mélange « maison » en ayant recours à des matières premières de récupération. « J’ai combiné un substrat de tourbe et d’écorce récupéré dans mes sacs de culture de fraise de deuxième année, auquel j’ai rajouté de l’écorce de pin acheté en scierie et de la fibre de coco récupérée auprès d’un serriste de la coopérative », explique le producteur adhérent de Valprim. Deux jours de travail ont été nécessaires pour faire les mélanges et mettre en place les buttes, avec l’objectif de planter dans un sol filtrant et acide.

 

 
Deux lignes de goutteurs ont été posées par buttes avant d'être bâchées.
Deux lignes de goutteurs ont été posées par buttes avant d'être bâchées. © C. Bernaud

Un nivellement du terrain fut aussi réalisé avant plantation afin d’éviter que l’eau stagne sur les parcelles. Après la formation des buttes, deux lignes de goutteurs par butte ont été posées, puis bâchées. Enfin, les deux parcelles ont été clôturées et électrifiés contre les sangliers. Les myrtilles sont en ferti-irrigation, reliées aux cuves de la serre de fraise, où elles disposent de leur propre mélange. La formule est adaptée en fonction du stade de la culture. La plantation est ainsi irriguée de début mars à début septembre, et est gérée par l’ordinateur climatique de la serre. « Pour l’instant, le pilotage se fait en fonction du cumul de rayonnement. J’ai pour projet de mettre des sondes capacitives, pour être au plus près des besoins réels de la plante », explique Damien Raspiengeas. Pour l’aspect phytosanitaire de la culture, le producteur a choisi de ne pas traiter chimiquement cette année, malgré un peu de botrytis. Il utilise plutôt des méthodes prophylactiques lors de ses chantiers. La taille manuelle s’effectue ainsi en biseaux les jours de beau temps pour permettre aux plaies de sécher.

Des baies moins fragiles que la fraise

La récolte est également manuelle, et destinée au marché du frais pour une valorisation moyenne d’environ 8 €/kg. Les myrtilles sont commercialisées en barquette de 125 grammes sous la marque Paysans de Rougeline. « Notre cadence de récolte est encore faible, entre 3 et 4 kg par heure, car les plantes sont encore basses et il y a peu de fruits par arbuste », estime le producteur. Les équipes disposent de gants PickPick (Vlamings BV) pour faciliter la récolte et abîmer le moins possible les baies. « Ce sont des fruits moins fragiles que la fraise, et qui peuvent attendre. On ne fait qu’un passage par semaine, ce qui nous permet de cibler les jours secs en évitant les fortes chaleurs », se réjouit Damien Raspiengeas. Il lui reste à trouver des solutions contre l’enherbement au pied des plants, pour lequel il projette de mettre de la sciure de pin, et contre les mulots, qui ont tendance à se plaire sous les bâches, sans conséquences pour l’instant.

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