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Myrtille : des modèles économiques de production variés sont possibles

Pour montrer la diversité des modèles économiques possibles, l’association des producteurs de myrtilles de France recueille des études de cas parmi ses membres. Zoom sur trois exemples.

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Camille Savouré, productrice de myrtilles au Verger de La Croix à Pierrefitte-sur-Sauldre, dans le Loir-et-Cher, a opté pour le modèle de la libre cueillette.
© C. Savouré

La production française de myrtilles a atteint 3 300 tonnes en 2025 mais elle ne couvre que 15 % de la consommation. L’Association des producteurs de myrtilles de France œuvre donc pour encourager les plantations. « Nous travaillons sur les coûts de production. Nous collectons des études de cas pour centraliser des données sur la rentabilité des exploitations et conseiller les porteurs de projet », explique Côme Lapierre, producteur de myrtilles et secrétaire de l’Association des producteurs de myrtilles de France (APMF). Une présentation de quelques cas au Sival 2026 a mis en valeur la diversité des modèles pouvant offrir des perspectives de rentabilité.


1 La récolte en libre cueillette

Camille Savouré, à la tête du Verger de la Croix, en Loir-et-Cher, produit des myrtilles mais aussi des fraises, framboises, cassis et groseilles. La myrtille est sa culture principale et celle qui lui procure la meilleure rentabilité. Elle a choisi la libre cueillette pour alléger les coûts de main-d’œuvre. Côté consommateurs, elle peut vendre ses myrtilles à un prix très abordable. « À six euros le kilo, c’est trois fois moins cher qu’en magasin », souligne-t-elle. Des consignes de récolte sont suggérées aux clients cueilleurs mais « nous ne sommes pas derrière eux donc tout n’est pas ramassé », admet-elle. Il faut donc accepter que le rendement ne soit pas optimisé.

Laisser des baies mûres sur les arbustes présente aussi un risque potentiel par rapport à la drosophila suzukii. « Elle était présente il y a deux ans mais pas la saison dernière », relativise la productrice. Pour étaler la plage de récolte, elle a choisi une dizaine de variétés en panachant les dates de maturité. Elle juge sa rentabilité de 5 000 euros par hectare satisfaisante pour la sixième année de production. Le levier d’amélioration repose sur les rendements. Elle communique, notamment via les réseaux sociaux ou des flyers, pour attirer de nouveaux cueilleurs.

2 Verger à faible densité, en bio

Pour Cédric Besson, exploitant de l’EARL Le Rietz, la myrtille est un atelier complémentaire des céréales et du foin. Lorsque le verger sera en pleine production, il projette que la myrtille sera la plus profitable de ses activités. Après réflexion, il a écarté la framboise. « J’ai choisi la myrtille pour sa rusticité », expose-t-il. Il mise sur le fait qu’elle demande peu de traitements et moins d’entretien. La bonne conservation des fruits après cueillette a aussi été un argument majeur car elle offre une plus grande souplesse de commercialisation.

Il a planté 4 400 pieds sur 2 hectares, soit une densité faible. Il les mène en agriculture biologique. Sa production est encore modeste vu la jeunesse de ses plants mais il pense la distribuer dans les magasins spécialisés bio dès qu’il aura le volume suffisant. La demande de myrtille bio française est actuellement forte. En juillet 2025, selon les données RNM, elle se vendait en moyenne 19,14 euros le kilo en cours grossistes. Il table sur un prix de vente HT à 11 euros le kilo. Dans un premier temps, la récolte repose sur des saisonniers.

Il a choisi sept variétés mais concentré les plantations sur l’une d’entre elles, qui mûrit en juillet. À cette période, il peut recruter des étudiants pour la récolte et maximiser l’organisation de la cueillette. Il estime aussi que juillet est favorable pour les ventes, grâce à une moindre concurrence d’autres origines. Il évalue le besoin de 4 à 5 personnes par hectare avec deux passages par semaine dans les rangs. L’interrang de 4 mètres a été pensé en prévision d’une récolte mécanisée, si elle devient plus accessible. Il vise un rendement minimum de 6 tonnes par hectare mais espère atteindre jusqu’à 10 tonnes.

3 Grande surface et récolte mécanisée

Chez Planasa, à Le Barp en Gironde, les premières plantations remontent à quinze ans. Le modèle est celui d’une production intensive sur une grande surface (37 hectares). La récolte mécanisée s’est mise en place récemment et représente désormais 74 % de la production récoltée. Les toutes dernières plantations, il y a deux ans, ont été pensées en fonction de la mécanisation de la récolte.

Les variétés ont été sélectionnées pour leur capacité à mûrir de façon homogène. La taille est adaptée. Un premier passage à la main pour cueillir du volume vendu en direct reste nécessaire pour certaines parcelles. Mais la récolte machine (0,69 €/kg), commercialisée en GMS, revient environ 4 fois moins cher que la récolte manuelle (2,60 €/kg). S’y ajoute des frais de tri et de conditionnement réalisés par un prestataire aux Pays-Bas pour un coût global de 1,45 euro le kilo.

Planasa estime que la mécanisation est rentable au-delà de 10 hectares, compte tenu du matériel actuellement sur le marché. L’objectif est de mécaniser à 100 % d’ici deux ans. Cela inclura un recours à une machine adaptée à la récolte pour l’industrie en fin de saison afin de nettoyer l’arbre et d’éviter l’installation de la drosophila suzukii.

La marge de 10 000 euros par hectare obtenue en 2025 repose sur la mécanisation mais aussi le rendement de 12 tonnes par hectare. Planasa espère encore l’améliorer, notamment en travaillant sur la fertilisation.

 

 
<em class="placeholder">Tableau comparatif de trois stratégies de production de myrtilles.</em>
L'APMF collecte des données auprès de ses adhérents pour inspirer les porteurs de projets. © Association des producteurs de myrtilles de France

Quatre points de vigilance lors de la mise en place d'un verger de myrtilliers

Côme Lapierre, secrétaire de l’APMF, pointe quatre points importants à considérer lors du montage d’un projet pour assurer un tonnage/hectare générateur de marge.

- l’équipement en filets : contre la grêle et aussi contre la drosophile suzukii, Côme Lapierre estime que les filets font partie des équipements qui deviennent indispensables pour assurer une régularité de production. « Ils sont difficiles à poser sur des vergers installés », pointe-t-il.

- l’irrigation : il évoque l’intérêt de l’irrigation en double ligne de goutte à goutte avec des goutteurs à 30 cm. « À 50 cm, on constate des pertes de productivité significatives »

- la fertilisation : sa gestion est particulièrement cruciale en phase d’installation du verger. « Sous fertilisés, les plants mettent plus de temps à s’établir mais trop lourd, l’arbre devient trop végétatif », prévient-il.

- le prix : « les producteurs historiques avaient des prix qui ont peu évolué en vingt ans alors que les salaires ont fortement augmenté. Leur marge a disparu ». Les nouveaux porteurs de projet doivent donc bien caler leur prix de vente au départ car il est difficile de le faire évoluer ensuite.

Produire des myrtilles en hors-sol

La production hors sol permet de contourner l’exigence d’acidité du sol requise pour une plantation en pleine terre. C’est le choix opéré par la SCEA le Patis, dans le Maine-et-Loire, qui plante cette année 4 050 plants par hectare sur 10 hectares, avec 13 variétés pour couvrir une période de production allant de mi-juin à septembre. L’investissement à la plantation est budgété à 86 000 €/ha, les charges annuelles prévues à 90 000 €/ha et la marge évaluée à 15 000 €/ha avec des rendements attendus à 15 t/ha et un prix de vente de 7 €/kg.

Un BSV national myrtilles est désormais édité

Depuis janvier 2025, un bulletin de santé du végétal (BSV) national consacré à la myrtille est édité et accessible à tous. Il est financé par l’OFB. Il est alimenté par un réseau d’observateurs. Ils émanaient, pour les premiers numéros, des régions Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Grand Est et Centre-Val de Loire. Mais il est appelé à s’étoffer. La montée en technicité fait partie des objectifs de l’APMF. Elle constitue un réseau de techniciens indépendants ou appartenant à des organisations de producteurs. Il comprend à ce jour une vingtaine de personnes. L’association organise des réunions techniques tous les deux mois.

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