Maraîchage : cultiver sa mâche sans métam-sodium
Désinfection vapeur, matière organique, rotations… Ce sont les pistes expérimentées ces dernières années par les maraîchers nantais pour se passer du métam-sodium, interdit en 2018.
Désinfection vapeur, matière organique, rotations… Ce sont les pistes expérimentées ces dernières années par les maraîchers nantais pour se passer du métam-sodium, interdit en 2018.
Depuis l’interdiction, en 2018, en France, du métam-sodium qui servait à désinfecter les sols, les maraîchers ont cherché des alternatives pour continuer à produire de la mâche (désormais en moindres quantités) sans cette substance à la fois insecticide, herbicide et fongicide. D’autant qu’à ce retrait s’est rapidement ajouté celui du thirame, substance fongicide qui était employée sur les semences.
Désinfecter à la vapeur, une solution imparfaite
« Après l’interdiction brutale du métam-sodium, se souvient le maraîcher Régis Chevallier, président de la Fédération des maraîchers nantais, le réflexe a été de se tourner vers la désinfection vapeur des sols. » À l’époque, lui-même a déboursé 130 000 euros pour une machine. « Ces équipements consomment beaucoup, 2 000 à 3 000 litres de GNR par hectare, c’est énorme à amortir », affirme-t-il. Sans compter l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la flambée des coûts de l’énergie. Il a donc arrêté la désinfection vapeur il y a quatre ans. De son côté, le maraîcher Charles Jannin, président de Nanteurop, y recourt encore un peu, « essentiellement à but de désherbant et de manière très ciblée », précise-t-il. De nombreux producteurs continuent à la pratiquer régulièrement, malgré son efficacité incomplète. « Certains se sont retrouvés avec des maladies dont le dépérissement de la mâche lié à la fatigue du sol », souligne Régis Chevallier.
Renforcer la vie du sol, un chemin vertueux
Face à l’impasse, il a fallu évoluer. « On s’est intéressé à nos apports en matière organique, à nos couverts, assolements et rotations, liste Régis Chevallier. Et quand on met le doigt dans une démarche visant à retrouver la vie du sol, en espérant le rendre plus fort contre certaines maladies, la désinfection vapeur n’est plus cohérente. » Ses résultats sont positifs : des terrains déjà un peu plus forts, une masse de vie plus élevée, une mâche qui se tient mieux, avec peu de dépérissements. Dans la même veine, Charles Jannin, qui utilise du compost et des engrais verts de type sorgho et des mélanges de céréales (avoine, seigle…), a fractionné ses apports de matière organique « pour ne pas la brûler trop vite », passant à trois ou quatre apports par an au lieu de un ou deux auparavant.
Miser sur les rotations est essentiel
Trouver les bonnes rotations est capital. « On casse les cycles courts (mâche, radis, jeunes pousses…) avec des cycles longs (poireau, carotte, patate douce, fenouil…) », explique Charles Jannin. Un exemple de rotation : « De la patate douce plantée en mai, récoltée en octobre, puis de la mâche, et là on voit de vraies différences, les sols sont moins fatigués. » Il tourne désormais avec une mâche par an, ou deux. « La mâche a moins de problèmes sanitaires de type phoma (bactérie), sa vigueur progresse, l’enracinement aussi », se félicite-t-il.
Régis Chevallier cite trois exemples de rotations : « Une mâche l’automne, un poireau primeur planté vers février-mars ; une mâche l’automne puis une jeune pousse à partir de février (épinard, radis, jeune pousse de salade) ; du radis à l’automne et un semis de mâche vers décembre-janvier. »
Fidéliser la main-d’œuvre pour désherber
Malgré ces améliorations agronomiques, l’herbe reste un problème majeur. « Nos temps de désherbage manuel ont explosé », confie Régis Chevallier. L’hiver, le matin de la récolte, dès qu’il retire les petits tunnels en plastique il faut soudainement beaucoup de monde pour désherber, à une date peu prévisible. Une solution émerge : fidéliser les travailleurs grâce à du travail tout l’hiver sur d’autres cultures, en construisant de grands abris. « Comme ça, si dès demain il faut désherber la mâche, on a les bras ! »